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    Economie

    Les enseignements du boycott de marques nationales

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5264 Le 03/05/2018 | Partager
    Les consommateurs n’ont pas toujours la bonne information
    Certains syndicats parlent d’une opération politique
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    La Confédération démocratique du travail (CDT) interpelle le gouvernement sur l’usage fait des économies réalisées suite à la décompensation des produits pétroliers (Ph. YSA)

    Voici environ deux semaines que la campagne de boycott de Sidi Ali, Centrale Danone et Afriquia bat son plein. Des vidéos et des photos des rayons et des stations-service d’Afriquia font le tour des réseaux sociaux qui en amplifient l’impact médiatique.

    Certains messages basculent vers l’insulte et la diffamation quand il ne s’agit pas d’appels au lynchage. Sur ce registre, c’est Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et président du RNI et du groupe Akwa, qui concentre l’essentiel de ce déchaînement.

    L’opération avait déjà failli être enclenchée du temps du blocage de la formation du gouvernement. Au début, les appels au boycott concernaient plusieurs distributeurs de carburants avant de se focaliser sur Afriquia. Le premier enseignement que l’on peut tirer de cette campagne de boycott, c’est que les partis politiques, les syndicats et les associations de protection des consommateurs ont perdu cette capacité d’encadrer les citoyens et de canaliser leurs doléances.

    En répondant à une question de Mehdi Karim, conseiller CGEM à la seconde Chambre du Parlement sur la stratégie gouvernementale pour lutter contre l’informel, Mohamed Boussaïd, ministre des Finances, a répondu que l’une des meilleures stratégies consisterait à encourager les produits nationaux et non pas d’appeler à les boycotter comme le font certains «étourdis». Ce mot malheureux a été perçu comme du mépris qui a valu au ministre d’être lynché sur les réseaux sociaux.

    Dans un communiqué diffusé, mercredi 2 mai, à l’issue de la réunion de son bureau politique, le PPS a examiné «les revendications populaires dans certaines villes et via les réseaux sociaux». Il appelle le gouvernement «à écouter les doléances des citoyens, à interagir positivement avec elles et à les satisfaire».

    La plupart des centrales syndicales ont exprimé leur désaccord à l’occasion des défilés du 1er Mai, «du fait qu’il s’agit d’une action politique, dont les initiateurs sont inconnus». La CDT, par exemple, n’hésite pas à interpeller le gouvernement sur l’usage des économies réalisées grâce à la décompensation des produits pétroliers.

    «L’écrasante majorité des consommateurs ne savent pas qu’ils peuvent adhérer à une association de leur choix pour défendre leurs intérêts. De plus, dans notre fédération, nous militons pour que le citoyen puisse avoir le droit de choisir entre les marques et les prix pratiqués», explique Madih Ouadia, secrétaire général de la Fédération nationale des associations du consommateur, qui soutient le boycott.

    Le mouvement consumériste est pénalisé par une loi handicapée faute de textes d’application. Parmi les décrets attendus depuis plusieurs années, ceux concernant le Fonds de soutien des associations de consommateurs, le Conseil de la consommation, le droit des associations d’ester en justice.

    Le deuxième enseignement, c’est que les consommateurs ne disposent pas toujours d’informations exactes sur les marques visées. Ainsi, ils boycottent Sidi Ali et continuent d’acheter les autres produits appartenant à la même société qui produit cette eau minérale.

    Par ailleurs, certains consommateurs sont convaincus que les marques incriminées ont augmenté leur prix. Ce qui n’est pas forcément vrai. Dans un communiqué diffusé hier, Centrale Danone a dû s’excuser suite aux propos tenus par l’un de ses cadres en marge du Siam, accusant de trahison ceux qui boycottent. Le management confirme que «les prix n’ont pas changé depuis juillet 2013 malgré la hausse de ses coûts».

    Et pour montrer le poids économique, elle brosse un tableau de son écosystème: 78.000 points de vente desservis chaque jour et 120.000 producteurs laitiers, représentant 600.000 personnes dans le monde rural. Interrogé lors du Siam au sujet de l’opération, Mhamed Loultiti, président de Copag (Jaouda), n’adhère pas au mouvement et explique que le prix du lait est alourdi par les coûts de production qui atteignent 70%.

    Les personnes qui participent au boycott visent en particulier un distributeur de produits pétroliers, qui n’est pas le plus cher. Ce qui laisse penser que le mouvement vise beaucoup plus la personne que l’activité. La Fédération nationale des propriétaires, marchands et gérants de stations-service fait profil bas.

    «Nous nous devons d’être neutres et de ne faire aucune distinction entre les distributeurs membres de notre organisation professionnelle», déclare Reda Nadifi, secrétaire général.

    Des MRE n’hésitent pas à tourner des vidéos comparant les prix pratiqués à l’étranger avec ceux du Maroc, sans tenir compte des réalités économiques de chaque pays. Les coûts de production dans le Royaume sont les plus élevés de la région Mena et l’ouvrier marocain est le moins productif.

    Aucune estimation de l’impact

    Pour l’heure, il n’existe pas de statistiques crédibles sur l’impact du boycott sur les sociétés concernées. Le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM) est resté injoignable. Mais une chose est sûre: outre le réseau propre d’Afriquia, les stations-service franchisées pourraient être lourdement impactées. «Nous suivons de près l’évolution de la campagne de boycott, mais pour le moment, nous n’avons pas constaté un décrochage spectaculaire de notre chiffre d’affaires», confie le représentant d’une société étrangère de distribution de produits pétroliers.

     

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