Régions

Casablanca et ses effondrements

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Les dernières statistiques de relogement remontent à 2014
Plusieurs intervenants: wilaya, Sonadac, Idmaj Sakane, agence urbaine…
Ancienne Médina, Derb Sultan, Bourgogne… le risque est omniprésent
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Samedi 10 mars, vers 16h30, 5 immeubles se sont effondrés sans faire de victimes à Derb Maaizi-Ancienne Médina. L’un des cinq immeubles effondrés  était inhabité. Tandis que les  habitants des 4 autres ont pu être évacués à temps (Ph. Khalifa)

A chaque saison de pluies, le même scénario se répète. La catastrophe a été évitée de justesse cette fois-ci lors d’un énième effondrement le week-end dernier à l’ancienne médina de Casablanca. A Derb Maaizi-Ancienne Médina, situé sur le site de la future avenue royale, 5 immeubles se sont effondrés comme des châteaux de cartes. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer.

En décembre 2014, une série d’effondrements similaires a failli tourner à l’émeute. L’intervention des autorités a permis de désamorcer la colère des riverains en démolissant 35 maisons menaçant ruine et inoccupées (cf. édition du 8 décembre 2014). Trois ans plus tard, la situation est toujours inquiétante: plusieurs familles continuent de vivoter dans des demeures qui risquent de s’effondrer à n’importe quel moment. La métropole compte, à elle seule, près de 2.300 constructions qu’il faut démolir d’urgence et 9.350 bâtisses qui nécessitent des travaux de réfection. Au total, l’on estime à plus de 10 milliards de DH le montant global du budget pour restaurer l’ensemble de ces édifices. Dans le projet de loi de Finances 2016, le Fonds Solidarité Habitat (FSH) a été doté de 2 milliards de DH. Mais il faudra mobiliser plus de moyens financiers pour arriver à bout de ce phénomène.

En 2014, plusieurs conventions ont été signées  pour venir à bout de l’habitat insalubre sur le territoire du Grand-Casablanca (bidonvilles, maisons menaçant ruine, quartiers sous-équipés, insalubres…). Une enveloppe globale de 2,4 milliards a été consacrée à ce chantier. L’une des conventions stipule le financement d’une opération d’acquisition de 2.600 appartements auprès des promoteurs immobiliers par la Sonadac (Société nationale d’aménagement communal), afin de reloger les habitants des maisons menaçant ruine dans la zone du projet de l’Avenue royale. L’opération mobilise 624 millions de DH dont 104 alloués par le FSH.

Une option décriée par les habitants concernés. «La Sonadac achète auprès de promoteurs immobiliers les appartements difficiles à écouler, situés au 4e étage ou au rez-de-chaussée à des tarifs préférentiels», souligne un acteur associatif.

Ces appartements sont ensuite cédés aux chefs de ménage au tarif de 70.000 DH, alors que les autres membres de la famille et ceux qui n’ont pas été recensés en 1989 doivent s’acquitter d’un montant de 200.000 DH. Chose que beaucoup contestent en refusant de quitter les lieux, en attendant d’autres alternatives. «Pensez-vous qu’un vendeur ambulant a les moyens de payer 1.700 DH/mois de traite bancaire?», s’interroge un habitant. Ce dernier assure que plusieurs bénéficiaires peinent à s’acquitter des échéances et sont menacés d’expulsion.

D’autres vont même jusqu’à exiger de bénéficier de lots de terrain à l’instar des bidonvillois. En effet, le mode de recasement par lots de terrains bi-familiaux est particulièrement prisé. Car, contrairement à la formule appartement, ces lots permettent de bénéficier en plus d’un demi lot et de locaux à usage commercial, terrasse… Concrètement, deux familles partagent un lot de 80 m2 (R+3) moyennant un apport modique de 20.000 DH par famille. Une fois attribués, ces lots sont construits en un temps record! La plupart des ménages font appel à de petits promoteurs qui prennent en charge la construction de leurs maisons, dont ils deviennent copropriétaires.

Qui fait quoi?

L’Agence urbaine de Casablanca s’occupe de la réhabilitation de l’ancienne médina intra-muros (voiries, assainissement…), la Sonadac gère la libération du tracé de l’Avenue royale et la SDL Idmaj Sakane chapeaute les opérations de relogement des bidonvillois. S’y ajoutent le ministère de l’Habitat, autorités locales, préfectures, wilaya… Autant d’opérateurs qui interviennent dans le dossier hautement sensible de recasement des habitants des maisons menaçant ruine, bidonvilles, quartiers sous-équipés… Recueillir, analyser et recouper les informations relatives aux différents projets de recasement relève donc de l’exploit! Les différents intervenants se renvoient la balle, sans pour autant fournir la moindre piste.

 

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