Economie

Politique africaine: Les cartes gagnantes du Maroc

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5283 Le 30/05/2018 | Partager
L’implication royale, décisive dans la relance de la coopération avec le continent
Rabat, 2e investisseur en Afrique
Des chantiers structurants, basés sur une logique win-win
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Le projet de protection et de valorisation de la baie Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire constitue un bel exemple de coopération entre le Maroc et les pays africains. La réalisation de ce projet de grande envergure pour un investissement global d’environ 5 milliards de DH a été confiée à des groupements constitués d’entreprises marocaines et ivoiriennes. La même approche est adoptée pour la partie étude avec l’implication de la société d’ingénierie marocaine CID. Un chantier qui bénéficie également de l’expertise de la société marocaine Marchica Med en sa qualité d’assistant à maître d’ouvrage du gouvernement ivoirien pour la réalisation du projet dont les travaux ont été lancés en janvier 2016

Le continent africain tient une place de choix dans les priorités régionales du Maroc. La célébration de «la Journée de l’Afrique», vendredi dernier, qui coïncide cette année avec le 55e anniversaire de la création de l’OUA (UA aujourd’hui), a permis de le prouver. Une occasion supplémentaire pour mettre en valeur l’engagement royal pour une Afrique solidaire, indépendante et prospère au niveau économique et social.

En effet, dès les premières années de son règne, la stratégie du Souverain pour le continent commençait à se dessiner.  Déjà en 2000, le Roi avait pris tout le monde de court en décidant d’annuler la dette des pays africains les moins avancés et d’exonérer leurs produits de droits de douane à l’entrée du Maroc. Qui aurait cru que cette décision posait les premiers jalons d’une vision stratégique pour le co-développement et  la solidarité agissante avec les pays subsahariens.

Des années après, l’ampleur des projets socioéconomiques lancés dans ce continent est énorme. Mohcine Jazouli, ministre en charge de la Coopération africaine, rappellera à l’occasion de cette journée: «le Maroc est convaincu que le continent africain peut se réinventer dans tous les domaines et demeure mobilisé pour participer à la co-émergence collective de l’Afrique».

L’engagement royal de porter haut et fort la voix de l’Afrique s’est concrétisé à l’occasion des 50 visites entreprises par SM le Roi dans plus de 30 pays, avec la signature de 1.000 accords. Ceux-ci portent sur le transfert de l’expertise en matière d’infrastructures, de banques, d’assurances, de transport aérien... La liste des secteurs concernés est longue et «ce sont autant d’illustrations qui transforment les paroles en actes», dit-il.

Portée du retour historique du Maroc au sein de l’UA

Les chiffres avancés au cours de cette journée par des responsables et par un documentaire du ministère des Affaires étrangères le confirment. Par ailleurs, les organisateurs ont mis en avant l’objectif double de la journée qui a consisté d’abord à souligner la portée du retour historique du Maroc au sein de l’UA, ainsi que son apport dans la redynamisation de l’action et de la crédibilité de cette organisation panafricaine.

Ensuite, il s’agit de mettre en exergue le leadership du Maroc en Afrique et la pertinence de ses actions multisectorielles et constructives en faveur du continent.

Cependant, ce sont deux grands chantiers structurants pour le continent qui étaient dans les esprits. Il s’agit d’abord de l’accord de partenariat stratégique signé entre le Maroc et le Nigeria à l’occasion de la visite royale dans ce pays en décembre 2016.

Il porte sur le lancement d’une étude de faisabilité du projet d’un gazoduc, d’une longueur de près de 4.000 km. Ce futur gazoduc pourra produire de l’énergie pour toute la région ouest-africaine où se trouve le 1/3 des réserves de gaz du continent et où la plupart des habitants sont privés d’électricité.

Transformation agricole

L’autre grand chantier concerne la transformation agricole du continent menée par l’OCP-Africa. Cette filiale du groupe dirigé par Mustapha Terrab appuie la transition de cultures traditionnelles de subsistance vers une agriculture moderne et créatrice de valeurs durables. Depuis 2016, elle multiplie les projets d’envergure en Guinée, en Ethiopie et dans d’autres pays africains.

Au cours de la célébration de cette journée, Taoufik Mouline, DG de l’Institut royal d’études stratégiques, était de la partie. Il a mis le doigt sur trois noeux qui interpellent le continent, dont le premier a trait à la poussée urbaine. La rapidité de la croissance urbaine africaine est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Elle est alimentée par une croissance démographique forte, conjuguée à un déficit de moyens et de gouvernance. Elle représente un défi systémique majeur, a-t-il noté.

Toutefois, cette poussée peut devenir un véritable accélérateur de développement si les réponses idoines sont identifiées et mises en œuvre. Le deuxième défi concerne la transformation rurale. En effet, le monde rural est à un tournant de son histoire. Le dernier grand défi individuel et collectif a trait à la sécurité et à la gouvernance.

«Les conflits et les violences associées montrent que la pacification progresse, mais elle est loin d’être acquise. Car, la sécurité des biens et des personnes est aussi une question de gouvernance et d’éducation», a indiqué le DG de l’IRES.

«Selon lui, pour faire connaître le potentiel dont le continent africain regorge, l’Institut a dédié son rapport de 2018 au développement autonome de l’Afrique, en cours de finalisation. Il a aussi réalisé d’autres travaux dont notamment la perspective d’adhésion du Maroc à la Cedeao, le développement rural en Afrique subsaharienne et la transition énergétique à l’aune de la nouvelle politique africaine du Royaume.

Echanges en progression

depuis plusieurs années, Rabat octroie près de 300 millions de dollars par an dans le cadre de l’aide publique au développement. Ce qui représente 10% du volume de ses échanges commerciaux avec l’Afrique. Selon ce département, ces échanges commerciaux sont en progression de 20% au cours des dernières années, soit une hausse de plus de 1,5 milliard de dollars. «Si l’Afrique ne représente que 7% des exportations marocaines, les investissments directs étrangers du Royaume dans les pays subsahariens se sont élevés à plus de 400 millions de dollars dès 2015. Ce qui en fait le 2e investisseur après l’Afrique du Sud», est-il indiqué.

                                                                                         

Potentiel démographique

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«Aujourd’hui, l’Afrique compte 500 millions de jeunes dont  60% sont des chômeurs. En outre, 40% des jeunes sont récupérés par des mouvements extrémistes, rebelles ou terroristes», a souligné Mohamed Mitqal,  DG de l’Agence marocaine pour la coopération internationale (AMCI), qui relève du ministère des Affaires étrangères.

Ce continent, qui comptera 2 milliards d’habitants en 2040, devrait disposer de la plus grande population en âge de travailler, dépassant ainsi la Chine et l’Inde, a-t-il ajouté.

C’est pour cela que son avenir durable est lié au développement de sa jeunesse.  L’éducation-formation comme levier de réussite est impérative. Pour Mohamed Mitqal, le Roi a veillé à  placer le développement de l’élément humain au centre de cette nouvelle vision pour une émergence durable du continent africain.

C’est ainsi que le Maroc a fait de la formation une composante importante et indispensable dans le programme de coopération. Pour convaincre, il a cité quelques réalisations. Ainsi, sur le volet de la coopération académique et culturelle, 25.000 Africains issus de 45 pays ont bénéficié de formations dans les instituts marocains.

A ceux-là s’ajoutent 12.000 étudiants étrangers dont 10.000 Africains étudient au Maroc. 80% d’entre eux sont boursiers du gouvernement marocain. Profitant de la présence du DG de l’AMCI, des étudiants ont formulé le souhait de voir le système de coopération écourter les délais de traitement des dossiers des subsahariens. Autre élément important dans ce domaine:  «Les étudiants, après l’obtention de leurs diplômes, rentrent dans leurs pays et disparaissent dans la nature».

Pour remédier à cette lacune, Mohamed Mitqal a annoncé le lancement d’une plateforme digitale «Morocco Alumni» en septembre prochain. Elle permettra à tous les lauréats et les partenaires de se constituer en réseaux et d’accéder, en ligne, à «des services à forte valeur ajoutée».

 

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