Economie

Affichage des prix: Les pouvoirs publics se réveillent

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5274 Le 17/05/2018 | Partager
La psychose du contrôle s’empare du marché de l’alimentaire
Pourtant l’offre s’annonce pléthorique
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Pour la plupart des produits de forte consommation, l’offre dépasse de loin la demande. La situation des prix proposés paraît normale. Et selon certains marchands, ils sont promis à la baisse après la première semaine du mois de jeûne

Une véritable psychose de contrôle règne sur le marché de l’alimentaire. A la veille du mois de jeûne, des marchands, autrefois récalcitrants à l’affichage des prix, se sont mis au diapason de la réglementation. Le défaut d’affichage est  en effet sanctionné par la loi. Mais les prix restent libres et l’opinion semble toujours l'ignorer. Pour le moment, seuls deux produits alimentaires restent réglementés: le sucre et la farine nationale de blé tendre. (Lire article).

Comme tous les ans, le gouvernement promet de sévir contre la fraude, la mise en marché de produits périmés, les conditions de stockage ainsi que la spéculation qui n’a rien de répréhensible sur le plan économique. Il s’agit d’une technique d’optimisation commerciale.

Mais le phénomène est souvent associé à une hausse artificielle des prix. Une situation qui résulte normalement de la forte croissance de la demande durant le mois de Ramadan. Pourtant, les services du ministère de l’Intérieur se sont mobilisés depuis plus d’un mois pour préparer les opérations de suivi et de contrôle du marché.
Il en ressort que «167 réunions de coordination ont eu lieu le mois d'avril au niveau des différentes préfectures et provinces pour faire le suivi de la situation de l'approvisionnement et des prix dans les marchés locaux».

Auparavant, le décor a été planté sur le terrain. Pas moins de 1.000 visites de contrôle ont été organisées. Elles ont porté sur 20.000 grands et moyens commerces, unités de production, dépôts et points de vente de gros et de détail. Résultat, 500 procès-verbaux d'infractions ont été dressés et 300 tonnes de marchandises ont été saisies.

Or, jusqu’à fin 2017, les statistiques de l’Office national de sécurité sanitaire de produits  alimentaires (Onssa) parlent d’un total de 7.000 unités agréées ou autorisées. Des unités qui peuvent en principe justifier des conditions d’hygiène et de salubrité. Mais pas souvent de traçabilité.

A combien s’élève donc le nombre d’unités de produits alimentaires, des entrepôts de stockage et autres moyens logistiques en contact avec l’alimentation?  L’Onssa ne cerne pas la question. Seule certitude, l’application de la loi sur la sécurité sanitaire de produits alimentaires se traduirait par la fermeture de milliers d’établissements. A commencer par les 180 abattoirs et 650 tueries de viandes rouges, jugés insalubres par l’Office lui-même et tout récemment par la Cour des comptes.

Nos salades et desserts ne sont pas non plus indemnes de résidus chimiques. Procède-t-on à des prélèvements et analyses aux marchés de gros? Nullement, avait confié  à L’Economiste l’ex-DG de l’Onssa. Il n’empêche que depuis sa création, il y a une décennie, l’Office continue de faire beaucoup plus dans la sensibilisation que la mise en conformité avec la loi.

En revanche, la protection de la santé du consommateur qui est une action pérenne resurgit avec intensité durant le mois de Ramadan. Une période qui connaît également une prolifération considérable de «petits faiseurs à domicile» de produits de forte consommation: pâtisserie artisanale, gâteaux, m’sémen, chebbakia, briouates et autres sucreries. C’est de notoriété publique, la plupart des foyers modestes se transforment en ateliers de production. La vente est également réalisée à ciel ouvert aux sources de pollution.

La situation ne date pas d’aujourd’hui mais le gouvernement préfère agir comme les pompiers. Et le mois de Ramadan s’avère propice à ce genre d’intervention. Le discours habituel procède d’abord de l’état d’approvisionnement du marché, ensuite du contrôle et de la répression. Mais, au final, on se retrouve avec des quantités infimes de produits impropres à la consommation. Sans mentionner ni les opérateurs ni l’origine des produits incriminés.

Pour ce mois de Ramadan, les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur indiquent que la situation d'approvisionnement sera normale et que les stocks couvriront les besoins du marché national. En particulier pour ce qui est des produits à forte consommation: sucre, beurre, huiles alimentaires, lait. Pour rassurer sur le suivi du marché, le ministère a mis en place un numéro de téléphone national facile à retenir: 5757. «Il est destiné à recevoir les plaintes des commerçants et des consommateurs concernant les prix et l’approvisionnement du marché». (Sic).

Les 15 groupes de produits et services à prix réglementés

La liste des biens, produits et services dont les prix sont réglementés est définie par l’arrêté 3086-14 du 29 décembre 2014 du ministre délégué auprès du chef de gouvernement chargé des Affaires générales et de la Gouvernance. Ces produits sont:
La farine nationale de blé tendre, le sucre, le tabac manufacturé, l'électricité, l'eau potable, l'assainissement liquide, le gaz butane, le transport de voyageurs par route, les produits pharmaceutiques, les actes et services médicaux dans le secteur médical privé, les actes pratiqués par les sages-femmes, infirmiers et infirmières du secteur privé, les livres scolaires, les actes des huissiers de justice, les actes hébraïques, les actes des notaires, le transport urbain de personnes par autobus, le transport par taxis de 1re et 2e catégories, le transport mixte de personnes et les insertions légales, administratives et judiciaires.

 

 

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