Dossier Spécial

Enseignement/Reconnaissance de l’Etat, ce label qui a redynamisé le secteur

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5260 Le 26/04/2018 | Partager

Ouverte en 2015, la reconnaissance de l’Etat a représenté un tournant dans l’histoire de l’enseignement supérieur privé au Maroc. Neuf universités et écoles privées peuvent, depuis 2017, délivrer des diplômes équivalents grâce à ce label. Cinq supplémentaires viennent de recevoir un avis favorable pour en bénéficier, tandis que les dossiers de  huit autres sont à l’étude (voir la liste complète dans L’Economiste N° 5243 du 3 avril 2018). Même si, au début, les écoles se sont opposées aux conditions d’éligibilité strictes imposées par leur tutelle, elles sont aujourd’hui nombreuses à en reconnaître la pertinence pour tirer les standards du secteur vers le haut. Les patrons des écoles nous en parlent.

■ Délivrer des doctorats, prochain défi

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Noureddine Mouaddib, président de l’UIR (Ph. L’Economiste)

La reconnaissance? «Une étape dans le processus de développement», pour l’UIR. L’Université Internationale de Rabat est la première à avoir décroché ce label fin 2015. C’est un plus pour ses lauréats, mais il reste insuffisant. «Ce qui fera la différence à l’avenir au Maroc, c’est le marché de l’emploi et les accréditations internationales», souligne son président, Noureddine Mouaddib. Son benchmark, c’est justement l’international. «C’est ce qui nous donnera de la visibilité et permettra de drainer plus d’étudiants africains. Ils sont 380.000 à étudier en dehors du continent», pense Mouaddib.
L’UIR, qui compte actuellement près de 4.500 étudiants, voit grand. S’appuyant sur ses 130 enseignants-chercheurs, dont 80 MRE rapatriés de l’étranger, elle a déjà déposé 280 brevets d’invention. Un record à l’échelle des universités. Son prochain objectif: créer une école doctorale. Le projet a déjà été validé par les experts de l’Agence nationale d’évaluation (ANEAQ). Si la tutelle donne son accord, le cycle doctoral de l’UIR pourrait démarrer d’ici octobre prochain. Une première dans le secteur privé.

■ Séduire une nouvelle catégorie d’étudiants  

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Thami Ghorfi, président de l’Esca Business-school (Ph. Jarfi)

C’est la première école de management à avoir reçu la reconnaissance de l’Etat l’an dernier. Ce titre, l’Esca le perçoit comme un «couronnement», et une attestation de la qualité de son offre de formation. «Nous passons de la perception à la mesure de la qualité. Le label vient aussi renforcer notre notoriété», relève son fondateur, Thami Ghorfi. C’est justement grâce à cette image renforcée que l’école a pu attirer une nouvelle catégorie d’étudiants et d’enseignants. «Nous l’avons remarqué de manière très forte cette année. Nous avons pu recruter de très bon profils qui, hier, se dirigeaient vers le public», confie Ghorfi. Délivrant désormais des diplômes équivalents, l’Esca se rapproche d’universités publiques, en vue d’ouvrir à ses étudiants la voie à des doctorats nationaux.

■ Besoin d’un coup de pouce pour la recherche

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Aziz Bouslikhane, président d’Universiapolis (Ph. Universiapolis)

L’Université internationale d’Agadir, Universiapolis, qui est en fait le fruit de la fusion de trois écoles qui existent depuis 30 ans, a décroché la reconnaissance de l’Etat en 2017. «C’est un titre qui vient récompenser les efforts de ceux qui ont misé sur la qualité. Nous avons, par exemple, investi dans un campus de taille internationale à Agadir, parce que nous croyons en notre mission», insiste son président, Aziz Bouslikhane. L’université ne prévoit pas de revoir son positionnement ou ses tarifs. Elle continuera à servir sa cible, la catégorie de la classe moyenne. Seule contrainte, la recherche, «un métier à part entière». «Pour atteindre la masse critique demandée par le ministère, nous devrions bénéficier de la possibilité de délivrer des doctorats», pense Bouslikhane. En attendant, Universiapolis a noué des partenariats avec des écoles doctorales étrangères, et créé des masters recherche.

■ Monter un groupe de dimension africaine   

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Mohamed Kabbadj,
président de l’UPM
(Ph. UPM)

«Le marché de l’éducation est mondial, et la concurrence y est internationale», souligne Mohamed Kabbadj, président de l’Université privée de Marrakech. Dans ce marché, la reconnaissance de l’Etat, que l’UPM a obtenue en 2017, est un «tremplin vers d’autres projets», et non une fin en soi. Et des projets, l’UPM en a plein. «Notre trajectoire est déjà tracée. Notre ambition est de créer un groupe marocain qui opère en Afrique», confie Kabbadj, également à la tête de KMR Holding Pédagogique, dont le fonds britannique DPI est l’un des principaux actionnaires. KMR, propriétaire de l’UPM, a récemment racheté l’Université internationale de Casablanca. Le holding, en outre actionnaire du campus marocain de l’Emlyon, a aussi conclu un accord pour rentrer dans le capital de l’ESG. Ces entités sont censées donner naissance à un groupe. Pour l’heure, chacune garde son identité, mais à l’avenir, rien n’est moins sûr.

■ Enfin éligibles aux appels à projets R&D

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Kamal Daissaoui, président de l’EMSI (Ph. L’EMSI)

Une reconnaissance par campus, aucun groupe n’a réussi ce challenge. L’EMSI a reçu un avis favorable pour labelliser chacun de ses trois antennes à Casablanca, Rabat et Marrakech. Le groupe n’est pas peu fier. «Le label profitera surtout à nos lauréats, ainsi qu’à nos enseignants-chercheurs, qui auront accès aux mêmes droits que ceux du public», précise Kamal Daissaoui, président. Ses enseignants pourront à l’avenir candidater pour des appels à projets R&D nationaux et internationaux, et bénéficier de plus de financements. Un apport de taille pour l’école d’ingénieurs très engagée dans la recherche. En 2017, elle a décroché 27 distinctions en matière d’innovation à l’international. Dernièrement, elle a reçu la médaille d’or du Salon de Genève de l’innovation.

■ «Il faut revoir les critères d’éligibilité»

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Khalid Benzakour, DG de l’ISGA (Ph. L’ISGA)

Oui, la reconnaissance de l’Etat est un atout considérable. Mais l’ISGA, dont la candidature pour ce label est à l’étude, ne compte pas s’en contenter. «Les écoles privées sont attendues sur d’autres aspects. Notamment, un encadrement de qualité, un suivi personnalisé, une intégration plus facile sur le marché de l’emploi…», pense son DG, Khalid Benzakour. L’ISGA milite, en parallèle, pour la révision du cahier des charges de la reconnaissance. «Actuellement, les conditions imposées sont surtout quantitatives. Il faudrait des critères qualitatifs à même de distinguer les établissements les plus dynamiques», estime Benzakour, également élu de l’enseignement supérieur privé. Il siège à la commission ad hoc créée par le ministère, afin de formuler de nouvelles propositions.

■ Un effet structurant pour les écoles

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Amine Bensaïd, président de Mundiapolis (Ph. L’Economiste)

Offrir un accompagnement aux meilleurs standards possibles aux étudiants, et un suivi leur permettant d’optimiser leur employabilité, de s’épanouir et de s’ouvrir sur l’international. Ce sont là les missions que Mundiapolis s’est assignées. La reconnaissance de l’Etat, dont elle reconnaît l’effet «structurant» sur le secteur privé, elle compte bien l’obtenir. Son dossier est actuellement en cours d’examen. «Nous capitaliserons sur le processus de reconnaissance pour mieux servir notre choix de positionnement», relève son président, Amine Bensaïd. Pouvoir ensuite ouvrir des écoles doctorales dans le privé créera un esprit d’émulation dans le secteur, ajoute-t-il, et permettra de développer des pôles d’excellence «contribuant à la taille critique dont notre pays a besoin».

 

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