Economie

IDE: Le Maroc récolte le fruit des réformes

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5290 Le 08/06/2018 | Partager
Cadre réglementaire, politique de promotion des investissements...
Une politique industrielle moderne
Une meilleure communi-cation avec les investis- seurs

Avec l’Egypte, le Maroc figurait en 2017 parmi les destinations africaines les plus attractives pour les investisseurs. Le Royaume a ainsi tous les atouts pour rentabiliser ses investissements (voir aussi notre édition N° 5289 du jeudi 7 juin 2018). Explications avec James Zhan, Directeur de la Division de l’Investissement et des Entreprises de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et développement (Cnuced). Il dirige la préparation du rapport sur l’investissement dans le monde.

- L’Economiste: Comment évaluez-vous l’évolution des IDE au Maroc?
- James Zhan:
En 2017, les entrées d’IDE étaient en hausse de 23% au Maroc et atteignaient 2,7 milliards de dollars. Ceci alors que les investissements directs étrangers étaient en déclin dans le contexte plus général de l’Afrique du Nord et surtout de l’Afrique (moins 21%) du fait de la chute du prix des produits de base. Cette hausse des IDE au Maroc était caractéristique d’une économie davantage diversifiée et était, pour une large part, attribuable à des investissements conséquents dans le secteur automobile, notamment dans la production de batteries ou de cameras.
L’autre secteur ayant bénéficié d’investissements étrangers a été le secteur financier.

- Le pays a-t-il réussi à améliorer le climat des affaires?
- Le Maroc a fait des efforts pour améliorer le climat des affaires en général, mais également le cadre de l’investissement. Grand nombre de recommandations, qui avaient été formulées par l’Examen de la politique d’investissement du Maroc conduit par la Cnuced en 2008, se sont traduites par des réformes. Parmi celles-ci, la mise en place d’un cadre réglementaire favorisant des IDE durables et diversifiés, le renforcement des capacités institutionnelles, une politique de promotion des investissements plus proactive et un renforcement du système supportant l’innovation. Des efforts importants ont également été consacrés à la facilitation des investissements avec l’aide de la Cnuced. Ce qui a conduit notamment à la simplification administrative des procédures ainsi qu’à une meilleure communication avec des investisseurs potentiels au travers des iguides de l’investissement. Dans le cadre de la réforme nécessaire du régime des accords internationaux d’investissement, le Maroc s’est également montré particulièrement actif, ayant conduit une réflexion analytique sur l’ensemble de ses accords existants et modernisé son modèle-type d’accord bilatéral. Les résultats de ces initiatives se traduisent par une forte hausse des IDE, davantage diversifiés.

- Vous développez dans votre rapport différents modèles de politique industrielle, comment jugez-vous celle du Maroc?
- Le Rapport sur l’investissement dans le monde 2018 analyse les politiques industrielles adoptées au cours des dix dernières années. Il classifie chacune de ces politiques en trois grandes catégories: stratégies de mise en place, d’accumulation, de rattrapage et celles fondées sur la nouvelle révolution industrielle. Il apparaît que 40% environ des politiques se réfèrent à la première catégorie, 30% des politiques à la seconde alors que 10% des politiques s’intéressent au positionnement en vue de la quatrième révolution industrielle.
Nous considérons que le Maroc compte parmi les économies ayant une politique industrielle moderne, dont les contours respectent les critères d’ouverture, de durabilité, de préparation à la nouvelle révolution industrielle, d’inclusivité, de cohérence et de flexibilité et d’efficience.

Des risques se profilent

- Avez-vous mesuré l’impact de la nouvelle politique américaine en matière de commerce international sur l’investissement?
- La Cnuced prévoit une reprise (qui pourrait se révéler fragile) des IDE cette année. Parmi les facteurs incitant à l’optimisme, des perspectives de croissance plus élevées, l’évolution des échanges commerciaux en 2017, les prémices d’une embellie du secteur des produits de base. Cependant, des risques se profilent, y compris sous la forme des tensions récentes relatives aux échanges internationaux qui pourraient avoir des conséquences en matière d’IDE. Les mécanismes à l’œuvre seront très complexes et dépendront de la nature des décisions et de leur ampleur. Cependant, l’incertitude découlant de ces tensions pourrait inciter les sociétés multinationales à annuler ou différer certaines de leurs décisions d’investissement jusqu’à ce que le climat redevienne plus stable. L’augmentation des tarifs douaniers dans certains secteurs pourrait affecter les échanges et chaînes de valeur mondiales et par voie de conséquence avoir un impact sur les flux d’IDE à la recherche d’une meilleure efficience. La rentabilité des sociétés multinationales opérant dans les secteurs touchés par ces bouleversements s’en trouverait affaiblie et leur propension à investir réduite. Par ailleurs, les sociétés multinationales pourraient être tentées de relocaliser certaines unités de production pour éviter les nouveaux tarifs.

- Plusieurs accords et traités ont été mis en cause. Comment régler les différends en matière d’investissement?
- Nous étudions les tendances relatives au régime des accords internationaux d’investissement et celles relatives aux différends entre Etats et investisseurs. Ceci, dans le cadre de notre mandat, et plus particulièrement dans le cadre du rôle conféré à la Cnuced par le Programme d’action d’Addis-Abeba et la 14e Conférence ministérielle. Le but est d’informer les Etats membres engagés dans les discussions sur la réforme du régime.
L’édition 2018 note que le nombre de différends continue de croître, avec 65 nouveaux cas  en 2017, portant le nombre total de cas à 855. Les progrès sur la réforme en cours auront une incidence directe sur le règlement des différends. Ceci, d’une part, parce que dans le cadre de la première phase de la réforme, les pays ont décidé de conclure des accords qui portent une plus grande attention à ce sujet. Et ce, notamment au travers de la spécification, de l’identification des provisions des traités qui pourraient être sujets à de tels différends ou de la réduction des délais alloués à l’initiation de telles actions. Ensuite, dans la seconde phase de la réforme, de nombreux pays ont entrepris (en ligne avec les dix options de réforme proposées par la Cnuced) de moderniser les accords anciens et ont développé des interprétations communes des traités. Enfin, et dans la troisième phase de la réforme, nous préconisons un renforcement de la cohérence et la recherche de synergies entre politiques d’investissement et autres dispositifs législatifs internationaux. Une meilleure cohérence aura pour effet de réduire les risques de différends qui pourraient naître de dispositions distinctes.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

Who’s Who

james_zhan_090.jpg

(Ph. Cnuced)

Depuis 2008, James Zhan est Directeur de la Division de l’Investissement et des Entreprises de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et développement (Cnuced). Il dirige la préparation du rapport sur l’investissement dans le monde. Dr. Zhan a une riche expérience et expertise des questions liées aux échanges, à l’investissement, la technologie, l’entrepreneuriat, la gouvernance d’entreprise, la facilitation des affaires et les stratégies de développement nationales. Il a conduit nombre de recherches et analyses sur des sujets clefs et d’actualité, et a également facilité la formulation de nombreux consensus lors de différents sommets (des Nations Unies, G20, G7, ACP, APEC, BRICS et Commonwealth)… Dr. Zhan est l’auteur de nombreuses publications économiques ou juridiques sur des questions liées au commerce international et aux investissements.

                                                                                

ide_maroc_090.jpg

Coup de froid sur les flux d’IDE

LES flux d’investissements directs étrangers ont diminué de 23% en 2017 pour atteindre 1.430 milliards de dollars (contre 1.870 milliards de dollars en 2016), selon le rapport sur l’investissement dans le monde 2018 de la Cnuced. Ce déclin général est en partie attribuable à une baisse de 22% de la valeur des fusions et acquisitions transfrontières.

Cependant, même en faisant abstraction des transactions d’ampleur exceptionnelle et des reconfigurations qui ont pu exacerber les IDE en 2016, le déclin observé l’année dernière reste significatif, selon les économistes. La valeur annoncée des investissements nouveaux (un indicateur de la tendance future) était également en baisse de 14% à 720 milliards de dollars.

En conséquence, les perspectives pour 2018 sont modestes. Les flux mondiaux devraient augmenter de manière marginale. Ils resteront largement inférieurs à ceux de la moyenne observée des dix dernières années. Une escalade des tensions commerciales pourrait affecter négativement l’investissement dans les chaînes de valeur mondiales. Par ailleurs, la réforme fiscale aux Etats-Unis affectera probablement de manière significative les investissements dans le monde.

La Cnuced observe que la baisse des investissements directs étrangers a pour origine une diminution des taux de rendement. Le taux de rendement moyen sur les investissements étrangers est aujourd’hui de 6,7% à comparer avec 8,1% en 2012. Le déclin le plus important étant enregistré en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes. Des rendements plus faibles sur les actifs étrangers pourraient également influer sur les perspectives à plus long terme.

Conséquence de cette baisse des investissements, le rythme d’expansion de la production internationale se ralentit. La croissance des chaînes de valeur mondiales stagne également. Les IDE demeurent la plus importante source de financement externe des pays en développement. Ils comptent pour près de 39% du financement de ces pays dans leur ensemble. Mais représentent aujourd’hui moins du quart du financement des pays les moins avancés, une proportion en baisse depuis 2012.

 

 

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc