Analyse

Patrimoine Art Déco: Premier recensement exhaustif à Casablanca

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5296 Le 19/06/2018 | Partager
Une opération pilote à Sidi Belyout
Plan de sauvegarde et de réhabilitation d’édifices, places et boulevards
Les résultats de l’étude attendus en septembre prochain
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L’immeuble Liberté de Morandi (sis bd la Résistance) rentre dans le cadre de la catégorie valeur architectonique (Unicum). Surnommé «17 étages», l’immeuble incarne l’ambition de la grande hauteur casablancaise de l’après-guerre (Ph. L'Economiste)

Des milliers de bâtiments Art-Déco répertoriés rien qu’à Sidi Belyout! Lancée par l’Agence urbaine de Casablanca (AUC) depuis quelques mois, l’opération de recensement arrivera à terme d’ici septembre prochain. Cet inventaire du patrimoine bâti et paysager, qui se veut exhaustif, devrait aboutir à un plan de sauvegarde et de valorisation des immeubles répertoriés.

L’étude, commanditée par l’AUC et exécutée par le cabinet Tarik Oualalou, en est aujourd’hui à mi-parcours. Le suivi de l’opération est assuré par un comité régional de sauvegarde du patrimoine présidé par le wali et composé des principaux intervenants, dont l’AUC.

«Il a été décidé de scinder en deux cette étude en commençant par Sidi Belyout», explique Hassan Siraj, directeur de la Planification et de la gestion urbaine auprès de l’AUC. En effet, le territoire de Sidi Belyout concentre l’essentiel du patrimoine architectural de Casablanca.

D’autant plus qu’il s’agit d’une étape préalable à l’adoption du plan d’aménagement de cet arrondissement, l’un des derniers PA qui tarde encore à voir le jour. Ce recensement du patrimoine limité à Sidi Belyout, sera suivi par une opération similaire, menée cette fois-ci sur l’ensemble du territoire de Casablanca. Ses résultats doivent être pris en compte par le plan d’aménagement de l’arrondissement concerné.

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Le siège de la wilaya de Casa-Settat (ex-hôtel de ville) est l’œuvre de l’architecte Marius Boyer (1937). Il fait partie des bâtiments inscrits au patrimoine (Ph. L'Economiste)

Les premières tendances de l’étude, qui n’est pas encore finalisée, font apparaître trois grandes catégories de patrimoine à Casablanca. La classe A est celle qui recèle une grande valeur patrimoniale. «Il s’agit de bâtiments exceptionnels qui pourront être proposés pour une inscription au patrimoine», poursuit Siraj. A peu près 700 immeubles se rangent dans cette catégorie. Ces derniers doivent être préservés dans leur intégralité.

La catégorie suivante est consacrée aux bâtiments notables ayant une valeur patrimoniale moyenne (à peu près 2.000 unités). Autrement dit: ce sont des bâtiments qui peuvent faire l’objet de modifications ou de surélévation tout en respectant leurs caractéristiques architecturales. La dernière catégorie

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L’église Sacré Cœur fait l’objet d’une opération de restauration menée par la SDL Casa-Patrimoine. Enveloppe consacrée au projet qui touche à sa fin: 50 millions de DH (Ph. L'Economiste)

est celle des immeubles inscrits au patrimoine. Ils sont aujourd’hui au nombre de 103.

«Une dizaine d’immeubles viennent de rejoindre cette liste depuis quelques semaines à peine», révèle Hakima Azemmou, ingénieur en charge de ce dossier auprès de l’AUC. Outre ces immeubles Art-Déco, plusieurs espaces publics sont aussi recensés sur l’arrondissement Sidi Belyout. Au total, 35 espaces dont 13 boulevards, avenues ou rues, 18 places ou ronds-points et 4 parcs ou jardins. 

L’étude, menée sur 7 mois, comporte quatre missions. D’une durée de 3 mois, la première phase consiste en un inventaire accompagné de notes descriptives sur chaque élément patrimonial. La seconde mission de 2 mois propose un plan de sauvegarde.

Quant à la 3e mission (1 mois), elle fixera les modalités de mise en œuvre, un plan d’actions prioritaires et une stratégie de communication et de sensibilisation. La dernière mission (1 mois) apportera une assistance à la préparation des dossiers de demandes de classement au patrimoine national.

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Construit entre 1914 et 1916, c’est à la fois la première apparition d’une écriture architecturale nouvelle à Casablanca (néo-mauresque) et l’émergence d’un nouveau type d’immeubles  en dehors des limites de la médina

Dans le cadre de l’inventaire des bâtiments, les experts ont établi un certain nombre de critères afin d’évaluer les édifices choisis avant de juger s’ils nécessiteront des actions de sauvegarde et valorisation (voir aussi encadré). Les 2.000 et quelques bâtiments répertoriés répondent tous à au moins un critère à différents degrés.

L’étude devrait aussi établir des scenarii de restauration sous forme de montages financiers avec les administrations concernées ou d’avantages fiscaux aux privés pour les inciter à restaurer ce patrimoine.

Casablanca est, rappelons-le, un laboratoire à ciel ouvert de l’architecture de la 1re moitié du 20e siècle et un véritable musée des mouvements architecturaux internationaux des années 1910 à 1960. S’y côtoient des styles divers d’architecture: du néoclassique au néo-mauresque, en passant par l’art-déco ou le style fonctionnaliste. Ce patrimoine, mal connu et mal entretenu, reste sous la menace d’une réelle déperdition, des risques de démolitions ou encore d’effondrement.

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Situé à l’angle des rues d’Agadir et Allal El Fassi, l’ex-immeuble Imcama, appelé également immeuble Sony, est construit en 1928. Il  fait partie des  immeubles réhabilités par Axa. La compagnie d’assurances mène, jusqu’en 2019, une opération de restauration de 29 immeubles. Coût du projet: 190 millions de DH (Ph. L'Economiste)

Chiffres-clés

A lui seul, l’arrondissement Sidi Belyout recèle une grande richesse et variété architecturale dont:

  • 103 bâtiments déjà inscrits au patrimoine national
  • 700 bâtiments de grande valeur patrimoniale (à proposer pour l’inscription)
  • 2.000 bâtiments notables avec une valeur patrimoniale moyenne
  • 35 espaces publics inventoriés (bd, rues et places)

                                                                           

Critères de l’inscription au patrimoine

Pour prétendre au statut de patrimoine, un bâtiment doit répondre à un certain nombre de critères reconnus et adoptés par l’Unesco. Ces critères, retenus pour la réalisation de l’inventaire du patrimoine architectural casablancais, se déclinent en quatre grandes familles.
■ Unicum (unique)
L’unicum est la valeur propre à la singularité de l'objet inventorié par rapport aux œuvres comparables de sa série, de sa période et sa production. Parmi les immeubles qui rentrent dans cette catégorie, figurent l’Hôtel Excelsior sur la Place des Nations Unies à l’angle de Rue Allal ben Abdellah (Horloge) par l’architecte Delaporte.
■ Typicum (typique)
Le typicum est la valeur propre à la représentativité de l'objet: échantillon représentatif et emblématique par rapport aux œuvres comparables de sa série, de sa période, de sa production.
■ Intégration urbaine
On évalue ici la dimension urbanistique et l’insertion des unités bâties dans l'espace urbain et paysager. Il s’agit de bâtiments ou d’îlots qui «font tissu», qui définissent l’échelle urbaine et la constitution de la forme urbaine. Le bâtiment les Tourelles sis angle rue d'Alger et Bd Rachidi et signé Marius Boyer, illustre bien cette catégorie.
■ Immatériel
Cette dernière catégorie met en avant la valeur mémorielle en rapport avec l'histoire des hommes et des lieux. Au-delà de la qualité architecturale et urbaine, il s’agit d’inventorier des lieux qui ont contribué à l’histoire de la ville.o

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