Analyse

Dialogue social: Un test risqué pour le gouvernement

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
Grosse attente sur l’augmentation des salaires
La masse salariale dans la fonction publique, un handicap
A la veille des élections, la CGEM pourra-t-elle s’engager?
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Les entreprises qui emploient entre 100 et 250 personnes ont enregistré le plus grand nombre de grèves l’année dernière. Elles sont suivies par celles dont les effectifs sont compris entre 26 et 50 salariés et celles qui comptent 51 à 100 salariés

Collectivités locales, médecins, enseignement supérieur… Les syndicats ont repris les hostilités après la «longue attente» du dialogue social. La session menée en octobre est restée ouverte et ce n’est que la semaine dernière que le Chef du gouvernement s’est réuni avec les secrétaires généraux des organisations syndicales pour proposer une nouvelle méthodologie de travail… sans pour autant convaincre ses interlocuteurs.

« Le dialogue social a été vidé de son contenu social et économique. Le gouvernement a une responsabilité politique et nationale vis-à-vis de cette instance qui doit retrouver sa véritable vocation. Les réunions tripartites servent à discuter de tout ce qui a un lien avec le monde du travail et aussi la réalité économique du pays», souligne Allal Belarbi, membre du bureau exécutif de la CDT. 

Trois commissions sont proposées: amélioration du revenu, secteur privé et secteur public. Un comité technique sera également mis en place. Il sera composé de représentants du Chef du gouvernement, des organisations syndicales et de la CGEM et aura son mot à dire sur l’ordre du jour de chacune des commissions.

«Le Chef du gouvernement s’est engagé sur une session de dialogue social d’une durée maximum d’une semaine au cours du mois d’avril au terme de laquelle un accord tripartite pourrait être signé», souligne Mohamed Yatim, ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle (voir aussi interview pagesuivantes).

Un air de déjà vu, selon les syndicalistes qui exigent des mesures concrètes avec un impact direct sur le revenu. «Le gel des discussions et l’absence de tout accord sous le gouvernement Benkirane sont difficiles à faire oublier», estime un syndicaliste. Ils espèrent gagner en crédibilité auprès de leurs adhérents, devenus de plus en plus sceptiques par rapport à la capacité des centrales syndicales à faire valoir leurs revendications.

Une situation dont la responsabilité est le plus souvent rejetée sur les pouvoirs publics accusés de ne rien faire pour défendre les libertés syndicales et éviter aux salariés syndiqués d’être licenciés par leur employeur. L’examen des dossiers revendicatifs des centrales syndicales a relevé que les revendications portent, essentiellement, sur l’amélioration des revenus, la liberté syndicale et la défense des droits fondamentaux.

Les syndicats sont demandeurs d’une augmentation des salaires, d’une revalorisation des allocations familiales, d’une refonte de la grille IR… En tout cas, les négociations promettent d’être serrées et les limites budgétaires pourraient tempérer les ardeurs des organisations syndicales.

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L’essentiel des grèves est concentré dans les services et l’industrie. La principale cause est le retard et le non-paiement des salaires

Cette année, une masse salariale de 108,8 milliards de DH est prévue dans la fonction publique. Ce qui représente 46% des recettes ordinaires du Trésor et 58% du budget de fonctionnement, limitant ainsi les marges de manœuvre, en particulier par rapport à l’investissement. Charges sociales comprises, cette masse salariale dépasserait largement les 11% du PIB! Le ministère des Finances reconnaît  que la part des dépenses du personnel par rapport au PIB demeure parmi les taux les plus élevés de la région Mena.

Même le patronat, reçu également par le Chef du gouvernement, pourrait émettre des réserves. La CGEM est à la veille de l’élection du nouveau président, et son équipe dirigeante pourrait choisir de ne pas s’engager. De plus, le patronat a une liste de dossiers sur lesquels aucune avancée n’a été réalisée. Sur le code du travail, la CGEM a obtenu des promesses alors que le projet de loi sur la grève est au Parlement... depuis une année.

En attendant, une légère baisse est enregistrée du côté des conflits collectifs: 154 grèves ont été enregistrées dans 121 établissements en 2017 contre 176 dans 218 entreprises une année auparavant. «Les données dont nous disposons montrent la régression du recours à la grève. Ce qui reflète une prise de conscience sur l’importance du dialogue et le recours aux mécanismes du droit conventionnel, en particulier les conventions collectives», souligne le ministre du Travail.

La palme des arrêts de travail revient aux entreprises employant entre 100 et 250 personnes tandis que celles qui comptent moins de 10 salariés sont les moins touchées. Les entreprises de plus de 250 employés le sont moyennement. Ces arrêts de travail ont été essentiellement déclenchés dans les services et l’industrie.  

Les retards de paiement de salaire sont à l’origine de plus du quart des grèves de l’année dernière (27,37%). Ce qui renvoie aux difficultés de trésorerie auxquelles les entreprises font face en partie à cause des délais de paiement... Les avantages sociaux et les licenciements viennent en deuxième et troisième position avec respectivement 12,47% et 10,5%. La situation aurait pu être plus délicate si 1.784 grèves n’avaient pas été évitées dans 1.175 entreprises!

 

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