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    Dossier Spécial

    SIAM 2018/ Pourquoi la consommation de lait ne décolle pas

    Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
    Elle a baissé en moyenne de 1,4% ces trois dernières années
    72 litres par habitant, l'OMS recommande 90 litres
    «Il ne faut pas opposer l'industriel à l'éleveur: c'est la même chaîne de valeur», estime la fédération du lait
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    La filière lait se heurte à des défis liés au climat, à la baisse de la consommation et à la taille des exploitations dont 90% comptent moins de 10 vaches (Ph. Bziouat)

    Atteindre l'autosuffisance… voire exporter du lait et des produits dérivés… Un challenge pour les industriels dont le contrat-programme signé avec l'Etat  arrive à échéance en 2020. Cela suppose, et le travail est en cours, des actions au niveau de l'amont de la filière tout autant que l'aval.

    Le tout accompagné d'une sensibilisation aux bienfaits de la consommation du lait. Car les opérateurs sont confrontés à ce qu'ils qualifient de «campagne de dénigrement du lait». En plus de ces fake news diffusées sur les ondes de certaines radios et les réseaux sociaux, le beurre et le fromage sont «victimes» de conseils de modération face à la progression de l'obésité et des maladies cardiovasculaires dans la société.

    Ce qui s'est traduit par une inflexion de la courbe de croissance de la consommation et donc des ventes depuis 2014, soit une année après la hausse des prix qui avait provoqué la saisine du Conseil de la concurrence  (Cf. L'Economiste N°:4150 du 13/11/2013).

    «Nous n'avions  pas toujours pris au sérieux la campagne de désinformation menée contre le secteur et cela a fait mal entraînant une baisse de 1,4% sur les trois dernières années», reconnaît  Didier Lamblin, président de la Fimalait. La campagne de sensibilisation qu'elle s'apprête à lancer suffira-t-elle à inverser la tendance? Pas sûr, même si le potentiel est énorme. La consommation de lait reste inférieure aux normes: 72 litres par personne et par an contre un plancher de 90 litres recommandés par l'OMS…la marge de rattrapage est donc importante!

    Comme tous les secteurs d'activité, la filière lait doit également composer avec l'informel. Seule 60% d'une production de 2,45 milliards de litres par an sont absorbés par les unités industrielles. Le reste est partagé entre l'autoconsommation et le colportage avec tous les impacts sur la santé.

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    La moitié des importations du beurre provient de la Nouvelle Zélande. Pour le fromage, l’essentiel provient de la France et des Pays-Bas

    «Nous avons démarré les discussions sur ce dossier mais nous n'avons pas encore d'actions concrètes. Les intermédiaires doivent se limiter au rôle logistique de collecte avec une rémunération sur le service transport. Il faudrait proposer aux laiteries une offre économique qui leur permet de passer d'un lait potentiellement impropre à la consommation à un lait industriel», suggère le président de la Fédération du lait. 

    Cette proportion de l'informel s'expliquerait surtout par le prix du lait versé par certains industriels aux éleveurs. «Il varie de 3 à 3,5 DH le litre selon les saisons. Ce tarif ne compense pas les charges liées notamment à l'alimentation des vaches dont la production reste très moyenne même si les races ont un potentiel plus important», déclarent des éleveurs. 

    Certains préfèrent le circuit non organisé qui leur permet de relever leurs marges en cédant le litre de lait à 4,5, voire 5 DH le litre. «Il ne faut  pas opposer l'industriel à l'éleveur car c'est une seule chaîne de valeur. Nous avons des industriels qui tournent à 2% de rentabilité. C'est une réalité  prouvée par le diagnostic réalisé par le cabinet Roland Berger à la demande du secteur», souligne les responsables de la Fimalait.

    Une précision s'impose: les prix du lait et des yaourts n'ont pas bougé depuis 2013 et les industriels hésitent à y toucher de crainte de voir la demande s'effondrer. Ceci étant, la profession  attire l'attention sur les risques induits par un prix du lait non compétitif: «Cela pousserait les opérateurs à se tourner vers la poudre et le beurre».

    Ceci étant, les industriels préfèrent parler du «revenu des éleveurs». Tout un programme est aujourd'hui en place avec des actions qui visent son amélioration à travers une réduction des coûts de production en termes de fourrage, de qualité…  Des vaches dont le potentiel de production est important sont introduites ainsi qu'une amélioration des conditions de traite et d'hygiène.

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    Les achats de beurre à l’étranger ont marqué un pic en 2014, année marquée par un recul de la valeur ajoutée agricole et durant laquelle la croissance du PIB n’avait pas dépassé 2,4%. Les importations du beurre et du fromage sont sur un trend haussier

    De même, des actions sont menées pour inciter  l'éleveur à produire tout ou partie de  l'alimentation pour son bétail.  «Tout cela s'effectue dans le respect des contraintes liées aux ressources en eau. Nous avons pu montrer via un test à petite échelle qu'une réduction de la consommation d'eau de 40% est possible», souligne le président de la Fimalait.

    L'amont de la filière lait c'est aussi  400.000 éleveurs et une population de près de 3,2 millions de personnes qui vivent grâce à l'industrie laitière. L'empreinte de cette branche est jugée colossale par la Fimalait qui rappelle que «la campagne est  un facteur de stabilité sociale».

    L'amélioration des revenus des agriculteurs serait une priorité  car sans cela il risque d'y avoir un problème de succession. L'idée donc est de  susciter des vocations  chez les enfants pour qu'ils reprennent les exploitations. «Nos producteurs ont une moyenne d'âge de 55 ans, c'est un métier fatigant où il n’y a presque jamais de vacances.

    De «l’espace» pourl’innovation

    «Multiplier les lignes de production est compliqué. C’est bloqué par l’épicier». Didier Lamblin explique que la commercialisation des produits alimentaires est concentrée à hauteur de près de 80 à 85% chez les épiciers. Or ces magasins ne disposent pas de l’espace pour des frigos à deux portes dédiés aux produits laitiers. «L’innovation demande davantage d’espace et la grande distribution reste minoritaire». Sur 78.000 épiciers, seuls 7.000 à 8.000 disposent de cette capacité.

    La filière en chiffres:
    La filière laitière compte  400.000 exploitations, dont 90% disposent de moins de 10 vaches laitières. L’élevage laitier au Maroc représente 1,2 million de têtes pour une production de 2,45 milliards de litres produits/an. 60% de la production est destiné au lait industrialisé contre 20% pour l’autoconsommation locale et autant pour le lait de colportage. La filière laitière couvre 94% de la demande intérieure. Et 5 entreprises génèrent plus de 75% du chiffre d’affaires total.

     

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