Société

Violence à l’égard des femmes: Dans le monde, l’arsenal juridique encore très faible

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5214 Le 21/02/2018 | Partager
Elles sont plus d’un milliard à ne pas bénéficier d’une protection
Des chiffres inquiétants sur les violences économiques au sein du couple
Travail, milieu scolaire, espace public… le diagnostic de la Banque mondiale

Quelles soient physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques… les violences faites aux femmes revêtent des formes multiples. Elles ont des conséquences sur la santé mentale et physique des victimes. Le sujet a fait l’objet de plusieurs études dont celle de la Banque mondiale axée sur «Les tendances mondiales et régionales de la protection juridique des femmes contre la violence domestique et le harcèlement sexuel»(1).

Il en ressort que plus d’un milliard de femmes ne bénéficient pas d’une protection juridique contre les violences sexuelles conjugales ou intrafamiliales. Près de 1,4 milliard de femmes ne sont pas protégées par la loi contre les violences économiques au sein du couple. Cette forme de violence consiste à exercer un contrôle sur la femme en limitant son accès aux ressources économiques (accès à des ressources financières, à l’éducation ou à l’emploi) à des fins d’intimidation ou de menace.

En outre, le harcèlement sexuel au travail, en milieu scolaire ou dans l’espace public n’est souvent pas réprimé par la loi. Au Maroc, la nouvelle réglementation de lutte contre la violence à l’égard des femmes (cf. notre édition N° 5212 du lundi 19 février 2018) a prévu une série de mesures pour en finir avec les cas de violence notamment conjugale ou encore contre des pratiques comme le harcèlement en milieu professionnel ou dans l’espace public. Cette loi devra entrer en vigueur 6 mois après sa publication au BO.

D’après une analyse de 141 pays, l’étude de la Banque mondiale note globalement une progression de la proportion de pays qui disposent de lois pour protéger les femmes contre les violences domestiques, qui est passée de 71 à 76% entre 2013 et 2017. Mais ce chiffre masque des lacunes juridiques bien plus importantes en ce qui concerne certaines formes de violence spécifiques.

«Alors que l’existence de lois contre les violences envers les femmes est un premier pas important pour garantir leur protection, cet arsenal juridique est encore très faible dans de nombreux pays», souligne Paula Tavares, spécialiste en droit et en questions de genre à la Banque mondiale et co-auteure de l’étude. Ainsi, un pays sur trois n’a pas de loi contre les violences sexuelles perpétrées sur une femme par son compagnon ou un membre de sa famille.

La moitié des pays du monde n’ont pas de législation pour combattre les violences économiques. Enfin, dans deux pays sur trois, la loi ne protège pas les victimes si elles ne sont pas mariées. Les lacunes juridiques sont plus fréquentes dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) ainsi qu'en Afrique subsaharienne.

Une épidémie mondiale

En ce qui concerne le harcèlement sexuel, quatre pays sur cinq se sont dotés d’une législation en la matière. Mais, là encore, ces lois ne couvrent pas la totalité des formes de harcèlement sexuel, relève l’étude de la Banque mondiale. Dans un pays sur cinq, il n’y a pas de loi spécifique réprimant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, dans six sur dix, en milieu scolaire, et dans quatre sur cinq, dans l’espace public. «La violence envers les femmes et les filles est une épidémie mondiale qui met en péril leur vie et qui a de lourdes conséquences, non seulement sur les premières concernées, mais aussi sur leurs enfants et leur communauté», indique Quentin Wodon, économiste principal à la Banque mondiale et co-auteur de l’étude. «Il est indispensable de lutter contre ce fléau pour pouvoir développer le capital humain des femmes, libérer leur potentiel et accroître leur contribution à la croissance économique», dit-il.

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(1) Le nouveau rapport, réalisé avec le concours financier de la Children’s Investment Fund Foundation et du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), se penche sur les législations contre les violences domestiques et le harcèlement sexuel dans 141 pays. Lesquels font l’objet d’un suivi dans le cadre du programme «Les femmes, l’entreprise et le droit» de la Banque mondiale.

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