International

Comment évolueront les cours du pétrole

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5275 Le 18/05/2018 | Partager
La géopolitique va une nouvelle fois conditionner le prix
Un scénario du pire peut pousser les cours à plus de 80 dollars
Le rapport CyclOpe 2018 livre les tendances
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«Le ciel rayonne, la terre jubile», le titre de la cantate BWV 31 de Jean-Sébastien Bach illustre bien la situation de l’économie et des marchés mondiaux que décrit le trente-deuxième rapport CyclOpe 2018 «Der Himmel lacht ! Die Erde jubilieret» paru le 16 mai (1).

Pour ses principaux auteurs, pratiquement toutes les économies de la planète ont retrouvé le chemin de la croissance et ont effacé les dernières scories de la crise de 2008 (Le FMI maintient sa prévision de croissance mondiale à 3,9% cette année et l’année prochaine).

Les marchés eux-mêmes ont enregistré un net rebond. Mais les tensions politiques ne sont pas éteintes pour autant après un an de la présidence de Donald Trump aux Etats-Unis et avec le renforcement du pouvoir des dirigeants russe, chinois et indien.

Parmi toutes les matières premières, «le pétrole défie vraiment toutes les lois de la pesanteur!», écrit Philippe Chalmin, professeur à l’Université Paris-Dauphine et co-directeur du rapport dans son éditorial (http://www.cercle-cyclope.com). Il y décrit d’ailleurs les pronostics pour les cours du pétrole.

Alors que la production américaine augmente toujours plus vite, les membres de l’OPEP affichent un taux de respect de leurs engagements qui «laisse pantois». Les stocks diminuent et avec la menace que l’administration Trump fait peser sur l’Iran, les marchés s’enflamment, les financiers «montent au cocotier» et voilà le baril de Brent au-delà de 75 dollars! Goldman Sachs anticipe même un pic à  82,50 dollars en juillet.

Quant à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle a légèrement baissé sa prévision de croissance de la demande de pétrole en 2018. L’organisme s’attend à ce qu’elle progresse de 1,4 million de barils par jour (mbj) cette année, contre 1,5 mbj annoncés le mois dernier.

Sur l’année, la demande devrait s’établir à 99,2 millions de barils par jour, selon l’AIE. Si la demande au premier semestre a été soutenue par un solide contexte économique et par une météo froide en Europe et aux Etats-Unis, elle devrait ralentir au deuxième semestre notamment à cause d’un récent bond des prix du pétrole. Le tout dans un contexte de marché tendu du fait des incertitudes autour de la production de l’Iran et du Venezuela.

Avec sa prévision de prix moyen du Brent à 60 dollars en 2018 (à conditions géopolitiques «stables»), CyclOpe commence à faire bien pâle figure, note Chalmin l’économiste et spécialiste des marchés de matières premières. L’analyse sous-jacente demeure pourtant valable.

Plusieurs éléments nouveaux ont joué. Du côté de l’OPEP, il y a la «chance» extraordinaire que représente l’effondrement de la production du Venezuela qui touche à peine les 1,5 millions de barils par jour (mbj) ces derniers jours (soit un million de barils/jour de moins que sa production normale…).

En plus de la situation en Libye et quelques problèmes en Angola, il est possible de comprendre le peu de difficultés qu’a l’OPEP à tenir ses promesses. L’autre élément, c’est bien sûr l’Iran. Il est très possible que Téhéran soit à nouveau l’objet d’un embargo et même si ses 2,6 mbj d’exportations sont diversifiés en particulier vers l’Asie, l’impact de sanctions américaines ne peut être sous-estimé, comme l’a encore montré ces dernières semaines l’affaire Deripaska/Rusal.

On peut estimer que le retrait américain restituerait 500.000 barils par jour (bj) de brut iranien du marché mondial. A court terme donc, la géopolitique va une nouvelle fois conditionner le prix du pétrole et un scénario du pire peut effectivement pousser les cours à 80 dollars… (NDLR: Le baril de Brent a dépassé ce taux jeudi 17 mai 2018 dans la matinée, une première depuis novembre 2014).

A moyen terme et sauf crise géopolitique encore plus marquée, l’abondance pétrolière devrait régner et ramener les prix vers 50 dollars le baril. Pour le HCP, «la hausse des importations des produits énergétiques, dans un contexte de renchérissement prévu des cours mondiaux du pétrole (63 dollars/baril, au lieu de 51 dollars/baril un an plus tôt), continuerait à grever la balance commerciale».

L’effet Trump

«Mais bien sûr, avec Donald Trump, l’imprévisible est la règle», tient à souligner Philippe Chalmin dans son éditorial. Et ce d’autant plus qu’il utilise le véritable «droit de seigneuriage» dont disposent les Etats-Unis sur les marchés mondiaux. Qu’il s’agisse du soja ou de l’aluminium, de l’acier ou du sucre, du dollar, du sorgho ou des marchés dérivés, «la puissance de feu américaine n’a aucun équivalent». Il suffit de voir l’UE, la Corée du Sud et même indirectement la Russie aller à Canossa sur les dossiers de l’acier et de l’aluminium pour en prendre conscience.

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(1) Rédigé depuis 1986 par une équipe d’une soixantaine d’experts réunis autour de Philippe Chalmin, professeur à l’Université Paris-Dauphine et d’Yves Jégourel de l’Université de Bordeaux, CyclOpe présente une analyse de toutes ces tensions au travers du prisme des marchés mondiaux des matières premières et de commodités, au sens le plus large, de l’art au zirconium.

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