Economie

Bourse: Ramadan encourage la prise de risque!

Par Franck FAGNON | Edition N°:5279 Le 24/05/2018 | Partager
Les investisseurs ont la conviction que la récompense durant le mois sacré sera multipliée
Les situations sont diverses selon les pays
Sur le marché casablancais, les volumes faiblissent durant le mois de jeûne
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Cette année, Ramadan intervient à un moment où les transactions sur le marché casablancais sont au plus bas. Ce mois n’est pas toujours associé à une période léthargique sur les marchés financiers. Sur plusieurs marchés musulmans, il renforcerait la prise de risque, les investisseurs espérant des gains plus élevés en raison de l’intensité de leur prière durant cette période (Ph. L’Economiste)

Déjà que Ramadan est une période généralement creuse sur le marché casablancais, il intervient cette année à un moment où les transactions sont encore plus maigres. Toutefois, toutes les années ne se ressemblent pas. Les transactions au cours du mois de Ramadan ont été particulièrement dynamiques sur les trois dernières années (2015 à 2017) dépassant nettement la moyenne quotidienne sur l’ensemble de l’année.

Mais, il ne faut pas s’y tromper. Le Ramadan s’est déroulé à cheval entre juin et juillet en 2015 et 2016 et s’est achevé le 25 juin en 2017. Or, traditionnellement, les opérations de window dressing en juin et en décembre gonflent les volumes. En 2012 où le jeûne s’est déroulé entre juillet et août, les volumes quotidiens étaient de moitié inférieurs à la moyenne sur l’ensemble de l’année. Du côté des indices, le Masi a progressé à trois reprises durant le mois de jeûne entre 2014 et 2017.

Ramadan n’est pas toujours associé à une période léthargique sur les marchés financiers dans plusieurs pays de tradition musulmane. Au contraire, il stimulerait la prise de risque et pousserait les investisseurs à intervenir davantage sur les marchés actions. C’est l’une des conclusions étonnantes d’une étude(1) sur le risque, le rendement et la liquidité sur les marchés indonésiens et malaisiens durant Ramadan.

Les auteurs Ya-Wen Lai et Atif Windawati relèvent une augmentation de la volatilité et de la liquidité des marchés durant le mois de jeûne et les jours suivants. En revanche, les espérances derrière cette activité ne sont pas toujours comblées. En d’autres termes, les gains attendus ne sont pas forcément au rendez-vous.

«Il n’y a pas de rendement supplémentaire pour un investissement en Bourse durant le Ramadan que le reste de l’année. Le rendement ajusté au risque reste inchangé», estiment les auteurs.

L’appétit pour le risque durant le mois sacré serait guidé par la conviction que la récompense pour le culte et les bonnes actions sera multipliée. «Ramadan a tendance à susciter des émotions positives et par conséquent, encourager les gens à prendre plus de risques et à acheter plus d’actions», soutiennent d’autres chercheurs. C’est de la prophétie autoréalisatrice, c’est-à-dire que la croyance modifie les comportements de manière à ce que les prédictions adviennent.

Autrement dit, une croyance peut contribuer à construire une réalité. Les interventions en Bourse sont susceptibles de s’accélérer les derniers jours impairs du mois de Ramadan. Sur la base des données de dix marchés financiers des pays musulmans sur la période 1995-2012, l’égyptien Al-Ississ a relevé que les rendements anormaux positifs les plus élevés étaient enregistrés le 27e jour du Ramadan!

En outre, le rendement moyen sur les derniers jours impairs du Ramadan est plus élevé que celui des cinq derniers jours pairs. Les investisseurs ont donc des motifs de prendre le risque, même si le résultat final n’est pas toujours celui escompté. D’autres travaux font état de rendements plus élevés et une faible volatilité durant Ramadan que le reste de l’année. Mais les situations sont variées d’un marché à l’autre.

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(1) Lai, Y. W., & Windawati, A. (2017). Risk, return, and liquidity during Ramadan: Evidence from Indonesian and Malaysian stock markets. Research in International Business and Finance, 42, 233-241.

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