Economie

Boycott: La contre-attaque tardive au Parlement

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5289 Le 07/06/2018 | Partager
Le gouvernement énumère les conséquences sociales de cette campagne
Pour les députés, les ministres doivent expliquer aux citoyens la réalité des choses
Daoudi manifeste devant le Parlement avec les salariés de Danone
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Lahcen Daoudi, avant de venir à la Commission, a créé le buzz. Avant d’entrer dans la commission parlementaire, il fait un crochet par le Boulevard Mohammed V pour se mêler aux manifestants. Il a scandé, avec eux, des slogans hostiles au boycott (Ph. Bziouat)

La réunion de la Commission des secteurs publics de la Chambre des représentants, consacrée à la filière laitière, mardi soir a été une véritable séance de thérapie. Dans le tour de table, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture dont c’est la première sortie venu présenter cette filière tout en essayant de démêler les fils de cette campagne de boycott.

Après avoir mis en relief les avancées réelles de cette filière, décisive en matière de sécurité alimentaire,  en matière de production, de distribution et d’organisation, le ministre de l’Agriculture a attiré l’attention sur les risques de voir disparaître un secteur qui a beaucoup perdu de son attractivité. Il est vrai qu’il y a une quinzaine d’années, le lait manquait sur les étals au cours de Ramadan.

Ventes liées, pénuries, spéculations… des feuilletons que les jeunes générations, contrairement à leurs parents, n’ont pas connu.

Pour le ministre, «les éleveurs sont des investisseurs qui ont besoin de visibilité sur l’écoulement et la commercialisation de leurs productions». L’incertitude chasse l’investissement et encourage l’importation. «Ce n’est pas l’approvisionnement de l’étranger qui va réduire les prix de ce produit» avertit Akhannouch.

Selon le ministre, le lait est une filière sociale par excellence dans le sens où 95% des éleveurs exercent des activités de subsistance et disposent de moins de 10 vaches.  Cette filière est la deuxième activité pourvoyeuse d’emplois dans l’agriculture après les céréales.

Son importance est capitale dans la chaîne de sécurité alimentaire. La production de la filière a augmenté de 42% entre 2008 et 2017, couvrant ainsi 96% de la demande intérieure. En outre, la consommation de lait par habitant et par an est passée de 58 litres par habitant à 74 litres en 2017, soit une progression de 28% depuis 2008, a indiqué le ministre. Cela avec l’objectif d’atteindre 90 litres en 2020.

Par ailleurs, plus de 200.000 éleveurs de vaches laitières adhèrent à la filière. Ce qui génère entre 400.000 et 450.000 postes d’emplois directs et indirects. Plus de 1,4 million de personnes vivent directement de la filière laitière. Pour rappel, le Plan Maroc vert a favorisé la transformation de 11 coopératives en sociétés industrielles qui sont arrivées grâce à cette stratégie à doubler leurs parts de marché. 

Après Akhannouch, c’est Lahcen Daoudi qui a pris la parole pour épingler les conséquences néfastes du boycott sur l’image du Maroc à l’étranger. «Cette campagne n’encourage pas les investisseurs à venir, d’autant qu’on est à la veille du choix du pays qui organise la coupe du monde en 2026» dit-il.

Pour le ministre des Affaires générales et de la gouvernance, plus de 2 tonnes de lait sont déversées par jour. «Nous ne pouvons plus nous taire. Les citoyens doivent être sensibilisés à cette menace contre notre pays et non contre le gouvernement», s’est-il exclamé.

Au cours du débat, des députés de la majorité comme de l’opposition s’en sont pris au gouvernement, coupable à leurs yeux, d’avoir tardé à réagir face au phénomène de boycott qui a démarré il y a plusieurs semaines. Ainsi, Driss El Azami, chef du groupe parlementaire du PJD s’est interrogé sur la réaction jugée tardive de l’exécutif, en dépit des interpellations du Parlement.

Pour lui, l’exposé de Aziz Akhannouch «doit arriver au peuple qu’il s’agit d’écouter, d’informer. Les ministres doivent descendre dans la rue pour expliquer aux citoyens la réalité des choses».   Dans la foulée le maire de Fès lance d’autres piques: pour lui cette crise a montré les faiblesses de communication des grandes entreprises.

Après un réquisitoire contre les médias publics, coupables d’avoir amplifié le phénomène de boycott, l’ancien ministre s’est attaqué au sit-in du personnel de Centrale Danone, organisé par la CDT et appuyé par l’UGTM, simultanément devant le Parlement. En s’exprimant ainsi, Driss El Azami ignorait-il que son camarade Lahcen Daoudi avait fait un crochet par le Boulevard Mohammed V pour se mêler aux manifestants. Il a scandé, avec eux, des slogans hostiles au boycott.

Carte visite de la filière

En 2008, le Maroc comptait 2,2 millions de vaches. «Aujourd’hui, nous sommes arrivés à 3,3 millions dont 1,2 million de têtes sont laitières», a indiqué Aziz Akhannouch qui a rappelé que les vaches laitières étaient essentiellement localisées dans trois régions: Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Rabat-Salé-Kénitra. La production de lait est passée de 1,8 milliard à 2,5 milliards de litres. L’objectif est d’atteindre 4 milliards de litres. Sauf que le problème actuel n’est pas dans la production mais dans la consommation. Pour rappel, les éleveurs ont investi de 2008 à 2017 pas moins de 5,3 milliards de DH.

 

 

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