Société

Enquête L’Economiste-Sunergia/ Avortement: Le conservatisme a la peau dure

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5275 Le 18/05/2018 | Partager
En dépit du débat, sa libéralisation ne fait pas l’unanimité
Le «non» majoritaire sur l’ensemble des critères
Les seniors, les plus instruits et les plus aisés restent néanmoins plus ouverts
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Interrogés sur leur avis concernant le recours à l’avortement quelle que soit la raison, plus des deux tiers des personnes ont répondu non. Sur 1.000 personnes sondées, seules 130 ont une position favorable

C’est l’un des sujets qui attisent la tension entre modernistes et conservateurs. Le gouvernement est très attendu sur ce chantier. Il est appelé à élaborer un projet de loi encadrant le droit à l’interruption médicale de la grossesse, en conformité avec les recommandations soumises au Souverain en mai 2015. Certaines ONG qui militent depuis quelques années contre les avortements clandestins estiment que c’est un «pas en avant, mais pas suffisant».

Pour ces associations, «la femme doit disposer de son droit d’interrompre la grossesse pour différentes raisons, sans que cela soit liée à une menace contre sa santé ou celle du bébé».

Cette position reste pour l’instant portée par une minorité. Les résultats de l’enquête L’Economiste-Sunergia (https://groupe-sunergia.com/) sur ce sujet sont révélateurs. Face à la question «êtes-vous pour le droit à l’avortement quel que soit la raison?», les réponses négatives sont majoritaires. Selon les données recueillies, la part des personnes opposées à la liberté d’avorter est similaire chez les hommes et les femmes, mais aussi dans les milieux urbain et rural. Les avis sont plus partagés en fonction des CSP et du niveau d’étude.
Sur les 1.000 répondants, 762 ne sont pas favorables au droit à l’avortement, soit 76%. Seuls 13% sont pour la liberté de l’avortement quelle que soit la raison. La répartition des résultats par sexe fait ressortir 74% de «Non» chez les hommes et 78% chez les femmes. En dépit de ce taux élevé de refus, les femmes restent légèrement plus favorables à ce droit que les hommes, avec respectivement 14% et 12% ayant un avis positif.

La différence du milieu de résidence n’a pas influencé les résultats de cette enquête. La part du refus est identique chez les citadins et les ruraux, avec 76% des réponses négatives. Précisons néanmoins que les personnes résidant en milieu urbain sont plus sensibles aux doléances relatives à ce droit. 16% d’entre elles ont répondu «oui» contre 9% dans le monde rural.

■ Les catégories aisées favorables à la liberté d’avorter

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Plus on avance dans l’âge, plus on est tolérant vis-à-vis de la libéralisation du recours à l’avortement, quelle que soit la raison. C’est ce qui ressort des résultats de cette enquête, précisant que les seniors sont les plus favorables à la liberté d’avorter, avec 26% de «oui».

Par  CSP, les catégories aisées semblent plus tolérantes vis-à-vis du droit à l’avortement quelle que soit la raison. 36% des personnes relevant de la CSP AB sont favorables à ce droit tandis que 51% y sont opposés. Le taux de refus le plus élevé est enregistré chez la classe C avec 83%. Seuls 9% des personnes relevant de la classe moyenne sont pour l’interruption volontaire de la grossesse. La même tendance est observée chez les personnes interrogées relevant de la catégorie D.E. 75% d’entre elles sont contre la liberté d’avorter. Ce qui traduit le malaise qui entoure ce sujet, particulièrement chez les classes C et DE.
Les positions vis-à-vis de certains sujets ne semblent pas suivre le rythme des évolutions sociales. C’est ce que reprochent certaines ONG qui militent pour l’élargissement du champ de liberté du recours à l’avortement. Elles pointent par exemple la multiplication des opérations d’avortement clandestin, réalisées dans des endroits non compatibles avec la pratique de la médecine. Résultat, des femmes perdent la vie chaque jour à cause des limites imposées au droit à l’avortement.

■ Les seniors plus tolérants
Les personnes âgées (65 ans et plus) semblent être les plus tolérantes vis-à-vis du droit à l’avortement. La ventilation des résultats par âge a montré qu’elles enregistrent le taux le plus élevé de «oui»,  26%. Ces réponses nuancées tranchent avec les taux élevés de refus enregistrés chez les jeunes.  Les taux les plus élevés de «non» sont constatés chez les 35-44 ans avec 81% suivis  à égalité à 80% des 15-24 ans et des 25-34 ans

■ Les plus instruits les plus favorables à l’avortement

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Les résultats sont plus partagés si on prend en considération les CSP. Les plus aisés ont clairement exprimé leur avis favorable, avec 36%, contre 51% de réponses négatives. Les positions des autres catégories sont moins nuancées, avec une dominance des avis négatifs

Le niveau d’éducation semble également influencer les réponses des personnes sondées. Le taux le plus élevé des réponses positives a été enregistré chez la catégorie des personnes disposant d’un niveau universitaire, avec 19%. Cette part recule en fonction du niveau d’instruction, pour atteindre 8% chez les catégories des diplômés du primaire. Parallèlement, la courbe du refus suit la tendance opposée.
Plus les personnes sont instruites, moins elles sont opposées au recours à l’avortement. 82% des personnes ayant un niveau primaire ont répondu non contre 71% de celles ayant une formation universitaire. Les avis des personnes ne disposant d’aucun niveau d’instruction sont plus mitigés. Plus de la moitié d’entre elles sont contre le recours à l’avortement quelle que soit la raison, et 8% sont favorables à ce droit. Mais le quart des personnes relevant de cette catégorie n’a pas d’avis sur le sujet.

■ Rabat Salé Kenitra, la région la plus «abortion-friendly»

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Si la région de Rabat Salé Kenitra s’est démarquée par la part importante des réponses en faveur de la liberté de l’avortement, trois régions sont majoritairement contre le recours à ces opérations. Il s’agit de Béni Mellal Khénifra, Souss Massa et les provinces du Sud

Si l’avis négatif sur la liberté d’interruption volontaire de la grossesse est partagé au niveau national, les positions sont plus tranchées dans certaines régions par rapport à d’autres. Béni Mellal Khénifra, Provinces du Sud et Souss Massa accaparent les taux les plus élevés de réponses négatives, avec respectivement 91%, 89% et 88%. Curieusement, la région de Casablanca Settat ne figure pas parmi les zones où les réponses favorables sont les plus élevées.  La part des «oui» s’est limitée à 12%. C’est plutôt la région de Rabat Salé Kenitra qui a accaparé le plus de réponses positives, avec 30%, suivie de Fès Meknès, avec 21%. Ces deux régions ont également enregistré les taux de refus les moins élevés, avec respectivement 61% et 70%.

Fiche technique

Les résultats de ce sondage d’opinion ont été collectés et réalisés par L’Economiste-Sunergia Etudes. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1.000 personnes interrogées de façon aléatoire, soit une marge d’erreur de +/- 3,1%. L’enquête a été administrée par téléphone entre le 18 janvier et le 2 mars 2018. Cinq critères de quotas ont été appliqués: sexe, âge, milieu (urbain ou rural), région et catégorie socioprofessionnelle (CSP). Cette dernière a été définie sur la base de 3 critères (le revenu du ménage, la profession du chef de ménage et le type d’habitation). Les résultats ont été redressés pour correspondre parfaitement à la structure de la population marocaine telle que définie par le Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) du HCP de 2014.

 

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