Entreprises

Aéronautique: Le challenge de la montée en gamme

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5177 Le 27/12/2017 | Partager
Plus de réactivité en matière de réglementation
Favoriser les rapprochements en faisant jouer des partenariats
Le défi des rémunérations

Le Maroc s’impose comme une base incontournable de compétitivité aux portes de l’Europe avec son industrie aéronautique naissante. Pour consolider ses acquis, le site Maroc devrait miser sur la formation, la réactivité en matière de réglementation, favoriser les rapprochements en faisant jouer des partenariats et des joint-ventures avec des fournisseurs de rang mondial…

L’un des principaux leviers actionnés par les autorités est la zone industrielle Midparc, zone franche réservée aux activités aéronautiques. La zone s’étend sur 63 hectares et devrait doubler sa surface. «Notre objectif est de laisser l’entreprise s’occuper de son corps de métier. Le foncier, la construction, les autorisations administratives, c’est notre métier», explique le patron du parc, Aref Hassani.

Le développement de Midparc s’inscrit dans le cadre de la politique d’accélération industrielle (PAI) promue par le gouvernement. Une stratégie qui a le mérite de développer un nouveau modèle économique et rendre la croissance du pays moins dépendante du niveau de pluviométrie – essentiel à son agriculture – et des cours mondiaux du phosphate.

Présenté comme l’un des symboles du succès de la synergie entre les industriels et le monde académique, l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) est un centre de formation professionnelle ouvert en 2011. C’est un symbole parmi d’autres de l’émergence d’une filière aéronautique au Maroc. Fruit d’un partenariat public-privé, l’IMA est un maillon-clé dans la stratégie du Maroc, qui encourage les investissements dans le secteur.

L’institut est mis à la disposition des industriels. L’établissement présélectionne des profils pour les équipementiers et leur dispense des formations à la carte de treize semaines, selon leurs besoins. En 2016, l’IMA a formé 600 ouvriers et techniciens, près du double de 2015, avec un taux d’insertion professionnelle qui frise les 100%. La quasi-totalité des étudiants sont employés dès la fin du cursus.

En poste depuis 2013, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’iInvestissement, du Commerce et de l’Economie numérique, compte de beaux faits d’armes, telles la construction d’une usine PSA à Kénitra et la création de plusieurs écosystèmes dans le secteur aéronautique, dont celui de Boeing… Le ministre de tutelle est en passe de s’imposer comme un super ambassadeur de la marque Maroc en vantant les mérites d’une approche articulée autour d’«écosystèmes».

Concrètement, la démarche de la tutelle consiste à bâtir, autour de gros groupes locomotives comme Renault, Boeing, PSA… un réseau de fournisseurs complémentaires classés par rangs. «Je n’ai pas l’illusion de fabriquer des constructeurs marocains. Ce que l’on veut, c’est de l’emploi qualitatif», avait affirmé le ministre au journal français Le Monde.

Mais pour l’heure, la tutelle se concentre plus sur la création de valeur ajoutée et la montée en gamme de l’industrie locale. En revanche, elle reste peu regardante sur les niveaux des rémunérations. En témoigne le coût du travail, qui reste très bas. Sur le marché du travail, les lauréats des instituts professionnels débutants touchent en moyenne 3.000 DH par mois, et autour de 7.500 DH avec quelques années d’expérience.

La tutelle et le Gimas déclarent ne pas être dans une logique low-cost. «Ce qui nous rend compétitifs, c’est l’ensemble du dispositif mis à disposition des industriels et une envie de leur faciliter la vie», précise Karim Cheikh, président du Gimas.
Le site Maroc accueille avec des roulements de tambour l’arrivée des donneurs d’ordre et fournisseurs étrangers dans les nouvelles filières industrielles. Mais contrairement à l’automobile, les PME manquent à l’appel.

Dans l’avionique, elles se comptent sur les doigts d’une main. Le secteur aéronautique affiche un taux d’intégration faible: 17% pour près de 130 entreprises. La tutelle table sur 35% de taux d’intégration à l’horizon 2020. L’industrie pourrait enregistrer 100 nouveaux acteurs à cette échéance, ce qui permettrait de créer 23.000 emplois.

A l’horizon 2020, le secteur réalisera 16 milliards de DH de chiffre d’affaires à l’export. Depuis 12 ans, plus de 130 entreprises du secteur se sont installées au Maroc, contre moins de 5 au début des années 2000. Ce nombre pourrait désormais doubler grâce à Boeing. A l’automne 2016, l’avionneur américain annonçait vouloir constituer un groupement de fournisseurs, avec pour objectif de créer 8.700 emplois autour de cette industrie qui en génère déjà 12.000.

La politique d’incitation au rapprochement contribuerait à relever le niveau du taux d’intégration. Cela consisterait à faire jouer des partenariats et des joint-ventures avec des fournisseurs de rang mondial. Matis Aerospace, une coentreprise entre Boeing et Safran., créée en 2001, n’employait à ses débuts que 350 personnes.

A présent, le sous-traitant emploie 1.100 salariés pour la fabrication de câbles aéronautiques pour les plus grands noms de l’industrie: Boeing 737, Airbus A320 ou les Falcon de Dassault… En quelques années, la JV a gagné en maturité, en transfert de savoir-faire et en technicité. Ce qui lui permet de garder la confiance de ses clients.

Indicateurs du secteur

Nombre d’implantations: 130 entreprises en activité
 Nombre d’opérateurs à l’horizon 2020: 230
 Site Midparc: Une superficie de 63 hectares. Il devrait doubler sa surface
 IMA: 600 ouvriers et techniciens formés; taux d’insertion professionnelle de 100%
 Les lauréats débutants des instituts professionnels touchent en moyenne 3.000 DH/mois, et autour de 7.500 DH avec quelques années d’expérience
 Taux d’intégration actuel: 18%
 Taux d’intégration à l’horizon 2020: 35%
 Nombre d’emplois actuels: 12.000
 Nombre d’emplois à l’horizon 2020 : 23.000
 Chiffre d’affaires à l’export 2016: 9,2 milliards de DH
 Chiffre d’affaires à l’export à l’horizon 2020: 16 milliards de DH

 

 

 

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