Enquête

Après les accusés, la justice auditionne les témoins

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5285 Le 01/06/2018 | Partager
Un officier «traumatisé» à la barre
Zefzafi: Des conditions de détention «punitives»
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Un an après les manifestations d’Al Hoceïma, le procès de 54 accusés se tient à la Chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca (Ph. Bziouat)

Vue de l’extérieur, la salle d’audience apparaît comme un monde à part. Le débat qui l’agite détonne avec l’ambiance déserte dans laquelle baigne le tribunal de Casablanca. Le procès des événements d’Al Hoceïma est à l’ordre du jour (lire ci-dessous).

Avant la comparution du témoin Walid Slimani, deux questions ont été soulevées par la défense. La première porte sur les conditions de détention de Nasser Zefzafi. Il est dans une cellule d’isolement depuis son arrestation en mai 2017. Il fait seul également la promenade quotidienne. L’un de ses avocats, Abderrahim Jamai, y voit   «une punition».  Il fustige aussi le non-respect des droits fondamentaux de l’accusé.

L’accusation déclare qu’elle ne peut pas agir pour changer la situation: «Cela relève des compétences de l’administration pénitentiaire». Selon le procureur du Roi, Hakim El Ouardi, l’accusé a été mis en isolement «à cause d’une conversation téléphonique qui avait fuité».

«Est-ce que Zefzafi est le seul à avoir enfreint le règlement? C’est discriminatoire. Des détenus usent de drogues sans jamais être inquiétés», plaide Me Mohammed Moussaoui.

Un autre point a fait débat: celui du statut de témoin. L’Etat s’est constitué partie civile. «Comment garantir la fiabilité de ce témoignage? L’officier relève de l’autorité directe de l’Etat», estime la défense qui y voit une «incompatibilité» entre les statuts de témoin et de fonctionnaire.

La présidence s’impatiente face à l’insistance des plaideurs. La justice devra auditionner au total 34 témoins. L’officier se présente finalement à la barre.  Il décline son identité en jurant «ne dire que la vérité et rien que la vérité».
Walid Slimani revient sur les faits: son collègue a été gravement blessé lors du Hirak d’Al Hoceïma. Les deux officiers étaient en mission.

«Mon collègue a été frappé par une brique rouge à la tête», témoigne le jeune fonctionnaire. Il est «certain de reconnaître» l’auteur présumé du forfait. L’accusé Samir Ighir se présente à la barre. Il déclare d’emblée «n’avoir jamais» été sur le lieu du délit, aux environs du domicile de Nasser Zefzafi.
L’accusé clame son innocence en brandissant le Coran dans sa main gauche. 

Le témoin insiste: «Je l’ai identifié au moment des faits». Il en veut pour preuve «une marque» que l’accusé a eue suite à une opération chirurgicale. Ce dernier le reconnaît en précisant que «l’officier a identifié sa cicatrice au moment de son arrestation». Donc, après l’incident. 

La défense déploie sa stratégie en multipliant les questions et en insistant sur des détails: tenue vestimentaire, situation géographique de l’incident...  La défense vise ainsi à relever les incohérences entre le témoignage et le PV de police. Parfois, le témoin ne répond pas ou ne se rappelle pas d’un détail, comme la couleur des chaussures de l’accusé: «L’incident remonte à un an déjà. Je suis pourtant traumatisé à ce jour par l’agression de mon collègue». Les deux policiers partageaient la même chambre.

Le Procureur du Roi intervient en relatant les faits consignés dans le PV de police. Le magistrat exhorte leur adversaire à ne pas trop s’attarder sur des «éléments futiles».

 

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