Economie

Pêche Maroc-UE: Bruxelles mandatée pour négocier un nouvel accord

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5214 Le 21/02/2018 | Partager
La décision s’appuie sur le bon fonctionnement de l’actuel protocole
Il profite davantage aux provinces du Sud et à la partie européenne
Moins d’un euro le kilo de poisson pêché par les navires de l’UE

C’est parti pour le renouvellement du protocole de pêche liant le Maroc à l’Union européenne. Les ministres de l’Agriculture et de la Pêche de l’UE viennent en effet de mandater la Commission de Bruxelles pour négocier un nouvel accord avec Rabat.

Pour le moment, aucun planning des pourparlers n’a encore été arrêté mais de source proche du dossier, il ne tardera pas à être élaboré et transmis à la partie marocaine dans les délais requis. Surtout que l’actuel accord devrait expirer en juillet prochain.

De plus, les négociations risquent d’être laborieuses, compte tenu des points à négocier, notamment la clause de débarquement des prises aux ports  marocains et l’arrivée probable de nouveaux navires de pêche amenés à quitter les eaux territoriales britanniques suite au Brexit.

Pour ce qui est de la clause, le Maroc exige qu’une partie des volumes pêchés soit orientée vers l’industrie locale alors que l’UE  considère cette obligation comme un simple transit du poisson qui peut être acheminé par voie terrestre vers l’Europe. Histoire donc de «comptabiliser» les volumes pêchés. 

Sans pour autant profiter au marché marocain. A ce sujet, les estimations portent sur  83.000 tonnes d’une valeur de 80 millions d’euros, soit moins d’un euro le kilo. Ce qui représente le prix du même poids de la sardine. Le mandat accordé à la Commission s’appuie sur un rapport d’évaluation de l’accord actuel, soumis en décembre 2017 à l’exécutif européen, au Conseil et au Parlement de l’Union. Le document conclut que l’accord s’est révélé «efficace dans l’atteinte de son objectif de durabilité de l’exploitation». En attestent la concertation scientifique et l’échange des données qui ont permis d’aboutir à des constats partagés.

Selon le rapport, l’accord de pêche a également atteint son objectif de soutien au développement durable du secteur. Cet objectif a été concrétisé grâce notamment à la contribution de l’appui sectoriel à la mise en œuvre de projets de la stratégie Halieutis.  Cet appui a profité pour une large part aux régions de Dakhla-Oued Eddahab et Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra. Celles-ci concentrent 66% de l’enveloppe totale, soit environ 37 millions d’euros.

Les retombées socioéconomiques du soutien financier font déjà apparaître la création de 180 emplois directs et l’amélioration des conditions de travail d’environ 59.000 personnes travaillant dans le secteur ou les activités qui leur sont directement ou indirectement liées. Et les deux tiers de ces retombées ont concerné les provinces du Sud,  précise le document.

En ce qui concerne les retombées à l’avantage de l’UE, le rapport évoque un bon retour sur investissement pour l’Union: chaque euro investi se traduit par la création de 2,78 euros de valeur ajoutée pour le secteur européen de la pêche. Ce qui est énorme par rapport à l’évaluation faite du protocole précédent.

Le rapport élaboré en 2010 estimait la rentabilité à peine à 0,65 euro. L’actuel rapport relève en outre que l’accord est pertinent au regard des besoins de l’UE en ce sens qu’il complète un réseau de conventions couvrant l’aire de distribution des petits pélagiques d’Afrique de l’Ouest tout en répondant aux besoins de pêche des opérateurs. Et de recommander son renouvellement.

Car il représente «un instrument de coopération approfondie avec le Maroc, fortement impliqué dans la coopération Sud-Sud». Lors de sa dernière visite au Maroc,  à l’occasion de sa participation au salon Halieutis, le commissaire européen à l’Environnement, aux Affaires maritimes et à la Pêche avait d’ailleurs insisté sur la volonté de l’UE de maintenir sa coopération avec le Maroc dans ce domaine et de lui donner  un nouvel élan.

L’actuel accord de pêche liant le Maroc et l’UE est entré en vigueur en 2014 pour une durée de 4 ans. Il donne accès aux navires européens à la zone de pêche atlantique du Royaume en échange d’une contrepartie financière de 30 millions d’euros par an financés par l’UE et 10 millions d’euros en tant que  contribution des armateurs. Le premier accord de pêche entre le Maroc et l’UE remonte à 1988.

Repères

  • 70 navires européens, en moyenne, opèrent dans les eaux territoriales marocaines
  • 83.000 tonnes de poissons pêchés par an pour une valeur de 80 millions d’euros
  • 30 millions d’euros de contribution  annuelle de l’UE et 10 millions d’euros versés par les armements    
  • 200 marins marocains à bord des navires européens
  • 1.000 contrats d’embarquement conclus
  • 180 emplois directs et 59.000 postes indirects
  • Dakhla, Laâyoune, Boujdour concentrent 66% de l’appui financier
  • 1 euro investi rapporte 2,78 euros de valeur ajoutée pour les pêcheurs européens
  • 75% de l’impact socioéconomique profitent aux provinces du Sud

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc