Chronique

Retrait des USA de l’accord nucléaire iranien: Fronde, menaces et grandes conséquences

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5278 Le 23/05/2018 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

Les dirigeants des pays européens se sont concertés la semaine dernière à Sofia pour affûter leur réponse collective aux «caprices» du président américain Donald Trump dans les dossiers du nucléaire iranien et du commerce international.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, les a appelés à former un front uni. «Nous sommes témoins aujourd'hui d'un nouveau phénomène, l'attitude capricieuse de l'administration américaine», a dénoncé le dirigeant polonais, avant le début de la réunion.

Le président américain a annoncé le mardi 8 mai 2018 le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par Barack Obama. Il a annoncé également qu’il allait rétablir le plus haut niveau de sanctions économiques contre l’Iran.

Cet accord a été attaqué à plusieurs reprises par Donald Trump pendant sa campagne électorale le qualifiant «de pire accord jamais signé par les Etats-Unis». Il lui reproche trois lacunes: la durée limitée à 10 ans, la non-prise en compte des missiles balistiques iraniens, la politique agressive de l’Iran au Moyen-Orient. Bien que l’AIEA ait certifié que l’Iran respectait l’accord, Donald Trump a mis en œuvre sa promesse de retirer les Etats-Unis.

Les conséquences de la décision de Donald Trump sont ainsi multiples. Tout d’abord, il n’a pas respecté la signature des Etats-Unis et l’ordre international.

En effet, l’accord sur le nucléaire iranien avait été entériné par une résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cette décision ébranle le système multilatéral et décrédibilise les institutions internationales. Elle met en cause la paix et la stabilité au Moyen-Orient qui peut se transformer en vraie guerre et embraser toute la région.

Les conséquences de la décision de Donald Trump sur l’Iran sont imprévisibles. Alors que le président américain espère qu’elle affaiblira le gouvernement iranien, et entraînera même un changement de régime, l’inverse peut se produire en renforçant les éléments les plus durs de la gouvernance iranienne.

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La photo de Donald Trump brûlée lors d’une manifestation anti-américaine à Téhéran le 9 mai 2018. Pour beaucoup, la décision de Trump de se retirer de l’accord nucléaire historique a marqué le dernier glas de l’espoir créé lors de la signature en 2015 que l’Iran pourrait finalement échapper à des décennies d’isolement et d’hostilité américaine (Ph. AFP)

L’Iran avait menacé de reprendre son programme nucléaire si les Etats-Unis se retiraient de l’accord. Il vient d’assouplir sa position en acceptant de rencontrer les dirigeants chinois et russes, et de participer à une réunion le lundi 14 mai 2018 à Paris avec les Européens (Allemagne, France, Royaume-Uni) dans le but de sauver l’accord s’il obtient les garanties économiques.

En effet, les Européens signataires de l’accord ainsi que la Chine et la Russie se sont prononcés contre la décision de Donald Trump. De son côté, Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a déclaré également être favorable à la préservation de l’accord sur le nucléaire iranien. La question du nucléaire iranien met en cause pour la première fois la solidité de l’Alliance atlantique sur un problème majeur.

Hausse du pétrole, incertitudes économiques, sanctions....

A ces considérations d’ordre politique s’ajoutent des problèmes économiques. Tout d’abord l’affaiblissement de l’économie iranienne qui est déjà en mauvaise posture: chute de la monnaie iranienne le rial, inflation à 10%, chômage des jeunes à 28,1%. D’autre part, la décision de Donald Trump va faire augmenter le prix du baril de pétrole qui est déjà actuellement de 76 dollars, du fait de la difficulté par l’Iran d’exporter à l’avenir son pétrole vers les pays occidentaux.

D’autre part, suite à la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, les Européens, notamment l’Allemagne et la France, ont levé les sanctions économiques et ont développé leurs relations commerciales et les investissements avec l’Iran. Partant du principe d’extraterritorialité, les lois américaines menacent les entreprises étrangères installées aux Etats-Unis de sanctions, si elles exercent leur activité dans des pays sous embargo américain.

Les tribunaux américains ont élargi ce principe aux entreprises étrangères qui utilisent des banques américaines ou qui libellent leurs contrats en dollars. Cette question épineuse sera discutée très prochainement entre Américains et Européens.

La décision de Donald Trump sur l’accord nucléaire iranien présente cependant un aspect positif. L’Iran, en voulant acquérir la bombe atomique et en développant son arsenal de missiles balistiques, veut se positionner en puissance régionale au Moyen-Orient. De plus, ce pays œuvre activement pour développer le «croissant chiîte» englobant l’Irak, la Syrie et le Liban.

Il impose une confrontation permanente à l’Arabie saoudite qui représente le camp sunnite. Aussi faut-il espérer que dans la révision de l’accord actuel, ou dans la négociation d’un accord complémentaire, il soit mis fin à la politique agressive de l’Iran au Moyen-Orient et même en Afrique du Nord. Tout dernièrement, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran du fait du soutien militaire du Hezbollah au Polisario par l’intermédiaire de l’ambassade iranienne en Algérie.

                                                                               

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L’accord sur le nucléaire iranien a été signé le 14 juillet 2015 à Vienne après vingt mois de négociations entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité dont les Etats-Unis, plus l’Allemagne et l’Iran. Il prévoit une levée progressive des sanctions adoptées par l’ONU depuis 2006, ainsi que des mesures de rétorsions américaines et européennes. En échange, l’Iran accepte une limitation drastique de son programme nucléaire avec un contrôle strict de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA). Les restrictions techniques au programme nucléaire iranien seront progressivement levées entre 2025 et 2050.

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