Entreprises

Elections: CGEM Marrakchi promet de «libérer l’entreprise»

Par Jean Modeste KOUAME Aziza EL AFFAS | Edition N°:5274 Le 17/05/2018 | Partager
Le binôme compte mettre fin au modèle à deux vitesses
Une CGEM plus à l’écoute des régions et des PME
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Dans les annales de la CGEM, la dernière élection plurielle date d’il y a 15 ans. «C’était une élection extrêmement serrée. J’espère que nous connaîtrons un tel scrutin le mardi prochain», soutient confiant Hakim Marrakchi, candidat à la présidence de la CGEM (Ph Jarfi)

Pour le sprint final à la veille des élections à la présidence de la CGEM, les candidats affûtent leurs armes. Au bout de 4 semaines «enivrantes», selon l’expression de Hakim Marrakchi, le candidat à la présidence de la CGEM, retrace les grandes lignes de sa feuille de route. Sa tournée dans les régions l’a notamment conduit à Fès, Oujda, Tanger, Rabat, Marrakech, Agadir… où il a rencontré les fédérations et échangé sur les problématiques locales.

Ce débat dans les régions aura permis une écoute attentive et un léger réajustement du programme. «Il faut placer les régions au cœur de la CGEM», soutient Marrakchi. Son binôme mixte, avec Assia Benhida, défend en outre une CGEM beaucoup plus dans l’air du temps,  qui respecte la parité, se digitalise et se réorganise. Le tandem a d’ailleurs rencontré la presse, lundi 14 mai à Casablanca, afin de revenir sur les mesures phares de son programme.

■ Pacte de confiance
Le Maroc évolue avec des entreprises et une économie à deux vitesses. Certaines connaissent une croissance parce qu’elles sont dans un secteur privilégié qui bénéficie d’incitations. D’autres font face à des entraves fiscales et administratives qui freinent leur développement. C’est la raison pour laquelle le programme de l’équipe Marrakchi a pour slogan: «Libérer l’entreprise». Le binôme compte ramener toutes les entreprises au même environnement juridique et administratif.
Le modèle des «maquiladoras» mexicains, dont s’est inspiré le Maroc a fait ses preuves en permettant l’émergence de nouvelles industries, notamment celles de l’automobile ou encore l’aéronautique. Cependant, le programme a trop longtemps duré et ne bénéficie pas à l’ensemble des entreprises.  Au démarrage de son mandat, le tandem promet d’établir un pacte de confiance avec le gouvernement, l’Administration et les partenaires sociaux pour un nouveau pacte social. «C’est la première disposition que nous mettrons en place», soutient le candidat à la présidence. L’adoption de ce pacte vise à rétablir la confiance entre les différentes parties prenantes, qu'une compréhension mutuelle naisse afin qu’elles ne se prêtent pas de mauvaises intentions.

■ Relance de l’emploi
Au Maroc, pratiquement 300.000 jeunes intègrent le marché du travail chaque année, pour à peine 40.000 emplois créés. Pour relancer l’emploi, le candidat défend la baisse du coût du travail pour le tissu des entreprises. Le principe qu’il prône est d'atténuer l'imposition de la production et le travail. En contrepartie, il défend le financement de la solidarité par la consommation et le profit via l’instauration de la TVA sociale ou encore la Contribution sociale généralisée (CSG). Le système de la «TVA sociale» consiste à financer une partie de la protection sociale par une hausse de la TVA. Les cotisations assises sur les salaires seraient diminuées et cette baisse des recettes compensée par des points de TVA en plus. Pour les entreprises, la baisse des cotisations patronales correspondrait à une diminution de leurs coûts salariaux. Autre mécanisme alternatif avancé, celui qui consiste à compenser la suppression des charges sociales sur les bas salaires par l’instauration de la contribution sociale généralisée.

■ Economie numérique
Des changements profonds sont à opérer pour faire du Maroc une économie compétitive où l’entrepreneur aura toute sa place. Pour y arriver, l’environnement réglementaire et juridique doit être adapté à l’économie numérique. Dès son élection, le tandem compte appeler à des assises de l’industrie numérique. «Il nous faudra revisiter le code du travail pour l’adapter aux besoins du nouveau monde numérique», annonce le candidat à la présidence.

■ Délais de paiement
Pour résorber le problème des délais de paiement, la commande publique devra s’adresser de façon plus positive aux entreprises. Le délai moyen de paiement au Maroc est d’environ 9 mois. Ce qui est énorme! Les perdants sont justement les fournisseurs, qui sont souvent des PME. D’un autre côté, la demande publique est évaluée à près de 180 milliards de DH/an, soit environ 20% du PIB. Cependant, ces ressources ne génèrent pas suffisamment de croissance parce que d’une part, elles ne s’adressent pas toujours aux entreprises nationales. D’autre part, ces ressources ne constituent pas un axe d’industrialisation du pays et ne contribuent pas à créer davantage de valeurs ou d’emplois. «L’Etat doit faire preuve d’exemplarité en payant ses dettes à temps, notamment rembourser la TVA et l’IS. Il faudrait vérifier qu’il n’y a pas d’incitation à prolonger les délais de paiement et les corriger. Les PME qui réalisent des transactions commerciales avec l’Etat ou les grandes entreprises doivent payer l’IS sur le résultat fiscal avant même d’avoir encaissé l’argent. Ce qui contribue à les asphyxier. Par contre, le débiteur déduit la facture de ses charges. C’est une incitation fiscale à ne pas payer ses dettes. Une prime aux mauvais payeurs. Lorsqu’il y a des déductions fiscales sur des charges qui ne sont pas payées, il y a incitation», fustige Marrakchi. La résolution de ces problèmes fluidifiera le paiement. La mise en place d’un Small Business Act devrait permettre de réglementer les rapports entre les grandes entreprises, l’Etat et les PME, afin qu’il n’y ait pas d’abus de position dominante.

■ Intelligence économique à l’export
Pour faciliter l’accès aux marchés internationaux, l’offre de service CAP Business Africa sera déployée pour les opérateurs qui souhaitent se développer ou mener des opérations de co-développement en Afrique. «La CGEM doit être une plaque tournante d’informations partageables dont peuvent bénéficier ses adhérents pour s’attaquer à des marchés à l’international. Nous capitaliserons sur l’expérience des grandes entreprises sur les différents marchés cibles», explique la colistière Assia Benhida.

■ Gouvernance et organisation
Une fois élu, Marrakchi promet que la gouvernance de la CGEM sera progressivement retouchée avec un rapprochement vers les métiers et régions. La Confédération sera organisée en 5 pôles. L’équipe veut placer les régions au cœur de la CGEM, avec des mesures concrètes comme la mise en place de conseils des régions. Ces écosystèmes régionaux seront spécifiques aux bassins d’activités régionaux avec une feuille de route. Un conseil des métiers interprofessionnel et inter-fédération verra également le jour. L’initiative a été développée au fil des rencontres avec les fédérations.

                                                                       

 «Plagiat»!

«Je porte ce programme depuis longtemps. Il y a quelques années de cela, j’ai discuté d’une bonne partie avec l’ancien ministre de l'Economie et des Finances. A l’époque, il s’appelait Salaheddine Mezouar. C’est assez amusant aujourd’hui qu’il présente un programme qui ressemble peu ou prou à celui que nous présentons», ironise Hakim Marrakchi.

Dans le contexte de boycott de produits de grande consommation que connaît le Maroc, le mélange des genres entre la politique et le milieu des affaires est à manier avec précaution. A travers un tweet posté le 9 mai, Hakim Marrakchi postait: «Non à l’OPA sur la CGEM!».

Appelé à commenter son tweet, le candidat répond: «S’il était à réécrire, je le ferais. S’il y a une assemblée générale élective, ce n’est pas pour la dénuer de sens, ni la vider de sa substance. Si vous donnez une procuration pour ce scrutin, vous n’êtes plus maître de vos voix!», insiste le binôme Marrakchi-Benhida. Même si au final les programmes se ressemblent, il est question de crédibilité.

La CGEM est un corps intermédiaire qui doit résister et être préservé de lobbies différents que ceux des entrepreneurs, soutient le candidat. Pour Marrakchi, si des entreprises subissent un boycott, c’est parce qu’il y a d’autres corps intermédiaires qui n’ont pas joué leur rôle, notamment le Conseil de la concurrence.

 

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