Entreprises

Opération Zéro Mika: Beaucoup de bruit pour rien!

Par Amin RBOUB | Edition N°:5303 Le 28/06/2018 | Partager
L’arrêt des unités de production a favorisé l’informel
Jusqu’à 15 sacs interdits utilisés pour chaque course
Les prix flambent et le contrôle est quasi-inexistant
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Triste record! Le Maroc consomme environ 25 milliards de sacs par an, loin devant l’Australie, la Belgique, la France

Deux ans après l’entrée en application de la loi 77-15, interdisant la production et la commercialisation des sacs en plastique, le premier bilan est alarmant.

La fermeture des unités de production structurées a finalement produit l’effet inverse, puisqu’elle favorisé l’explosion d’ateliers informels qui opèrent dans l’impunité voire des complicités, notamment dans des douars, fermes, banlieues de grandes agglomérations comme Tit Mellil, Deroua, Had Soualem ou encore dans les douars avoisinant Marrakech, El Jadida....

C’est dans ce contexte précis que l’Association Zéro Zbel vient de réaliser une enquête «sur l’usage des sacs en plastique». Les résultats de cette enquête sont sans appel: «Ils démontrent clairement que les sacs sont encore couramment utilisés sur les marchés». La loi n’a eu que des effets limités. Pour preuve: «60% des commerçants interrogés déclarent que plus de 80% de la clientèle exigent encore des sacs en plastique».

Plus encore, «65% des clients déclarent utiliser entre 5 et 15 sacs en plastique à chaque fois qu’ils font les courses!». Plus inquiétant encore, 41% des personnes interrogées considèrent que «la consommation des sacs interdits est restée la même depuis l’entrée en vigueur de la loi».

Curieusement, 8% des sondés considèrent que la consommation de ce type de sacs a augmenté depuis l’entrée en vigueur de la loi. Pourtant, la majorité de la population interrogée se dit consciente  de l’existence de la loi et de l’impact du plastique. 

Chiffres à l’appui, 90% des personnes sondées savent que la loi (77-15) existe. D’autant plus que près de 60% considèrent que ce type de sacs a un impact fort sur la santé et l’environnement. Mais pourquoi les Marocains continuent-ils à consommer autant ce type d’emballages? Principale raison: «68% des clients interrogés citent le fait qu’ils soient distribués gratuitement».

Dans le même sillage, le recours aux alternatives (notamment le papier kraft) reste jusque-là très limité (essentiellement dans la grande distribution, boulangeries et pharmacies). D’ailleurs, 66% des commerçants interrogés déclarent avoir «peu» ou «jamais» de clients qui utilisent des alternatives au plastique.

Parmi les principaux freins aux alternatives, figurent le coût et le prix élevé, la difficulté à changer les habitudes des consommateurs ou encore l’aspect non pratique du sac alternatif. Les sondés invoquent également le fait que les produits humides (poisson, viandes, volaille, olives, citron confit, huile...) ne se prêtent pas à l’emballage papier.

Par ailleurs, la fermeture des ateliers de production (il y a 2 ans) a non seulement favorisé l’explosion de l’informel via des unités clandestines, mais aussi une flambée des prix des sacs interdits. Selon les résultats de l’enquête, 88% des commerçants déclarent que le prix des sacs en plastique a augmenté... voire parfois doublé. Sauf que, en cas de contrôle, quoi que de plus en plus rare, les commerçants sont pénalisés (amendes salées).

Face à ce constat, l’Association en charge de l’enquête préconise une meilleure application de la loi. Zéro Zbel recommande aux autorités «d’agir prioritairement en amont de la filière». Autrement dit, multiplier et renforcer les contrôles inopinés ainsi que les sanctions auprès des producteurs qui opèrent dans l’illégalité ou encore les grossistes de sacs en plastique.

Pour verrouiller le dispositif, la logique de la gouvernance veut que les autorités et la société civile procèdent à intervalles réguliers (mois, trimestre, année...) à une évaluation via des études d’impact. Ce qui devra se traduire par des rapports officiels et transparents rendus publics régulièrement pour évaluer le résultat.

Les enquêteurs préconisent également le développement de filières et produits alternatifs à des prix accessibles. Il va également falloir développer des contenants adaptés aux produits humides, vendus en vrac ou au kilo... Last but not least, il va falloir déployer de gros efforts en termes de communication et de sensibilisation.

L’enjeu est de démontrer l’intérêt de l’usage d’alternatives peu coûteuses et pas du tout polluantes. L’effort de sensibilisation passera essentiellement par le circuit des petits commerçants, une cible incontournable censée jouer le rôle de prescripteur.

ONU Environnement

Des volontaires de l’Association Zéro Zbel ont mené une enquête pendant 5 jours en avril dernier. L’exercice de terrain a été effectué auprès d’une population formée de clients et commerçants dans 8 marchés situés à Casablanca, Agadir et Tétouan. 235 personnes ont été sondées. Les sondés sont répartis comme suit: 60% de commerçants, 40% de clients avec un pourcentage de femmes de 31% et 69% d’hommes. Cette enquête a été menée dans le cadre d’un projet soutenu par l’ONU Environnement: Plan d’actions pour la Méditerranée, relevant du Centre d’activités régionales pour la consommation et la production durables ainsi que Switchmed. Pour rappel, l’Association Zéro Zbel est une structure environnementale. Sa mission consiste à favoriser notamment la collecte et la diffusion d’informations relatives aux problématiques liées à l’environnement, ou encore contribuer à faire évoluer le cadre réglementaire au Maroc.

 

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