Economie

Accord de pêche Maroc-UE: Ce qui a manqué au dossier

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
L’incapacité à mobiliser les groupes de pression
La diplomatie officielle appelée à être proactive
Les chances pour annuler le jugement
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«Si de petites associations ont de telles capacités à peser sur la justice européenne, pourquoi les ONG appartenant au Sahara marocain, avec les moyens dont elles disposent, n’entreprennent pas des actions dans ce sens», a déploré Tajeddine El Housseini, professeur des relations internationales (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Le Maroc s’attendait-il à un tel verdict?
- Tajeddine El Housseini:
Oui. Pour moi, c’était prévu. Car, il y a quelque temps, le même tribunal avait déjà rendu une autre décision concernant cette affaire contre les intérêts du Maroc. La demande du procureur général s’appuyait sur le fait que le Polisario était un mouvement reconnu par le Maroc et par les Nations Unies.
La question de la souveraineté sur ce territoire n’était pas encore tranchée. Pour lui, le Maroc n’avait qu’une autorité administrative. Il s’est basé sur ces éléments et sur d’autres relatifs aux rendements de l’exploitation de la pêche devant revenir aux habitants sahraouis. Dans ce genre de situation, le Maroc avait l’obligation de présenter tous les arguments possibles pour prouver que les dépenses de l’Etat marocain dans la région sont multipliées par 7 par rapport aux revenus de la région aussi bien en provenance de la pêche que des phosphates de Boucraâ. D’ailleurs, cela a été clairement confirmé dans un discours royal.
A chaque dirham touché sur les rendements de ces produits, l’Etat investit 7 DH dans la région. Dès le départ, il fallait trouver les moyens, avec l’aide d’un cabinet international, de préparer une étude approfondie, appuyée par tous les arguments nécessaires. L’objectif est de prouver que l’Etat marocain ne touchait en rien aux rendements de la région. Tout cet argent est dépensé au bénéfice des habitants.    

- Comment va-t-on  composer avec cette nouvelle situation?
Je pense que c’est une bonne chose que l’Union européenne et le Maroc aient décidé d’aller ensemble contre ce jugement devant la Cour d’appel. C’est une démarche normale et tout à fait logique. Les deux doivent faire front commun. Après tout, l’Accord de pêche est dans l’intérêt de l’UE.
Les Espagnols insistent beaucoup pour que cela soit confirmé d’une façon incontournable. Je pense que si les deux parties entament cette procédure devant la Cour d’appel, il y aura beaucoup de chances pour que ce jugement soit annulé.

- Le Maroc est-il prêt à résilier l’Accord de pêche?
- Actuellement, ce sont les intérêts des Européens qui sont en jeu. Mais ce qui est mauvais pour le Maroc, c’est que cette carte du jugement rendu par une Cour de justice européenne soit utilisée par les séparatistes du Polisario dans d’autres instances internationales comme l’Union africaine ou les Nations Unies. Même devant l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara dans sa mission de rapprocher les points de vue, ils essayeront de parler au nom de la légalité internationale et européenne.

- N’est-il pas temps de lancer  une véritable autocritique sur la qualité du travail de lobbying diplomatique et judiciaire ?
- Le lobbying et les groupes de pression sont aujourd’hui une arme incontournable. La diplomatie marocaine doit intensifier les initiatives et les procédures au niveau des instances européennes. Les associations marocaines aussi. Car, à l’origine, il s’agit d’une plainte déposée par une ONG britannique, presque inconnue. Elle a, dès le départ, suivi le dossier et poussé le procureur général à engager cette procédure. Si des associations de ce niveau ont de telles capacités à peser sur la justice européenne, pourquoi les ONG appartenant au Sahara marocain, avec les moyens dont elles disposent, n’entreprennent pas des actions?
Pourquoi la diaspora, organisée sous forme de mutuelles ou autres, aidée par les ambassades et les consulats du Maroc, n’est pas associée à la création de groupes de pression capables de faire un lobbying très fort au niveau de l’Europe. Ce qui est valable pour la diplomatie parallèle l’est aussi pour la diplomatie conventionnelle. Le ministère des Affaires étrangères savait depuis longtemps que ce dossier allait ressortir de nouveau.  Pourquoi ne s’y est-il pas préparé en conséquence? o

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI  

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