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Fès: Une nouvelle vie pour les foundouks, mais…

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5221 Le 02/03/2018 | Partager
Les autorités ont restauré les murs, pas l’espace
Manque de communication, animation, sécurité…
L’amélioration du produit et son adaptation s’imposent
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Les foundouks de la médina sont désormais ouverts au public. Le foundouk Staouniyine visité par le ministre du Tourisme comprend 5 ateliers de finition-vente, 14 espaces d’exposition-vente, une librairie, un espace dédié à la tapisserie, un restaurant, un atelier de formation et des espaces communs

Faire revivre l’activité économique de la médina de Fès, restaurer la mémoire collective d’une cité de 12 siècles et créer une animation culturelle de qualité. C’est là tout le défi des opérations de restauration menées à l’initiative du Souverain. Sauvegarder le statut de la capitale culturelle et académique du Royaume. Un objectif qui nécessite d’importants investissements dans la réhabilitation des murs certes, mais pas seulement.

Car, les habitants et commerçants de la vieille cité doivent d’abord épouser l’idée et s’approprier le patrimoine architectural et son histoire millénaire. Pour cela, la restauration du cadre bâti doit être accompagnée d’un important dispositif de sensibilisation et de pédagogie. La responsabilisation, la communication et la promotion ne devraient pas être en reste.

En l’absence de ces actions, l’administration aura failli à sa mission. Et la médina continuera de perdre son attractivité et son «musée vivant». Un musée qui, faute d’activité économique, ferme à 17h30! C’était d’ailleurs le cas, le 21 février, lors de la visite du ministre du Tourisme, Mohamed Sajid.

Déambulant dans les ruelles de la médina, ce dernier aura certainement constaté qu’une bonne partie des commerces était fermée. Ceci, alors que les «médinas» des villes comme Cordoue, Grenade ou Florence ne dorment jamais. Ces villes chargées d’histoire font le plein pendant les hautes saisons touristiques. Et Fès a le potentiel pour se positionner par rapport à ses concurrentes. Pour cela, elle doit mettre en valeur ses atouts culturels et historiques et faire bonne presse.

«L’animation, la sécurité et la qualité de vie sont autant de caractéristiques qui doivent être pensées localement afin d’améliorer le produit et répondre aux besoins des touristes», estime un haut cadre du ministère du Tourisme. En matière d’animation, Lamia Boutaleb, la secrétaire d’Etat en charge du Tourisme, propose l’appui de l’association Fès-Saïss.

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Pour rappel, cette ONG fondée dans les années 1980 à l’initiative de l’ancien conseiller royal, Mohamed Kabbaj, organise plusieurs événements socio-culturels d’envergure. Elle a été derrière la création du festival de Fès des Musiques sacrées du monde, un rendez-vous incontournable dans l’échiquier des festivals internationaux qui prônent la paix et la tolérance. Sa 24e édition se déroulera du 22 au 30 juin 2018 sous le thème: «Savoirs ancestraux».

Entre-temps, la médina vient de récupérer ses «foundouks». L’opérateur indiqué pour la restauration de ces monuments, l’Agence de développement et de réhabilitation (ADER), a réussi une nouvelle action. En tant qu’entité d’exécution dans le cadre du projet «Artisanat et médina de Fès», cette Agence a ouvert les fondouks de Chemmaïne-Sbitriyine, Barka et Staouniyine aux artisans.

Toutefois, aucun investisseur ne s’est intéressé à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) concernant les restaurants des foundouks. Peut-être parce que l’activité économique est en berne ou parce qu’une bonne partie des commerçants de la médina ont investi ailleurs.

En tout cas, les projets de la médina, financés par l’Etat, sont appelés à créer une nouvelle dynamique. Ceci passe par une réorganisation des marchés. A ce titre, les foundouks abritent depuis quelques jours des mono-artisans et des coopératives d’artisanes. Les mono-artisans sélectionnés ont démarré leurs activités au niveau des foundouks Chemmaïne-Sbitriyine. Il en est de même pour les coopératives féminines d’artisanat sélectionnées pour des activités au niveau de foundouk Barka.

Aussi, une exposition tournante a été mise en place au profit d’artisans pour une durée limitée et ceci pour dynamiser le commerce au niveau de la médina et sauvegarder des métiers de l’artisanat fassi qui font partie du patrimoine immatériel national et international. Signalons enfin que les artisans choisis exercent dans les métiers de la poterie, de la dorure sur le cuir, la dinanderie de décoration, et le bois.

Artisanat, shopping et tourisme

Ouverts au public, les foundouks de la médina de Fès datent des XIIIe et XIVe siècles. Ils servaient à la fois d’hôtels pour les visiteurs en passage à Fès et d’entrepôts de marchandises. Ces monuments deviennent désormais de hauts lieux de l’artisanat raffiné, de shopping et de tourisme. «Le but est d’insuffler une nouvelle dynamique socio-économique et culturelle dans un contexte chargé d’histoire et de patrimoine, et d’inscrire ces fondouks dans les circuits des touristes et des visiteurs de la médina», indique Fouad Serrhini, DG de l’Ader-Fès.
«Il s’agit aussi d’en faire des bassins créateurs d’emplois et de richesses, d’attractivité touristique et surtout d’activités économiques lucratives et rentables dont les revenus seront réinjectés dans les opérations de conservation du patrimoine culturel de la médina de Fès», conclut-il.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

 

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