Dossier Spécial

SIAM 2018/ Casablanca-Settat: «Les objectifs de Maroc Vert sont encore loin»

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
La moyenne de production sera de 20 qx/ha
Renforcer l’agrégation pour encadrer les fellahs
Le morcellement des terres, un sérieux handicap au développement de la céréaliculture
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Mohamed Benchaib, président de l’Association du Salon international des céréales et légumineuses (Ph. M.B.)

- L’Economiste: manifestement, la filière céréaliculture et légumineuses est confrontée à certaines contraintes ?

- Mohamed Benchaib: Plus de 70% des terres agricoles sont consacrées à la filière céréaliculture et légumineuses. Cependant, cette dernière connaît actuellement de nombreuses contraintes qui en ralentissent le développement escompté. Nous pouvons citer, à titre d’exemple, la faiblesse des connaissances techniques chez la majorité des agriculteurs, surtout chez les petits et moyens fellahs qui représentent 90% de l’ensemble. C’est ce qui fait que cette année encore, et selon les premières estimations, la moyenne de production nationale ne dépassera guère les 20 quintaux à l’hectare malgré les fortes précipitations qu’a connues la région (quelque 350 mm). Mais les exploitants agricoles qui ont bien travaillé les sols, utilisé les semences sélectionnées et les engrais qu’il faut, sont assurés de réaliser une très bonne moyenne de production qui pourrait atteindre jusqu’à 50 quintaux à l’hectare. Toutefois, et malheureusement, ils ne sont pas nombreux et n’exploitent que 5% des superficies arables. A l’opposé, nous relevons un faible recours aux intrants agricoles (semences sélectionnées, engrais, herbicides, pesticides…) et surtout leur mauvaise utilisation. Ce n’est un secret pour personne, le taux d’utilisation rationnelle des moyens de production est encore en-deçà des besoins. Il faut savoir que l’utilisation des semences sélectionnées ne dépasse guère 20% au niveau national, que celle des herbicides est à peine de 10%... Sans oublier l’ensemencement tardif et le non-respect du cycle de culture. Nous sommes donc encore loin des objectifs et aspirations du Plan Maroc Vert qui vise à améliorer les rendements des petits fellahs qui, eux, exploitent 95% des terres agricoles.

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Le morcellement des terres et les faibles superficies des exploitations constituent un sérieux handicap au développement de la céréaliculture  (Ph. L’Economiste)

- Comment alors améliorer les rendements et avec quels outils et moyens?
- Cela peut se faire notamment à travers les solutions proposées par le Plan Maroc Vert. La plus importante, et qui reste, à mon avis, la mieux adaptée à la situation et à l’état de la céréaliculture au Maroc, c’est l’agrégation. Il faut instaurer ce système pour l’encadrement des fellahs disposant d’exploitations de moins de cinq hectares. Le morcellement des terres et les faibles superficies des exploitations constituent un sérieux handicap au développement de la céréaliculture. L’agrégation doit être encouragée, renforcée et soutenue financièrement et également par la mise en place d’une réglementation incitative engageant toutes les parties concernées et à même d’en préserver la philosophie.

- Doit-on protéger la production nationale de céréales?
-Il ne faut pas oublier le rôle de la commercialisation de la production. C’est un facteur très important dont il faut tenir compte si nous voulons développer notre céréaliculture. Et la solution doit être au niveau des contraintes qui se posent à la filière dans son ensemble. Il faut avoir présent à l’esprit que les catégories ciblées représentent prés de la moitié de la population du Royaume sachant que l’Etat veille à la protection de la production des céréales à travers les politiques successives du gouvernement instaurant des prix de référence à chaque campagne. Et aussi à travers l’augmentation des droits de douane sur l’importation des céréales. Quoique nous avons été surpris par une chute des prix lors de la précédente campagne et qui a eu des effets négatifs sur le financement de la campagne agricole actuelle. Conséquence, de nombreux agriculteurs se sont retrouvés en difficulté et par manque de liquidités, n’ont pas pu acquérir les intrants à temps, notamment les semences sélectionnées pourtant subventionnées par l’Etat.

Propos recueillis par Jamal Eddine HERRADI

 

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