Société

Driss El Yazami: «Lisez la Constitution»

Par Amine BOUSHABA Omar KETTANI | Edition N°:5221 Le 02/03/2018 | Partager
Le président du CNDH invité de l’ESJC
Les atouts et les faiblesses du Maroc
Une leçon d’espoir
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Face à un parterre d’étudiants et d’invités, le patron du CNDH s’est prêté volontiers et sans langue de bois au jeu des questions-réponses (Ph. Fadwa Alnasser)

«Il faut lire la Constitution de 2011!  C’est un exercice qui peut paraître fastidieux avec ses 180 articles, mais qui est très instructif». C’est un conseil, parmi d’autres, que le président du Conseil consultatif des droits de l’Homme a donné aux étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC).

«D’abord parce que c’est la première Constitution de l’histoire du pays rédigée entièrement par des Marocains, dans un esprit inclusif, ensuite parce que  le tiers des articles est consacré aux droits de l’Homme et à la justice», précise le patron du CNDH.

Invité par l’ESJC pour un grand oral, Yazami s’est volontiers prêté au jeu des questions-réponses, pendant plus de deux heures, devant un parterre d’étudiants et de nombreux invités. L’occasion de revenir sur l’historique et l’évolution des droits de l’Homme depuis la Déclaration universelle de 1948 à nos jours.

Une question, comme l’a précisé le président du CNDH, en perpétuelle mutation, avec la conquête de nouveaux droits, puisqu’il a rappelé qu’en ce moment même, étaient négociés à Genève des textes sur l’entreprise et les droits de l’Homme,  alors que sont discutés à New York les droits relatifs aux personnes âgées.

Sans langue de bois, ni discours alambiqué, si propres à nos officiels, Yazami est également revenu sur l’histoire récente du Maroc: «Il faut garder à l’esprit que dans les années 60 et 70, des Marocains ont fait beaucoup de mal à d’autres Marocains, ils ont enlevé des personnes, les ont torturées… Il y a eu un affrontement avec le pouvoir qui a abouti à de graves violations des droits de l’Homme».

Le pays, selon Yazami, a toutefois eu le courage d’oser regarder en face son histoire aussi traumatisante soit-elle, avec notamment la création en 2004 de l’Instance équité et réconciliation.

«Ce matin, avant de venir, j’ai moi-même signé le dernier arrêté d’indemnisation», précise le militant. Faut-il pour autant estimer que tout va bien dans le meilleur des mondes? Non, souligne le président. Car, si la loi suprême garantit à chaque citoyen et citoyenne l’égalité, la parité et le protège contre toute forme de discrimination, il n’en va pas de même des lois qui sont censées l’appliquer.

«La Constitution a prévu dans son article 19 la création d’une autorité pour la parité et la lutte contre toutes les discriminations. Je ne vous cache pas que le CNDH estime que la loi portant sur la création de cette entité a été vidée d’une grande partie de ses prérogatives. Nous voulions une loi plus forte».

Autre regard critique du CNDH, celui sur la loi contre les violences à l’égard des femmes, votée récemment, ainsi que sur celle relative au Conseil de la famille et de l’enfance. «Le CNDH a eu un point de vue très critique sur ces 3 lois qu’il a publié dans un mémorandum». Concernant la violence faite aux femmes, El Yazami a évoqué la  loi tunisienne sur la question.

«L’exercice de comparaison entre les deux textes démontre indubitablement les failles et les faiblesses de la loi adoptée au Maroc», regrette Driss El Yazami.

Conseils de lecture du président du CNDH aux étudiants

  •  Constitution Royaume du Maroc 2001
  •  Le rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Éditions du Seuil
  •  Rapport du CNDH sur l’état de l’égalité et de la parité au Maroc: préserver et rendre effectifs les finalités et les objectifs constitutionnels.

 

Des dates-clés

La première mouture de la loi relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes remonte à 2013. Il a fallu cinq ans pour qu’elle soit élaborée par le gouvernement, discutée et adoptée par le Parlement. La loi compte 17 articles et  va entrer en vigueur 6 mois après sa publication au Bulletin officiel. Le Secrétariat général du gouvernement ne l’a pas encore publiée.    

  • 4 avril 2016

Dépôt du projet de loi au Parlement

  • 21 avril 2016

La Chambre des représentants saisit le CNDH

  • 3 mai 2016

Réunion de la Commission justice et législation

  • 23 mai 2016

Le CNDH rend son avis sur le projet de loi

  • 20 juillet 2016

La Chambre des représentants adopte le projet de loi en première lecture

  • 30 janvier 2018

Adoption à la Chambre des conseillers après l’amendement de 10 articles   

  • 14 février 2018

Le Parlement vote définitivement la loi

                                                                                

Des jeunes qui s’interrogent

Violences à l’égard des enfants, égalité homme/femme, libertés individuelles… Autant de problématiques ayant fait l’objet de vifs débats entre les étudiants de l’ESJC et le président du CNDH Driss El Yazami. C’est face à une salle pleine que le militant a tenu à répondre de manière pédagogique et claire aux questions de l’auditoire.

À cet effet, El Yazami met en relief des mesures phares mises en place par le CNDH en matière de violences à l’égard des enfants, dont un processus d’écoute établi au niveau national et régional, des unités d’accueil des femmes et des enfants victimes de violences dans les hôpitaux, et la signature de la convention des droits de l’enfant en 1993.

Quant à l’égalité homme/femme et à la question de prendre la Tunisie comme modèle dans ce domaine, le dirigeant du CNDH dresse le constat selon lequel «il est nécessaire d’observer la situation du pays et de s’intéresser au monde». Il ajoute dans le même ordre d’idées «qu’on doit voir ce qui se passe ailleurs et être fiers de ce que nous faisons».

El Yazami a été interpellé sur l   a faible participation des femmes à la politique et affirme qu’«il est important d’avoir un mouvement continu entre les femmes et les hommes au niveau des listes électorales». Pour les jeunes désirant militer en faveur des droits de l’Homme, le chef du CNDH invite toute personne à «rejoindre les associations existantes et à créer des groupements nouveaux de défense des droits de l’Homme».

Omar KETTANI

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