Entreprises

Stroc Industrie: Histoire d’une descente aux enfers

Par Franck FAGNON | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager
Grèves, erreurs stratégiques, faillite dans le secteur...
Les banques réticentes à s'exposer davantage
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L’introduction en Bourse de Stroc Industrie en juin 2011 a été sursouscrite 8,7 fois. L’entreprise va connaître dans la foulée ses premiers déboires écartant les premiers résultats post introduction du business plan annoncé quelques mois plus tôt au marché. L’entreprise pourrait disparaître si elle ne convainc pas le tribunal de commerce de la viabilité de son plan de sortie de crise
 

Au bord de la faillite à cause de graves problèmes de trésorerie, Stroc Industrie vient peut-être de tirer sa dernière cartouche. La société spécialisée dans la charpente métallique et la chaudronnerie a sollicité auprès du tribunal de commerce un plan de sauvegarde.

Le sort de l'entreprise est entre les mains du juge qui peut approuver ou non le plan de sortie de crise qui lui a été soumis. Le juge a diligenté un expert judiciaire pour évaluer la situation financière et comptable de Stroc Industrie avant de prendre sa décision.

Comment une entreprise florissante il n'y a pas très longtemps, introduite en Bourse en 2011, en est arrivée là? «Il y a des facteurs conjoncturels, mais aussi des erreurs stratégiques", admet Nabil Ziatt, président directeur général de Stroc Industrie.

Plébiscitée au moment de son introduction en Bourse en juin 2011 (l'opération a été sursouscrite 8,7 fois), Stroc Industrie va faire face dans la foulée à ses premières difficultés. Un conflit social déclenché fin juin a paralysé l'entreprise tout le second semestre. «Les grèves nous ont plombés et j'ai commis l'erreur d'être systématiquement dans la confrontation avec les syndicats», regrette le PDG.

«Nos ateliers ont été occupés de juin à décembre 2011. Cela nous a obligés à en louer à Kénitra et à réimporter de la matière pour honorer nos engagements». Quelque part, l'entreprise condamne aussi la passivité des autorités, même si le contexte social à l'époque était délicat (printemps arabe).

En effet, aucun des jugements en faveur de Stroc Industrie  (10 selon les dirigeants) n'avait été exécuté. L'année s'est achevée sur des résultats en décalage avec le business plan annoncé quelques mois plus tôt au marché lors de l'introduction en Bourse.

Les effets sont plus marqués sur l'exercice 2012 puisque le chiffre d'affaires a été divisé par deux et l'entreprise a enregistré une perte sèche de 139 millions de DH. Elle va redresser la pente en 2013 et 2014 grâce à un carnet de commandes consistant. A ce moment, «nous aurions dû ramener de nouveaux investisseurs dans le tour de table», estime Ziatt.

La situation va de nouveau se détériorer en raison notamment de la signature de contrats qui contenaient des clauses difficiles et un problème de TVA à un moment donné. Cela va entraîner une forte pression sur la trésorerie de l'entreprise.

Entre 2014 et 2015, le chiffre d'affaires va passer de 658 millions à 374 millions de DH et l'entreprise essuie une perte de 87 millions de DH en 2015 contre un résultat bénéficiaire de 19 millions de DH une année auparavant. Les revenus de Stroc Industrie ont chuté à 138 millions de DH en 2017. Les charges, elles, demeurent lourdes.

Avec 800 employés, l'entreprise est surdimensionnée par rapport à sa taille aujourd'hui. «Les charges ne freinent pas au même rythme que l'activité. Et, il s'avère que nous avons freiné trop fort», relève Ziatt.  La crise de trésorerie contraint l'entreprise à renoncer à participer à des appels d'offres pour ne pas étouffer.

Les déboires d'autres entreprises, Maghreb Steel ou encore de Buzzichelli, n'encouragent  pas les banques à s'exposer davantage sur le secteur. «Tout le secteur de la métallurgie a été assimilé aux difficultés de Maghreb Steel. Les financements sont plus difficiles et plus longs à mobiliser», relève le management de Stroc.

 

 

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