Culture

Musiques sacrées: Retour aux fondamentaux

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5300 Le 25/06/2018 | Partager
La programmation revient au concept «originel» du festival
Le gotha international au rendez-vous… à Bab El Makina et Jnane Sbil
Les trésors des savoirs ancestraux revalorisés
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Lalla Hasna a inauguré officiellement la 24e édition du festival des Musiques sacrées de Fès vendredi 22 juin. Elle était accompagnée de Chrifa Lalla Soumaya El Ouazzani, présidente du SOM (Ph. YSA)

Le lancement de la 24e édition du festival de Fès des Musiques sacrées du monde a été donné par SAR la princesse Lalla Hasna, présidente de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. C’est cette fondation qui avait mobilisé 30 millions de DH et chapeauté la restauration du jardin «Jnane Sbil».

Les travaux se sont appuyés sur les documents d’origine (archives, plans, photos, textes, etc.). Aussi, il a été procédé à la réhabilitation du patrimoine végétal et surtout des systèmes hydrauliques anciens (fontaines, seguias, canaux, norias…). Grâce à cette initiative, la ville a récupéré un espace vert de 7,5 ha datant du XVIIIe siècle et comptant plus 3.000 espèces végétales.

Les festivaliers découvriront une autre facette de Fès qui célèbre, à l’occasion de son festival, la revalorisation des trésors des «savoirs ancestraux» et le renouveau de la médina. A l’affiche, une centaine d’artistes pour le coup d’envoi d’une édition charnière qui marque un retour vers le concept originel de «musiques sacrées du monde».

L’on regrettera l’absence de vedettes arabes de la romance ou du tarab, à l’instar de Kadem Saher, Assala, Majda Roumi et Houssin El Jasmi, habitués au festival. En revanche, le public a retrouvé une programmation «100% musiques spirituelles du monde». Et le ton de la nouvelle version est donné dès le premier spectacle.

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L’ensemble Moxos a enchanté au jardin Jnane Sbil. Issue de l’école de musique du village de San Ignacio de Moxos, cette ancienne Mission jésuite de l’Amazonie bolivienne garde jusqu’à aujourd’hui la tradition culturelle et religieuse léguée par les jésuites depuis sa fondation en 1689 (Ph. YSA)

A ce titre, «la création inaugurale est telle une grande évocation poétique et musicale de la relation privilégiée qui existe dans la Cité entre architecture, artisanat, confréries et métiers», explique Abderrafih Zouitene, président du festival et de la Fondation Esprit de Fès.

Conçue par Alain Weber, directeur artistique du festival, et mise en musique par le compositeur et chef d’orchestre Ramzi Aburedwan, la fresque a réuni de nombreux artistes comme Issam Sarhan, Sanae Mrihati, Jesus Mendez, et bien d’autres, au grand bonheur des invités de cette soirée «magnifique».

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Le Tunisien Dhafer Youssefa a mis à l’honneur le soufisme grâce à l’inspiration poétique dans son spectacle «Diwan of Beauty and Odd» (Ph. YSA)

La cérémonie d’ouverture du festival, sponsorisée par BMCE Bank of Africa, s’est ainsi distinguée par la présence du président Othman Benjelloun et plusieurs ministres -Mohamed Laarej, Moulay Hafid El alamy, Lahcen Daoudi et Lamiae Boutaleb-. A noter aussi la présence du co-fondateur de ce festival, Mohamed Kabbaj, et l’actuel président de l’association Fès-Saïss, Moulay Idriss Mdaghri Alaoui. Côté étrangers, plusieurs personnalités étaient de la partie. A commencer par Christian Cambon, président du Groupe interparlementaire d’amitié France-Maroc du Sénat, François-Xavier Tilliette, consul général de France à Fès, et Maria Angélica Arce Mora, ambassadeur du Mexique au Maroc.

Dans le public, on pouvait remarquer également d’autres personnalités comme Rita Zniber, Mohamed Horani, Leila Meziane Benjelloun, Mohand Laenser, Fathallah Oualalou et Driss El Azami El Idrissi. Face à ces personnalités, un métissage de paroles, chants, musiques…a dessiné les contours du patrimoine matériel et immatériel de la cité idrisside sur les murs de la place Moulay El Hassan. Mapping, calligraphies, musiciens et danseurs d’Inde, Azerbaïdjan, Egypte, Espagne et Maroc ont accompagné ce voyage dans le temps et l’imaginaire pendant près de 2 heures.

Le lendemain, les sonorités de l’enfant prodige de Tunisie, Dhafer Youssef, ont envahi la place Bab El Makina lors de son spectacle «Diwan of Beauty and Odd». Un spectacle réunissant des musiciens des USA, Norvège, France et Azerbaïdjan.

Quelques heures auparavant, les Moxos de la Mission jésuite de Bolivie avaient gracié les mélomanes de Jnane Sbil par leur musique baroque. Pour sa part, le jeune artiste Zouhair Bahaoui a cartonné, lors de son spectacle, offert gracieusement au public de Bab Boujloud. Pas moins de 10.000 personnes sont venues l’écouter dans le cadre du festival dans la ville.

Le témoignage d’Edgar Morin

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Le périple des festivaliers se poursuit lors du forum (du 23 au 25 juin)  où les «enfants de migrants de la terre» ont admiré, samedi, l’intervention d’Edgar Morin sur le renouveau du médina et le vis-à-vis du progrès et de la tradition. «Fès est un exemple formidable, un trésor de savoirs ancestraux qui ont été enrichis au cours de l’histoire», estime Morin. Et d’appeler à «une conscience méta-moderne dans le domaine de l’humanisme, une conscience ambiguë du progrès qui intégrerait les vertus de la tradition dans l’enveloppement et le développement de la communauté humaine». D’autres intervenants ont fait un plaidoyer pour sauvegarder et revoir tous les savoirs ancestraux universels.

 

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