Economie

Habitat: «Notre but est d’engager des réformes structurelles concertées»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5297 Le 20/06/2018 | Partager
Le secteur a besoin d’un nouveau souffle qui exige une vision partagée
Le ministre promet des mesures fortes dans les prochaines semaines
Les banques participatives pourraient stimuler la demande de prêts
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Abdelahad El Fassi a souligné qu’une «feuille de route est en cours de préparation sur la base des recommandations des ateliers organisés au mois de mai dernier. L’objectif est d’aboutir à des réformes hiérarchisées, de court terme et de portée stratégique» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Quels sont vos chantiers prioritaires, avec un calendrier de réalisations?

- Abdelahad El Fassi: Nous voulons d’abord relancer le secteur de la construction et du bâtiment et annoncer des mesures fortes dans les semaines qui viennent. Ceci passe par une extension et un développement de nos programmes d’habitat, en diversifiant l’offre de logements abordables, notamment en direction des plus défavorisés et de la classe moyenne. L’habitat en milieu rural revêt également une importance essentielle. Nous voulons également donner une nouvelle impulsion aux programmes d’amélioration des conditions d’habitation et lutter contre les diverses formes d’insalubrité comme «Villes sans bidonvilles», «Habitat menaçant ruine», ainsi que les quartiers sous-équipés ou non règlementaires. Des investissements importants sont consentis dans ces programmes, la question est de savoir comment en améliorer l’efficacité. Le troisième chantier prioritaire est de faire face à la tendance forte à l’urbanisation en développant notre politique de la ville qui doit, de plus en plus, tendre vers la promotion de villes inclusives et durables et ne pas se limiter uniquement à la réparation des déficits.

- Vous avez engagé des consultations et des réflexions alors que le secteur a besoin d’initiatives opérationnelles?
- L’un n’exclut pas l’autre. Les bonnes initiatives opérationnelles sont, sans doute, le résultat d’un travail de réflexion en profondeur. Le secteur se trouve dans une phase où il est nécessaire d’y impulser un nouveau souffle qui exige une vision partagée de la part des acteurs.  
Naturellement, nous sommes conscients qu’il faudra chercher des réponses immédiates pour le développement du secteur. Je souhaite  rappeler que les réflexions engagées par ce ministère durant la période du 2 au 10 mai 2018, avaient  pour objectif de dégager les mesures ponctuelles à caractère opérationnel à mettre en œuvre afin de donner un nouveau souffle au secteur, et en même temps les éléments essentiels de la vision «habitat» à l’horizon 2030.
Il s’agit donc d’une approche systémique basée sur une réflexion stratégique qui aboutira à des actions opérationnelles dont la mise en œuvre se traduira dans l’immédiat. Pour donner plus de poids institutionnel à ces réflexions,  ces travaux de concertation sont menés en prévision de la tenue de la 2e session du Conseil national de l’Habitat, à laquelle sera présentée une feuille de route pour la relance du secteur. Le but est donc d’engager des réformes structurelles concertées avec tous les acteurs du secteur, moyennant une démarche participative qui exige de notre part, une approche d’écoute et de partage. Les ateliers de réflexion ont connu un succès très important, notamment avec la participation de près de mille personnes aux neuf ateliers et ont impliqué effectivement toutes les parties prenantes.
Si vous voulez insuffler une nouvelle dynamique dans un secteur clé et pluriel comme le secteur de l’habitat, il est impératif de passer par des concertations pour s’enquérir des points de vue et des logiques des différents acteurs du secteur, avant de se prononcer sur le plan décisionnel.
Actuellement, nous sommes dans la phase de la préparation d’une feuille de route sur la base des recommandations issues des travaux des ateliers et nous comptons les travailler pour en dégager des réformes hiérarchisées, de court terme et de portée stratégique.

- Le logement pour la classe moyenne a été un échec. Que proposez-vous concrètement de nouveau pour accrocher les promoteurs immobiliers?
- Ce dispositif a été mis en place en 2013, dans l’objectif d’alléger les coûts d’acquisition aux acquéreurs. Il avait prévu des exonérations fiscales dédiées aux acquéreurs sous forme d’exonérations des frais d’enregistrement, du timbre et d’inscription dans les registres fonciers. Ce programme n’avait pas prévu d’avantages pour les promoteurs immobiliers, qui étaient appelés à produire un certain type de logements avec des prestations bien définies et dans un délai déterminé avec un montant ne dépassant pas 6.000 DH le mètre carré. Le bilan actuellement est assez timide: une production de près de 6.000 unités depuis 2013. La demande pour ce type de logements existe, mais des outils d’amélioration sont à activer.

- L’offre en logement social est abondante mais ne trouve pas preneur. Que faire pour relancer la machine ?
- Le gouvernement a érigé ce secteur en tant que priorité nationale. Il s’est engagé dans une politique volontariste à travers le lancement d’ambitieux programmes d’habitat social visant essentiellement l’intensification et la diversification de l’offre en logements et la participation à la lutte contre les différentes formes d’insalubrité.
Dans ce sens, le ministère a initié des programmes d’envergure d’habitat social,  à savoir le logement à 250.000 DH en 2010 et le logement à faible valeur immobilière en 2008. Ces deux programmes ont  été soutenus à travers une panoplie d’avantages accordés à la fois aux promoteurs et aux acquéreurs. Actuellement, ces programmes ont permis d’atteindre des objectifs concrets comme la réduction du déficit en logements à près de 400.000 unités en 2017 contre 800.000 unités en 2012. Cet objectif  qui est aujourd’hui partiellement atteint, a poussé le département à maintenir ses efforts en matière d’offre en logement social et à engager des réflexions stratégiques visant à remodeler l’action publique afin de combler le reliquat du déficit recensé et à satisfaire les besoins futurs en logements.

- Le mécanisme de financement Fogarim s’essouffle. Comment faire revenir toutes les banques dans ce dispositif?
- La garantie Fogarim représente plus 81% de la production globale du Fonds Damane Sakane. Sa production suit une tendance fluctuante suivant la performance du marché et notamment la production du logement social qui observe une régulation dans certains territoires. Pour votre question sur l’implication des banques, je tiens à signaler que plusieurs pistes se présentent, à savoir la redynamisation du marché de l’introduction de nouveaux produits de logements attrayants et ciblant de nouvelles couches sociales.
L’intégration des garanties du Fonds Damane Sakane aux produits financiers participatifs pourrait stimuler la demande de prêts, ce qui encouragera les banques à s’impliquer davantage. D’autre part, un indicateur clé démontre l’importance de cet outil de garantie: depuis sa mise en place, le Fonds Damane Sakane a permis à 193.000 ménages de bénéficier d’un prêt logement, dont 81% concerne le Fogarim.

Logement social: Impact et mesures de correction

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Le ministère a réalisé une étude d’évaluation des deux programmes de logements sociaux (celui à 250.000 DH et celui à faible valeur immobilière). Le but est d’évaluer leur impact sur la demande en logement et de proposer des mesures de correction dans le but de répondre aux besoins de toutes les couches sociales. Les ateliers organisés récemment sous le thème de la «redynamisation du secteur de l’habitat» entraient dans un processus de concertation pour redéfinir des orientations et des recommandations majeures, explique le ministre. Celles-ci s’inscrivent dans toute une série de domaines fortement interdépendants: l’abordabilité, le financement et la fiscalité, le foncier, l’habitat rural, le logement locatif… «C’est à une véritable réflexion systémique que nous sommes conviés pour aboutir à des décisions pertinentes», estime Abdelahad El Fassi.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                          

Villes sans bidonvilles «Le plus dur reste à faire»

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Le programme national  «Villes sans bidonvilles», lancé en 2004, constitue l’une des priorités du gouvernement dans le domaine du développement social, de lutte contre la pauvreté et de l’exclusion en milieu urbain. Il concerne actuellement 419.699 ménages, chiffres actualisés au fur et à mesure de la réalisation du programme. Ils sont répartis sur 85 villes et centres urbains.

Selon le ministère de l’Habitat, le coût global du programme est estimé à 32 milliards de DH dont 10 milliards de subventions de l’Etat. Les chiffres avancés par ce département montrent que de 2004 à ce jour, 278.033 ménages ont vu leurs conditions d’habitat s’améliorer, soit 66% des ménages ciblés actuellement par le programme, et plus de 100% du nombre initial des ménages recensés en 2004. Pour les villes restantes à déclarer, l’état d’avancement du programme varie entre 50% et 75%.

Avec la déclaration dernièrement de la ville d’El Brouj, le nombre de villes déclarées sans bidonvilles est au nombre de 59. «Mais je ne vous cache pas que malgré les réalisations tangibles, le plus dur reste à faire, notamment l’éradication des bidonvilles dans les grandes régions de Casablanca, Rabat et Témara», note Abdelahad El Fassi.

Selon lui, des contraintes existent: disponibilité du foncier, intégration urbaine et sociale de relogement des bidonvilles, maîtrise du phénomène à travers des approches préventives... «Là aussi, tout en valorisant les acquis à leur juste mesure, nous sommes interpellés pour renouveler nos approches et nos méthodes et donner plus d’efficacité aux efforts des pouvoirs publics », indique le ministre.

 

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