Analyse

Amélioration des revenus: Pas sans l’accord de la CGEM

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
La décision ne relève pas uniquement du gouvernement
La refonte du code du travail imminente
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«La loi sur les syndicats sera élaborée durant ce mandat et le gouvernement accorde une grande importance à l’approche participative» (Ph. Jarfi)

Dialogue social, code du travail, loi sur la grève,… le gouvernement est prêt à lancer les négociations avec les syndicats et à apaiser les tensions. Mohamed Yatim, ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle, indique que le gouvernement veut «établir des relations positives et construire un climat de confiance». Un accord tripartite est attendu des négociations qui seront menées au mois d’avril.

- L’Economiste: Les syndicats ont annoncé une série de grèves. Comment éviter l’exacerbation des tensions?
  - Mohamed Yatim:
Le recours à la grève se décide au niveau des syndicats sur la base de leurs propres estimations et considérations. Mais la grève reste, comme disent certains syndicalistes, l’ultime alternative. Ceci étant, le gouvernement veille à la stabilité sociale et au fonctionnement normal du service public. Il s’engage sérieusement sur le dialogue social et veut interagir positivement avec les revendications légales et rationnelles dans la limite des moyens disponibles. Le dialogue et le consensus sont un excellent moyen pour résoudre les conflits.

- Les syndicats ont une liste de revendications liées à l’amélioration des revenus. Le gouvernement est-il prêt à faire un geste?
- Ces revendications portent, essentiellement, sur l’amélioration des revenus, la liberté syndicale et la défense des droits fondamentaux. Parallèlement, la CGEM soulève les défis liés à la stabilité de l’entreprise et à sa compétitivité. Ses priorités tendent, en effet, vers l’amélioration de la législation sociale à travers la révision du code du travail, l’organisation du champ syndical ainsi que l’organisation du droit de la grève avec l’adoption d’un projet de loi organique. Les revendications matérielles liées à l’amélioration des revenus ne relèvent pas de la seule responsabilité du gouvernement, mais elles doivent être concertées avec la CGEM pour y statuer.

- Un consensus est-il possible?
- Il est difficile de parvenir à un consensus, lors d’une seule réunion regroupant toutes les parties. C’est la raison pour laquelle il a été convenu d’entamer un dialogue préliminaire avec les centrales syndicales sur la méthodologie et l’ordre du jour du dialogue social tout en déclenchant des consultations intergouvernementales. Le chef du gouvernement a convié les organisations syndicales et la CGEM à une série de réunions lundi dernier (voir aussi article page 3). Il a proposé une approche basée sur l’ouverture d’une session de dialogue social d’une durée maximale d’une semaine au cours du mois d’avril aux termes de laquelle un accord tripartite satisfaisant pour l’ensemble des parties sera conclu. Nous voulons construire un climat de confiance permettant la rationalisation des acquis et leur élargissement progressif.

- La CGEM veut amender le code du travail et introduire plus de flexibilité. Cette réforme est également recommandée par des institutions internationales. Le gouvernement ne bouge pas…  
- Le code du travail doit être en phase avec les changements que connaît le Maroc sur le plan économique et social et lui permettre de faire face à la compétitivité. La réforme du code est devenue un enjeu vital. Nous sommes pour une flexibilité socialement responsable qui assure la concurrence, garantit l’emploi décent et n’encourage pas la précarité.  Cette équation nécessite un dialogue social profond et un changement de culture. Nous devons dépasser les clichés basés sur la suspicion entre les parties. Malheureusement, certains soutiennent l’idée qu’il faut appliquer le code du travail avant de penser à sa révision, mais en réalité, quinze ans après son adoption, il est devenu indispensable de le revoir. Nous devons être attentifs à l’environnement international et aux changements introduits par les pays développés dans leur législation et aussi par rapport à leur expérience syndicale.  La révision du code est l’un des engagements du programme gouvernemental et sa mise en œuvre sera lancée incessamment. Ce point fera partie du débat lors du dialogue social.

- Que devient le projet de loi sur la grève?
- Certains syndicats ont demandé le retrait du projet du Parlement, mais c’est difficile puisqu’il est la propriété de l’institution législative. Le chef du gouvernement a opté pour une voie intermédiaire en confirmant, lors des rencontres avec les centrales syndicales, la volonté du gouvernement d’ouvrir les consultations avant son examen et son adoption par le Parlement.

15 millions de DH aux syndicats

Sur les cinq dernières années, l’Etat a accordé une subvention de 15 millions de DH aux organisations syndicales, soit 3 millions de DH par an. Cette subvention couvre les frais de formation et de stages. Elle est répartie entre les syndicats les plus représentatifs selon le nombre de sièges des délégués des salariés élus dans les secteurs public et privé lors des élections professionnelles. Par ailleurs, le gouvernement compte élaborer une loi sur les syndicats comme cela est programmé dans la déclaration gouvernementale. «Nous accordons une grande importance à l’approche participative, compte tenu du caractère transversal de cette loi qui nécessite l’implication des partenaires sociaux et de tous les acteurs concernés», souligne Mohamed Yatim, ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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