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Au Maroc, un restaurant «surbooké» tenu par des femmes sans revenus

Par L'Economiste | Edition N°:5294 Le 14/06/2018 | Partager
L’association Amal forme aux métiers de la restauration
En 5 ans d’existence, 176 femmes ont décroché un emploi
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L’association Amal pour les arts culinaires à Marrakech permet aux femmes, qui n’avaient jusque-là aucun revenu, d’apprendre le métier et de le mettre en pratique dans leur propre restaurant (Ph. Association Amal)

La demande est aujourd’hui plus grande que l’offre. En effet, l’association Amal (signifie espoir en arabe) pour les arts culinaires à Marrakech, au Maroc, n’a pas assez de femmes formées disponibles pour répondre au besoin de son réseau d’employeurs. Leur particularité? Elles sont toutes des Marocaines sans revenus. Cette structure leur propose des formations gratuites de 6 mois pour apprendre le métier de la restauration et la gestion d’entreprise. Ici, théorie et pratique ne font qu’un puisque tout se passe dans leur propre restaurant, ouvert au public. Elles tiennent la cuisine, font le service et l’entretien, suivent les rentrées et sorties d’argent… leur entière implication étant le passage obligé. Cette table connaît son petit succès auprès des Marrakchis qui s’y bousculent pour sa très bonne cuisine familiale et pour soutenir le chemin de ces femmes vers leur indépendance. Chaque jour, avec deux plats au choix sur l’ardoise, et le traditionnel couscous le vendredi, une centaine de clients viennent y déjeuner ou y dîner. Une trésorerie équilibrée qui fait vivre le projet. Actuellement, elles sont 26 à poursuivre leur formation, récemment accréditée par l’AIH, l’Association de l’industrie hôtelière, chargée d’auditer les hôtels et de donner les étoiles. 

«Un résultat qui n’a pas de prix»

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Depuis la constitution de l’association et de son restaurant en 2013, 199 femmes ont été formées. Certaines ont continué leur route de leur côté, et 176 ont trouvé du travail via les partenaires d’Amal, des établissements haut de gamme comme le restaurant Dar Moha, le Sofitel ou le Palm Plaza à Marrakech. Parmi elles, six ont préféré être leur propre patron. Une s’est lancée dans un projet de snack, et cinq autres ont ouvert ensemble une pâtisserie. Le financement de ces deux commerces a été possible grâce aux 25.000 euros gagnés pour le prix Women for change de la fondation Orange, décerné à Nora Belahcen-Fitzgerald, la fondatrice de l’association.

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La table de l’association connaît du succès auprès des Marrakchis qui s’y bousculent pour sa très bonne cuisine familiale et pour soutenir le chemin de ces femmes vers leur indépendance. Chaque jour, avec deux plats au choix sur l’ardoise, et le traditionnel couscous le vendredi, une centaine de clients viennent y déjeuner ou y dîner (Ph. Association Amal)

Cette femme, née au Maroc de parents américains, a voulu partager un peu de sa bonne étoile avec celles qui en manquaient. Ouvrir ce restaurant solidaire a été sa manière à elle de lutter contre la précarité. «Je n’imaginais pas un tel succès, confie Nora, nos aspirations étaient plutôt humbles au départ. Sans le soutien de la fondation suisse Drosos, qui nous a permis de mûrir et d’élaborer notre plan d’action, nous aurions mis plus de temps pour arriver où nous sommes aujourd’hui». C’est vrai qu’en cinq ans d’existence, l’association Amal fait partie du paysage à Marrakech. Le bouche-à-oreille fonctionne entre celles qui ont été formées et qui ont décroché un emploi, et celles qui ont le besoin et l’envie de les rejoindre. Certaines femmes sans ressources sont aussi recommandées par les partenaires d’Amal, comme l’association Kafalat El Yatim, qui prend en charge les orphelins, et l’association Al Aman, un foyer pour les mamans célibataires ou les femmes violentées obligées de quitter leur domicile. Parler des femmes privées de revenus, c’est penser à toutes.

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Nora Belahcen-Fitzgerald, fondatrice de l’association. Cette femme, née au Maroc de parents américains, a voulu partager un peu de sa bonne étoile avec celles qui en manquaient. Ouvrir ce restaurant solidaire a été sa manière à elle de lutter contre la précarité (Ph. Association Amal)
 

Cette année, parmi les étudiantes, deux sont sourdes et muettes. Du coup, tout le staff s’est formé au langage des signes. Un tout nouveau projet de café s’est ouvert à Guéliz (quartier de Marrakech), lui aussi entièrement géré, des bureaux à la salle, en passant par les cuisines, par des femmes privées de la parole et de l’audition. Un système ludique de menu visuel et de jetons pour la commande leur permettant, à elles et à leurs clients, de se comprendre. Parmi les heureuses bénéficiaires, il y a aussi Khaoula, atteinte de trisomie, qui fait des merveilles au service. «Nous visons à diversifier les profils de celles que nous accueillons pour ne stigmatiser personne», continue Nora. Alors l’association fourmille de projets. Un tel succès donne des ailes et des idées. La dernière en date étant la parution d’un livre de recettes personnifié. Elles sont 21 femmes à proposer 21 recettes, le tout accompagné de leurs histoires de vie, de parcours et de leurs profils. «Si je ne devais retenir qu’une chose, c’est la joie de ces femmes qui arrivent, avec leur petit salaire, à prendre soin d’elles et de toute leur famille. Ils sont parfois 6 ou 7, parents, enfants, conjoints, à vivre sur la bourse ou sur le Smig de nos bénéficiaires. Un résultat qui n’a pas de prix». Aujourd’hui, Nora met son énergie à dépasser les difficultés techniques et financières pour développer la micro-entreprise. «Amal, dans sa prochaine version, sera une structure d’accompagnement des femmes vers l’entrepreneuriat sous la forme de commerces communautaires», prévoit-elle. Il semble bien que ses objectifs ont clairement dépassé ses espérances... 

Stéphanie JACOB

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