Reportage

Une nuit incognito avec les muletiers!

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5165 Le 11/12/2017 | Partager
Ni fiche de renseignements, ni facture
Un établissement à l’accueil pas très fairplay
Les résidents de «seconde zone» face à des abus
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Toute une activité économique s’organise autour du tourisme de montagne. A Toubkal, dans la région de Marrakech, muletiers, guides de montagne et cafetiers gagnent leur vie via les prestations rendues aux alpinistes (Ph. Faquihi)

Pas d’ascension du Toubkal sans refuge. Le reporter de L’Economiste a logé durant la nuit du samedi 4 au dimanche 5 novembre 2017 au refuge du Toubkal. L’établissement est tenu par la famille Aït El Kadi depuis 1938. Un contrat de gérance la lie au Club Alpin français de Casablanca (voir page 19)! Il a fallu composer durant ce séjour avec des conditions d’accueil et de gestion qui sont loin d’être idéales.

Le réceptionniste donne le ton. Il se contente de garder ma carte d'identité sous la main. Ni fiche de renseignements à remplir et à signer, ni consignation dans le registre des nuitées qui existe pourtant. Pas de facture non plus. Si telle est la règle dans les autres rares refuges de la région, le Haut Atlas est poreux sur le plan sécuritaire.

Car les fiches de renseignements sont remises en principe à la police. Elles lui permettent de garder un œil sur la fréquentation de ces lieux «touristiques» nichés dans les montagnes marocaines.

Défaillance sécuritaire

Il n’y a pas que les alpinistes qui fréquentent le refuge du Toubkal. Des non-résidents -comme les muletiers de passage, les guides de montagne (non diplômés mais très qualifiés) et les campeurs- peuvent s’y introduire. Et ce, malgré l’interdiction formelle affichée sur la porte d’entrée.

Cette défaillance sécuritaire peut exposer les personnes et leurs biens à des dangers: agression, vol, difficulté d’identifier une personne disparue... Un jeune Anglais a perdu la vie au Toubkal en mai 2016. Depuis, le Club Alpin français de Casablanca (CAF) a pris le soin de placarder à l’entrée des consignes de sécurité destinées à ceux qui s’aventurent en montagne.  

Côté paiement, la nuit coûte 250 DH pour un non-adhérent au CAF. Dîner et petit-déjeuner compris. Sauf que l’auteur de ces lignes va se retrouver dans le refuge réservé aux  muletiers. En fait, la gérance tenue par la famille Aït El Kadi relègue une partie de sa clientèle -les personnes sans réservation notamment- dans le refuge des muletiers. Les résidents de «seconde zone» se sont pourtant acquittés du même montant exigé pour séjourner dans le refuge principal.

Il aurait été souhaitable d’en informer au moins le public. Ne serait-ce que pour se préparer mentalement aux rudes conditions de logement: plomberie défectueuse, toilettes sans serrures, quelques vitres et volets endommagés, cheminée hors service, couverture et literie douteuses.... Malgré tout, le dortoir des muletiers était au complet ce soir-là. Les grelottements de quelques alpinistes novices rythmaient de temps à autre notre sommeil. 

Certains guides de montagne sondés par L’Economiste ne se sont pas montrés non plus très élogieux sur les prestations rendues aux résidents. La qualité des repas laisse à désirer. Et lorsque vous vous risquez de faire une réclamation ou une demande de service, l’établissement y reste indifférent.

Le CAF en est le propriétaire mais pas le gestionnaire. L’association alpine  est la première à en payer le prix. Et ce, au même titre que le tourisme de montagne, l’économie nationale et l’image du pays auprès des visiteurs.

 

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