Politique

Boycott, bras de fer PJD/ RNI… La majorité tangue

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5278 Le 23/05/2018 | Partager
La coalition fragilisée par la mauvaise gestion du boycott
Le manque de coordination a favorisé les dérives
Le bras de fer PJD/RNI risque de pousser vers l’implosion de la majorité

La campagne de boycott de trois produits phares a eu d’autres effets : les digues de la majorité commencent à bouger. La lame de fond, suivie dans l’opinion publique, a été, pendant trois semaines, ignorée par le gouvernement. Aujourd’hui, le bateau de Saâdeddine El Othmani tangue, au rythme des vagues.

Dans cette affaire, celui qui tient le gouvernail a fait preuve de mollesse. Là où la situation nécessitait une réactivité, il a préféré regarder ailleurs. Pendant ce temps, la colère monte parmi ses alliés au gouvernement.

Il est incontestable que cette épreuve a mis à nu la fragilité de la majorité, incapable de souder ses rangs et de réagir de manière concertée sur le mode d’emploi et la démarche à suivre pour riposter à la campagne de boycott. Cela a été accentué par le manque de coordination sur ce sujet comme sur d’autres. Les ministres avancent en rangs dispersés au point que le chef du gouvernement s’oblige à s’excuser de leurs déclarations.

L’épisode démontre que le chef du gouvernement n’a pas pris la mesure du mouvement. Il lui fallait activer le levier de la communication de crise et prendre ses responsabilités en prenant ouvertement la défense des entreprises qui produisent des richesses et créent des emplois. Dans cette affaire, le bras de fer entre le RNI et le PJD a pris des proportions inédites. Le premier accuse le second d’être à l’origine de la campagne de boycott.

Pour convaincre, il pointe du doigt  cette «armée électronique de l’ombre du PJD», qui s’active sur les réseaux sociaux afin de porter atteinte à son allié le RNI. Les partisans de Abdelilah Benkirane veulent en découdre avec Aziz Akhannouch, coupable, à leurs yeux, d’avoir été à l’origine du débarquement de l’ancien chef de gouvernement. En outre, la dynamique enclenchée par le président du RNI brouille les cartes sur l’échiquier politique. Il représente la seule menace de voir le PJD perdre le leadership politique en 2021. La réorganisation des structures, la modernisation du fonctionnement et la création des organisations parallèles du parti déroutent.

Surtout que son ambition est d’arriver en tête des prochaines législatives. Cette éventualité fausse les calculs du PJD. L’homme qui fait peur est à abattre politiquement, par tous les moyens, affirment ses partisans.
La dernière séquence de la présentation du rapport de la mission d’information sur les hydrocarbures a montré l’ampleur du fossé qui sépare les deux alliés. Si des députés membres de la Commission des finances, particulièrement du RNI ont exigé et obtenu que le rapport n’aborde pas les marges des distributeurs des carburants, ils estiment qu’ils ont été trahis par leurs collègues du PJD.

Officiellement, le président de cette Commission affirme formellement que l’évocation des marges ne figure pas dans le rapport alors qu’il distille le contraire.

Les instigateurs du boycott seraient des « militants du PJD. Mais par la suite, le parti s’est retrouvé dépassé  par la population qui s’en est emparé». En tout cas, la confrontation entre les deux formations ne se déroule plus en coulisses. Elle s’est vite invitée à l’avant dernier Conseil de gouvernement.

Des échanges  entre les ministres du RNI (Rachid Talbi Alami, Moulay Hafid Elalamy) et leurs collègues du PJD (Mustapha Ramid, Aziz Rebbah et Lahcen Daoudi). Les membres du gouvernement du MP et de l’USFP n’ont pas jugé utile de participer à cette séquence de vérité.

Cette tension exacerbée ne date pas d’hier. Elle remonte à début février où les ministres du RNI n’ont pas assisté à un conseil de gouvernement pour protester contre les attaques de Abdelilah Benkirane contre leur président. Officiellement, ils étaient en déplacement à l’étranger.

Dans la même lancée, ils avaient zappé la rencontre d’Oujda organisée dans le cadre de tournées régionales du chef du gouvernement. Pendant que Saâdeddine El Othmani était dans l’Oriental le week-end, les dirigeants du RNI avaient fait le déplacement à Laâyoune pour un congrès régional du parti.

En fait, le silence du chef du gouvernement avait exposé ses ministres qui, avec des sorties hasardeuses, ont commis des impairs. Finalement, ce sont ses ministres, l’un après l’autre, qui ont essuyé les tirs croisés dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux.

D’abord Mohamed Boussaid, ensuite Mustapha El Khalfi,  Lahcen Daoudi pour finir avec Mohamed Yatim, le ministre de l’Emploi («je suis ministre et non un citoyen ordinaire»). Avec toutes ces séquences, c’est la cohésion de la majorité qui trinque.

Charte de la majorité en stand-by

Avec toutes ces péripéties, comment la majorité pourra-t-elle sortir indemne? Difficile à dire. Un autre allié de la coalition gouvernementale, Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP,  a saisi Saâdeddine El Othmani. Objectif: convoquer une réunion de la majorité pour clarifier la situation. D’ailleurs, la Charte de la majorité est en stand-by.
En effet, aucune disposition  n’a été exécutée. C’est le cas du conseil de la présidence, chapeauté par le chef de gouvernement et comprenant les patrons des partis de la coalition. Pourtant, la mission de cette instance porte sur le suivi et l’évaluation de l’exécution du programme gouvernemental. Les instances qui devaient être mises en place dans les deux Chambres du Parlement n’ont pas non plus vu le jour. Et que dire des réunions périodiques, une fois tous les deux mois, prévues par la charte de la majorité?

 

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