Entreprises

Boycott: Un plan d’urgence chez Centrale Danone

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5283 Le 30/05/2018 | Partager
La société réduit de 30% ses achats de lait auprès des éleveurs
Les contrats de 886 employés intérimaires sont arrêtés
La société a déposé 9 plaintes pour violence envers ses vendeurs
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Pour faire face à la chute des ventes du lait, Centrale Danone a décidé de réduire de 30% les volumes d’achat auprès des éleveurs. Cela signifie moins de revenu pour les 120.000 petits exploitants auprès desquels la société s’approvisionne (Ph. L'Economiste)

Cinq semaines après le début du boycott de son lait, l’heure est grave chez Centrale Danone. L’intensité et l’ampleur de ce mouvement ont surpris le management qui doit affronter des pertes qui s’annoncent d’ores et déjà très importantes.

Elles sont en tout cas «significatives», concède Daniel Lamblin, PDG de Centrale Danone, invité hier, mardi 29 mai, au Club de L’Economiste. Etant une société cotée à Casablanca et à Paris, il n’est pas possible d’avancer une estimation chiffrée. C’est une contrainte réglementaire, justifie le président de Centrale Danone.

Ni la reconquête à coup de promotions, ni l’opération «réconciliation» avec le consommateur lancée à la mi-mai, n’ont eu d’effets escomptés. Au contraire, le boycott ne faiblit pas et chaque jour qui passe renforce la détermination des boycotteurs. Plus grave, de nouvelles catégories de consommateurs se sont jointes au mouvement. Les ventes plongent et le compte d’exploitation de l’entreprise va très mal. Il fallait agir pour assurer la pérennité de l’outil économique.

Deux mesures d’urgence viennent d’être prises par la direction avec effet immédiat. D’autres plus draconiennes sont envisagées au cas où la situation n’évolue pas. Depuis hier mardi 29 mai, Centrale Danone a instauré des quotas d’achat de lait auprès des éleveurs en appliquant la même pondération chez tout le monde.

L’industriel collectera donc moins de volume de lait, soit une réduction de 30%. Concrètement, cela signifie moins de revenu pour les 120.000 petits exploitants auprès desquels il s’approvisionne. Le management de Centrale Laitière a par ailleurs prévenu certains prestataires de transport l'arrêt des contrats.

Plus spectaculaire est l’arrêt immédiat de tous les contrats du personnel sous statut «intérimaire» (travail temporaire). La mesure va impacter 1/7e des 6.200 personnes qui travaillent dans les différents sites de Centrale Danone, soit 886 employés. Malheureusement, ces centaines de personnes qui perdent leur emploi pourraient ne susciter guère d’empathie auprès de boycotteurs.

C’est un des enseignements issus de focus-groupe organisés par la société afin de tenter les motivations de ceux qui boycottent son produit. Pour la plupart, le rôle de Centrale Danone dans l’économie rurale ne constitue pas un argument pour les persuader de revenir sur leur décision.

Encore plus grave, tous les programmes de structuration et de mise à niveau des petits éleveurs annoncés au Siam sont gelés. Il en est ainsi du programme de la mise en place de la couverture médicale pour 50.000 petits exploitants et du projet d'amélioration du rendement.

Bien malin qui pourra prédire l’issue de ce boycott «inédit», une opération à laquelle le groupe Danone n’a jamais été confronté nulle part au monde. Dans plusieurs endroits du pays, ce boycott prend des formes d’intimidation. La pression est terrible sur les vendeurs de Centrale Danone qui quadrillent le réseau des 78.000 épiceries du Royaume.

Ils sont menacés physiquement tous les jours et les véhicules de livraison sont régulièrement attaqués. Plusieurs vendeurs ont été agressés à l’arme blanche, révèle le président-directeur général. La société a déposé 9 plaintes contre X au tribunal. La seule petite lumière dans ce sombre tableau est l’attachement des épiceries à la société. Le petit nombre qui a renoncé aux produits Centrale Danone, l’a fait sous la pression et la menace.

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