Culture

André Magnin: Chasseur de talents

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
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André Magnin photographié par Malik Sidibé à Bamako en 2010. Le célèbre galeriste a été l’un des premiers à présenter son travail en Occident (Ph. Malik Sidibé)

Malik Sidibé, Seydou Keïta, Chéri Samba et bien d’autres artistes africains, aujourd’hui de renommée internationale, doivent à André Magnin la reconnaissance de leurs travaux en Occident. Galeriste spécialisé dans l’art africain, commissaire d’exposition et  grand découvreur de talents, Magnin a su détecter, avant tout le monde, l’incroyable richesse de l’art contemporain dans le continent. 

Précurseur, André Magnin travaillera pendant près de 20 ans à la constitution de la collection Pigozzi (homme d’affaires italien et collectionneur passionné). Il sillonnera l’Afrique, mais aussi le reste du globe,  dans les moindres recoins afin de dénicher la perle rare. Résultat des courses: une collection libre rassemblant près de 12 000 pièces.

Fort de ces pérégrinations éclairées à travers le monde, André Magnin ouvre avec Philippe Boutté sa propre galerie à Paris en 2009 dans le but de promouvoir l’art contemporain non-occidental et tout particulièrement africain. Rencontre.

- L’Economiste: Vous avez été l’un des premiers à mettre en lumière l’art africain moderne et contemporain, aujourd’hui que les artistes sont plus connus, ils restent néanmoins catégorisés géographiquement ou ethniquement. Que faut-il pour remédier à ça?
- André Magnin:
Personnellement ça ne me dérange pas. Chaque région du monde a sa spécificité. On peut parler d’art allemand, d’art chinois au même titre, mais l’Afrique est un continent avec une extrême diversité artistique. Le Congo, par exemple, a écrit à lui tout seul un siècle d’histoire de l’art, en dehors des canons de l’art occidental. D’autres pays ont également écrit leur propre histoire indépendamment et qui n’ont aucun compte à rendre aux courants occidentaux. Ce qui veut dire que la création africaine, tout aussi diverse qu’elle soit, a ses spécificités dues à son histoire, ses croyances, sa lumière, sa situation politique, sociologique, économique, etc.

- Dans ce cas, quel est le point commun entre des artistes aussi différents que Malik Sidibé, Abdoulaye Konaté, Ahmed Cherkaoui ou Zoulikha Bouabdellah?
- Justement il n’y en a pas et on retrouve donc les situations et les contextes dans lesquels sont nées leurs œuvres. Malik Sidibé est un témoin de l’indépendance du Mali. Ses œuvres sont des chroniques d’une jeunesse qui découvre la liberté. Celle du corps, du toucher… elle témoigne d’une euphorie, d’un enthousiasme et de beaucoup d’espoirs. D’un autre côté, vous avez les peintres congolais, qu’on dit autodidactes, même si cela ne veut rien dire pour moi, à l’exemple d’un Chéri Samba, qui raconte avec sa peinture des histoires, d’abord locales puis mondiales. On peut dire que son œuvre est typiquement africaine, il n’empêche que Chéri Samba fait partie aujourd’hui de l’histoire mondiale de l’art. De même qu’Ahmed Cherkaoui est l’inventeur de la modernité au Maroc et son œuvre fait aujourd’hui école.

- Qu’est-ce qui a défini le choix des artistes que vous avez rassemblés dans le livre «Lumières africaines, l’élan contemporain» que vous avez coécrit avec Mehdi Qotbi?
- Nous avons essayé de porter un regard, Mehdi Qotbi et moi, sur la création contemporaine  avec des choix esthétiques qui sont les nôtres, sachant que ce n’est évidemment pas exhaustif. Nous pourrions bien faire un deuxième tome avec autant d’artistes qui ne sont pas nécessairement moins bons. Mais disons que nous avons sélectionné  des artistes qui font partie de cette liste qui commence à sortir et qui compte les 100 artistes africains les plus réputés. Des artistes qui n’atteignent pas les cotes des grands artistes occidentaux, non pas parce que leurs œuvres sont moins importantes, mais uniquement parce que le marché est différent et les stratégies sont différentes. Aujourd’hui, dans l’art africain contemporain, nous sommes plus dans la passion que dans la spéculation. Et c’est tant mieux.

Propos recueillis par Amine BOUSHABA

 

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