Société

Historique, le CNDH passe le flambeau à Archives du Maroc

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
Remise de 17.362 dossiers des victimes des Années de Plomb
Des milliers de documents de l’IER traités et conservés
cndh-archives-066.jpg

Symbolique. Le président du CNDH, Driss El Yazami, remet l’une des boîtes des archives de l’IER, au directeur général d’Archives du Maroc, Jamaâ Baida (Ph. Faquihi)

C’est un grand rendez-vous avec l’histoire. Les archives de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) ont été remises, samedi 9 décembre à Rabat, aux Archives du Maroc. Le mérite en revient au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) qui a hérité et conservé ce patrimoine avant de le léguer à l’établissement que dirige le Pr Jamaâ Baida.

L’initiative du CNDH est certes dictée par la loi du 30 novembre 2007 sur les archives, mais combien d’institutions étatiques donnent-elles l’exemple?   Ce premier lot propre à l’IER est constitué de 17.362 dossiers. Il a été classé dans 1.239 boîtes spéciales d’archivage et de conservation non encore mises à disposition du public: chercheurs, historiens, journalistes... Tout un cérémonial s’est déroulé dans le magnifique amphithéâtre Charif El Idrissi de la faculté des Lettres et des Sciences sociales de Rabat.

Plus de 22.000 documents ont été à ce jour recensés et traités depuis le démarrage de ce projet en février 2017 (voir Repères). Un chantier auquel se sont attelés le CNDH, l’Institution des sciences de l’information de Rabat et le Centre des archives diplomatiques de Nantes.

«Un vrai travail de fourmi que l’équipe d’Archives du Maroc doit poursuivre», déclare le DG d’Archives du Maroc, le Pr Jamaâ Baida. Pour le président du CNDH, Driss El Yazami, ce 9 décembre est «un beau jour». Il annonce que le versement d’autres documents est programmé en 2018 et le lancement d’un projet dédié aux archives internationales des droits de l’Homme. Le «premier centre du genre en Afrique» sera abrité au sein du CNDH. 

Cette annonce intervient à la veille du 70e anniversaire de la Journée internationale des droits de l’Homme. L’occasion de sortir aussi les cadavres des placards: «état déplorable des archives», «inexistence ou difficulté d’accès aux documents et photos de grandes personnalités (à commencer par d’anciens membres de l’IER comme Abdelaziz Bennani)», «administrations qui gèrent mal leurs archives ou les détruisent» en toute impunité!

Le témoignage de Mustapha Raïssouni, ancien membre de l’IER, corrobore cet état des lieux: «Nous n’avons pas retrouvé des archives organisées pour enquêter sur les exactions commises durant les Années de Plomb (1956-1999). Plus de 6.000 correspondances ont été envoyées aux Forces armées et à la Gendarmerie royale». A peine 1.700 réponses des services de sécurité sur les noms des victimes, dates d’arrestation et de libération.

Pour mener à bien sa mission, l’IER a enquêté «pour chercher des preuves» y compris dans des commissariats et anciens lieux de détention secrète. La reconstitution d’archives à partir du néant est l’un des grands apports de cette expérience de justice transitionnelle entamée fin des années 1990: Etat civil, jugements, procès-verbaux judiciaires ou militaires, attestations médicales, témoignages des victimes ou leurs proches...

Ce trésor de données va ouvrir un autre front dans le débat juridique sur l’accès à l’information. Des archives «de la terreur et de la douleur» qui renseignent sur «les mécanismes de l’appareil répressif», comme diraient des experts étrangers invités à témoigner sur le cas de leurs pays.

Du temps de la dictature militaire, la diplomatie brésilienne par exemple a espionné via ses ambassades les opposants exilés. Les archives sont une preuve pour la justice, un antidote contre l’amnésie et «un puissant rempart contre la violation des droits humains», selon le Prix Nobel Desmond Tutu. L’histoire pardonne parfois mais n’oublie jamais.

Repères

• 1999
Création de l’instance indépendante d’arbitrage chargée de l’indemnisation des victimes de disparition forcée et de la détention arbitraire des Années de Plomb.
2004
Création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) pour le rétablissement de la vérité, des réparations des victimes, de préservation de la mémoire et des archives.  
2006
L’IER rend son rapport au Souverain où elle émet plusieurs recommandations: réformes constitutionnelles et institutionnelles, protection des archives...   
24 Juillet 2017
Le CNDH rend à Archives du Maroc 6.000 documents appartenant à l’Instance indépendante d’arbitrage.
9 décembre 2017
Le CNDH verse un premier lot d’archives historiques produites cette fois-ci par l’IER. Le nombre total des dossiers versés à ce jour est de 22.050 dossiers.

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc