Economie

Plan de développement régional

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5211 Le 16/02/2018 | Partager
Une volonté politique permettant le transfert des pouvoirs et moyens vers les collectivités
Objectif: concevoir et mettre en œuvre leur propre projet de développement
L’implication des acteurs publics et privés ainsi que la société civile, nécessaire
moussa-mara-011.jpg

Moussa Mara, ex-Premier ministre du Mali et maire de la 4e commune de Bamako, rappelle que le principe de la décentralisation consiste à céder les pouvoirs du centre vers la périphérie avec le transfert des moyens appropriés (Ph. N.E.A.)

- L’Economiste: Pourquoi la décentralisation traîne-t-elle encore en Afrique?
- Moussa Mara:
Deux facteurs peuvent expliquer cela. Premièrement, nous n’arrivons pas encore à nous débarrasser de notre héritage colonial d’Etat centralisé qui conçoit des politiques à partir de villes capitales avec une marginalisation de l’implication des populations. A cela s’ajoute la volonté de nos élites de concentrer les pouvoirs pour ne pas perdre l’influence sur les populations. Alors que leur préoccupation devrait être focalisée sur l’efficacité pour assurer des services de qualité au profit de la population. Je pense que, constitutionnellement, il faut organiser nos pays de telle sorte qu’il y ait des pouvoirs plus proches des populations.
 
- Avec les mécontentements sociaux déclenchés dans plusieurs pays, les politiques centralisées affichent leur limite. Qu’en pensez-vous?
- Effectivement, car si on ne va pas vers la décentralisation, on risque d’avoir des mécontentements, voire même des rébellions de différentes formes à travers lesquelles les populations lésées vont réclamer la satisfaction de leur besoin pour mener une vie décente: eau, électricité, soins de santé, éducation, travail…

- Quels sont les outils à développer pour renforcer la décentralisation?
- Tout d’abord, il faut avoir une volonté politique avec des textes appropriés, fruits d’une réforme constitutionnelle. Ces textes doivent assurer le transfert des pouvoirs avec les moyens financiers et ressources humaines aux collectivités territoriales leur permettant de mener des politiques locales. Dans ce nouveau modèle, l’Etat devrait se désengager de son rôle en tant qu’acteur principal et se contenter de son rôle d’arbitre et de visionnaire. Ce qui va permettre de laisser l’action du ressort des acteurs du territoire: collectivités, entreprises et citoyens.

- Comment peut-on réussir la mise en place des politiques publiques au niveau des territoires?
- Il faut avoir en premier lieu un schéma national d’aménagement du territoire qui constitue la base de la planification. Après, il faut qu’au niveau des  régions, on puisse s’insérer dans le schéma national en développant son dispositif d’aménagement propre. A partir de là, d’autres plans spécifiques peuvent en découler concernant divers domaines: espace, économie, transport, environnement…. Ce qui va permettre à chaque région, en fonction de ses potentialités et de ses vocations, de confectionner son programme de développement. Sa mise en œuvre serait assurée par les acteurs de la collectivité, des opérateurs économiques qui arrivent à la région ou dans le cadre de coopération avec des partenaires nationaux et étrangers. En résumé, il faut un Etat planificateur, intégrateur, visionnaire qui élabore les outils de base en donnant la possibilité aux régions et collectivités de concevoir leur propre dynamique interne en impliquant les acteurs locaux qui peuvent être des entreprises publiques ou privées sans oublier la société civile.

Les anglophones en avance

Le processus de décentralisation est bien avancé au niveau des pays anglophones, selon l’ex-maire de la 4e commune de Bamako. Car ces pays ont une culture de décentralisation depuis l’époque de la colonisation. C’est l’exemple du Nigeria qui est une fédération d’Etats, ce qui constitue le stade le plus abouti de la décentralisation. «Dans chaque fédération, qui ressemble aux régions chez nous, il y a un Etat avec un Parlement et un exécutif élus», explique Moussa Mara. Le même constat est valable pour les autres pays anglophones comme l’Afrique du Sud et la Tanzanie, à l’exception des pays arabes marqués par un pouvoir central fort. Dans la zone francophone en Afrique, «je pense que la Maroc est bien avancé avec des résultats concrets surtout dans les domaines de l’urbanisme et l’habitat», ajoute l’ex-Premier ministre du Mali.  Le chantier de la régionalisation constitue une opportunité au Maroc pour renforcer sa décentralisation, notamment en matière d’industrialisation et de lutte contre le chômage. Chez nous, le dispositif de régionalisation existe sur le papier avec un pouvoir qui reste fortement centralisé, précise-t-il. Le même constat est valable pour la Côte d’Ivoire où  tout se fait encore autour de la capitale.

Propos recueillis par Noureddine EL AISSI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc