Competences & rh

Troubles et difficultés d’apprentissage: Des mamans de dyslexiques inventent leur école

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5296 Le 19/06/2018 | Partager
Elles reprennent un établissement public abandonné et engagent des experts
La rééducation des élèves intégrée dans l’emploi du temps
Education nationale, préfecture, INDH… s’associent au projet
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L’école de Hay Hassani, abandonnée faute de ressources humaines, saccagée par les pilleurs, sera entièrement réhabilitée. Elle sera réaménagée et équipée pour répondre aux besoins des enfants atteints de troubles de l’apprentissage, grâce à une subvention de l’INDH de 4 millions de DH (Ph. AMTDA)

Les parents d’enfants souffrant de troubles de l’apprentissage vivent souvent un véritable calvaire. Pour assurer une éducation adéquate à leurs bambins, ils sont obligés de remuer ciel et terre. Dans le public, il n’existe aucun dispositif permettant de les prendre en charge correctement. Dans le privé, très peu d’établissements les acceptent.

Les troubles de l’apprentissage, pourtant courant et divers, restent peu et mal connus, y compris par le corps enseignant. Comme la dyslexie, ce dysfonctionnement neurobiologique empêchant d’appréhender la lecture, qui touche 8 à 10% de la population.

Des mamans d’enfants dyslexiques ont décidé de prendre les choses en main, il y a de cela quelques années, en créant  l’Association marocaine des troubles et difficultés d’apprentissage (AMTDA).

Depuis 2010, l’association a ouvert trois centres de dépistage et de rééducation des enfants atteints à Casablanca. Ils opèrent dans des régions où les enfants sont issus de milieux démunis. Fortes de plusieurs partenariats (Education nationale, INDH, Fondation Mohammed V pour la solidarité, Université internationale de Casablanca, Institut européen des sciences de la santé…), les mamans rêvent de créer une école pour tous.

«Notre ambition est d’ouvrir une école spécifique et non spéciale. Un établissement qui peut prendre tous les enfants, peu importe s’ils ont des difficultés ou pas, en adaptant les conditions d’apprentissage pour tous», confie Zhour Le Qouider, présidente.
Cela fait près de deux ans que le projet, unique en son genre au Maroc, est en préparation.

La gouverneure de la préfecture de l’arrondissement de Hay Hassani, Hanane Tajani, s’y enthousiasme et le défend bec et ongles. Grâce à son soutien, l’AMTDA a pu décrocher une école publique à Hay Hassani, abandonnée faute de ressources humaines. 

Le bâtiment, sur deux étages, flambant neuf mais vandalisé par des pilleurs, sera réaménagé. Un appel d’offres a déjà été lancé, la sélection de la société de travaux est prévue pour la dernière semaine de ce mois de juin. L’INDH a accordé une subvention de 4 millions de DH pour l’aménagement et l’équipement. L’ouverture est prévue pour fin octobre.

L’école, totalement gratuite, commencera avec la maternelle, le dépistage et la rééducation d’élèves, ainsi que par l’éducation non formelle, avant de monter en régime l’année suivante. Le directeur et les enseignants seront affectés par l’Education nationale. L’équipe sera renforcée par des orthophonistes, orthopédagogues, psychomotriciens et psychologues, qui interviendront même en cours, afin de former les instituteurs.

L’association est en train de négocier des subventions de l’Entraide nationale et de l’INDH pour pouvoir financer leur rémunération.
Les séances de rééducation seront intégrées dans l’emploi du temps des enfants souffrant de troubles. L’école accueillera aussi des élèves d’autres établissements de la délégation de Hay Hassani qui bénéficieront de la rééducation, et profiteront d’un transport de la wilaya. 

L’école, d’une capacité de 320 élèves, abritera une salle informatique équipée d’ordinateurs utilisant un logiciel spécial offert par une entreprise française. Le programme devrait se baser sur un curriculum que le ministère vient de concevoir.
Les mamans espèrent faire de cet établissement un modèle pilote, censé montrer à quoi devrait ressembler l’école de demain.

Un terrain de recherche aussi

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L’AMTDA tient à faire de son école un terrain pour la recherche scientifique. Des accords ont été noués avec l’Ecole normale supérieure (ENS) et le Centre pédagogique régional (CPR) en vue d’accueillir les étudiants chercheurs. «Nous avons besoin de comprendre certains phénomènes, mais aussi de marocaniser des batteries de tests», explique Zhour Le Qouider, préparant elle-même une thèse de doctorat dans le domaine des troubles de l’apprentissage

 

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