Justice

Justice et journalisme font débat à l’ESJC

Par L'Economiste | Edition N°:5215 Le 22/02/2018 | Partager
Le Club des magistrats du Maroc comme invité spécial
Formation et déontologie pour mieux informer sur la vie judiciaire
La réforme de la profession des juges, un pas de plus pour l’Etat de droit
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Régulièrement, les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme et de Communication (ESJC) invitent des personnalités pour débattre d’un sujet. Vendredi 16 février, les magistrats Abdellatif Chentouf et Yassine Makhli se sont exprimés sur le journalisme et la justice (Ph. F. Al Nasser)

La médiatisation grandissante des affaires judiciaires, la poursuite par la justice de quatre journalistes pour avoir divulgué des informations dites «confidentielles» ou encore le débat sur la toute récente loi n°31.13 relative au droit d’accès à l’information, amènent naturellement à se demander quelle relation existe entre les médias et la justice?

C’est autour de cette question que les deux magistrats, Abdellatif Chentouf et Yassine Makhli, sont venus débattre vendredi dernier avec les étudiants de l’Ecole Supérieure de Journalisme et de Communication (ESJC). Evidemment, cette grande thématique invite à méditer sur la nature de la relation entre le pouvoir judiciaire et les médias, le 4e pouvoir. La confrontation entre ces deux corporations se manifeste à travers des frictions continues.

«Cependant, nous sommes sur une bonne voie», positive Abdellatif Chentouf, président du Club des magistrats du Maroc. «Il y a un avant et un après 2011, la révision de la Constitution a posé les bases d’une justice, hissée au statut d’un pouvoir autonome et indépendant et garantit également une presse plus libre.», estime le magistrat.

La cohabitation entre la justice et la presse exige un guide objectif, régulé et réglementé pour permettre à notre démocratie d’évoluer. Car, in fine, la justice comme les médias, se doivent de faire prévaloir les droits des citoyens à la liberté d’expression, le droit d’accès à l’information...

Mais pour y arriver, il est nécessaire de communiquer et de se comprendre en créant des canaux de communication pertinents et crédibles. Cette ambition n’est pas pour autant dépourvue d’embûches. D’un côté, les juges ont besoin d’étudier leurs dossiers pour aboutir à une justice équitable.

De l’autre, les journalistes demeurent contraints par le temps pour produire de l’information. C’est dans ce cadre, qu’en 2012, une rencontre a été organisée entre les deux professions exerçant dans des pays méditerranéens pour débattre des principes éthiques des uns et des autres.

Les médias sont pour la justice un outil de communication puissant. La justice est une source d’information abondante: grand procès pénal, faillite d’une entreprise nationale, statistiques sur la criminalité...
Le droit est l’affaire de tous. Ne dit-on pas que «nul n’est censé ignorer la loi».  Citoyens, société civile, administrations ont donc droit à l’accès à l’information y compris juridique et judiciaire.

Dès lors, quelles sont les informations que les médias peuvent diffuser et celles que la justice se doit de retenir? La magistrature et le journalisme, étant régis par la loi et la  déontologie sont dans l’obligation de respecter les données personnelles et la vie privée des individus, le secret d’instruction, les droits de la défense...

Créer des espaces de dialogue permanents

«Ces problèmes ne sont pas propres au Maroc, l’Union européenne discute également  de ces aspects. Le Conseil consultatif des juges européens a recommandé en 2015 entre autres la nécessité de garantir la protection de la vie privée. Les termes, notamment juridiques, doivent êtres employés avec minutie», insiste Yassine Makhli, ancien président du club des magistrats du Maroc.

Car il arrive que des médias ne maîtrisent pas les procédures et l’organisation du système judiciaire. Avec le risque de porter atteinte à la présomption d’innocence, à la dignité humaine, au procès équitable... La citation de personnes non encore officiellement poursuivies  ou la publication de photos à visages découverts de mineurs sont à titre d’exemples des entorses au code de la presse.
«La formation continue est une base pour exercer convenablement son métier.», insiste le président du Club des magistrats du Maroc.

Sur un autre plan, force est de constater qu’à l’ère numérique, chacun peut se proclamer juge et partie. Voire se servir des réseaux sociaux pour se plaindre d’une injustice. «Qu’en est-il du recours des citoyens à la presse pour faire valoir leur droit à une justice impartiale?», demandent les étudiants de l’ESJC. Les magistrats intervenants appellent à tour de rôle à ce que les médias communiquent plus sur les procès, les jugements, les professions juridiques et globalement sur la vie du monde judiciaire.

«Suite à l’adoption de la Constitution de 2011, la profession de juge a fait l’objet d’une réforme avec la révision de son statut et la création du Conseil supérieur du  pouvoir judiciaire. Il est vrai aussi que cette réforme aurait pu être meilleure», estime le Club des magistrats du Maroc. La création d’un porte-parole officiel au sein de chaque juridiction est une avancée.

Cette mesure est censée ouvrir la justice sur son environnement pour mieux répondre aux attentes de l’opinion publique. Il est nécessaire, cependant, de créer des espaces de dialogue permanents pour dissiper les malentendus et faire place à la bonne information. Le tout dans l’intérêt général et le renforcement de l’Etat de droit.

Atika Ratim, étudiante à l’ESJC

 

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