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Education: «Quand les élèves s’entendent bien…»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5153 Le 22/11/2017 | Partager
Revaloriser les partenaires/coéquipiers et les méthodes qui exigent la communication
Puis prendre l’initiative de résoudre les désaccords
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Jeffrey Mo est analyste à l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE). Il a intégré l’équipe PISA (Programme international pour le Suivi des Acquis des élèves) depuis août 2016. Il a obtenu une licence en biochimie et chimie à l’Université de Calgary au Canada, son pays natal, un master en ingénierie chimique au MIT, le Massachusetts Institute of Technology (l’Institut de technologie de Massachusetts) et un master en économétrie et économie mathématique à la LES (London School of Economies). Il a aussi travaillé au sein de l’équipe de migrations internationales à l’OCDE. Il est l’auteur principal du rapport PISA sur la résolution collaborative de problèmes chez les élèves âgés de 15 ans (Ph. OCDE)

- L’Economiste: Qu’attendez-vous des élèves en adoptant la notion de la résolution collaborative de problèmes?
- Jeffrey Mo:
Dans cette investigation, nous avons voulu savoir si les élèves peuvent travailler en groupe pour résoudre des problèmes. Donc, au-delà de leurs attitudes envers la collaboration (s’ils aiment le travail en équipe, ou s’ils valorisent les préférences d’autrui), nous avons mené une enquête sur leur compétence à faire quelque chose ensemble. Pour «réussir» à cette épreuve, il faut rester conscients des dynamiques de groupe et s’assurer que les membres agissent conformément aux rôles qui leur ont été confiés. Puis prendre l’initiative de résoudre les désaccords et les conflits tout en identifiant les cheminements efficaces et en suivant les progrès accomplis sur la voie de la solution. Ces tâches sont plutôt associées à l’aspect collaboratif et «dynamique du groupe» du test. Il faut aussi résoudre le problème. Nous avons encadré trois compétences liées à l’aspect collaboratif de l’évaluation: établir et maintenir une interprétation (du problème et de la situation) commune, agir pour résoudre le problème et établir et maintenir l’organisation de l’équipe. Il y a aussi quatre processus de résolution de problèmes, qui sont aussi présents dans la résolution individuelle de problèmes: exploration et compréhension,  représentation et formulation, planification et exécution puis suivi et réflexion.

- En quoi ce dispositif favorise-t-il la démarche d’investigation chez l’élève?
- Les élèves ont répondu aux questions de l’évaluation sur l’ordinateur. Au lieu d’interactions entre deux personnes (deux êtres humains), chaque élève a participé aux situations collaboratives avec deux agents simulés (i.e. des programmes informatiques). Cela nous a permis de  rendre l’évaluation indépendante des relations qui existaient déjà entre les élèves. Sinon, deux élèves qui s’entendent bien pourraient résoudre bien le problème, mais il pourrait y avoir beaucoup de désaccords chez deux élèves qui s’entendent mal, tandis que nous nous intéressons à la compétence de chaque élève à collaborer. De même, un élève pourrait accomplir plus avec un autre élève qui collabore bien, mais pourrait être empêché par un partenaire qui n’aime pas ou ne sait pas collaborer.  Cela nous a permis aussi d’éviter des problèmes de coordination de réponses et d’organisation du temps entre deux élèves, dans une situation où il n’y a qu’une certaine limite de temps pour l’évaluation. Puis de noter la performance de chaque élève d’une manière vite et efficace. Donc, avec un dispositif informatique, on peut mieux évaluer les compétences en résolution collaborative de problèmes chez les élèves.

- Quelles sont les méthodes les plus appropriées pour conduire les élèves à l’autonomie?
- Notre rapport est une investigation sur les compétences des élèves de travailler en groupe, pas tout seul en autonomie. Les résultats de notre rapport PISA 2012 (paru en 2014) «Individual Problem Solving» (la résolution individuelle de problèmes) s’appuient sur l’autonomie. Il est évident qu’il y a des choses que les élèves doivent faire et maîtriser individuellement. Par exemple, ils devraient être capables de rédiger une lettre de réclamation ou de comprendre et d’expliquer un tableau ou un histogramme sans l’aide d’autres personnes. Ce qui est nouveau dans cette étude, et ce qui devient de plus et plus important dans notre monde globalisé, c'est le travail en groupe. C’est la première enquête à l’échelle internationale qui examine la compétence des élèves de travailler en groupe et de prendre en compte ce que disent, pensent et veulent leurs partenaires/coéquipiers.
 
- Quels sont les réaménagements à introduire dans la formation des enseignants?
- Jusqu’à maintenant, dans la plupart des pays, il n’y a pas de programme d’enseignement qui porte de manière élaborée sur la résolution collaborative de problèmes. C’est une aptitude que les élèves développent pendant qu’ils suivent d’autres cours, par exemple l’éducation physique et les sports en groupe, ou le travail en groupe dans les cours plus académiques comme les sciences et les mathématiques. Mais peut-être il faut développer un programme d’enseignement avec des étapes importantes ou les compétences désirées chez les élèves. A Singapour, par exemple, il y a un cours que doivent suivre tous les élèves âgés d’environ 16 ou 17 ans, où ils travaillent en groupe et achèvent un projet de synthèse et d’application de leurs connaissances.  Nous avons remarqué aussi que certaines méthodes d’apprentissage sont liées aux attitudes envers la collaboration chez les jeunes, en particulier les méthodes qui exigent la communication entre élèves. Enfin, les élèves sont plus performants quand ils déclarent que leurs enseignants les traitent d’une manière équitable (par rapport aux autres élèves) et quand ils disent que leurs enseignants ne les insultent jamais ou presque jamais (devant les autres élèves). Les professeurs devraient se conduire d’une manière équitable et respectueuse envers leurs élèves.

Recommandations

- La performance en résolution collaborative de problèmes est au plus haut parmi les élèves qui suivent les cours d’éducation physique une ou deux fois par semaine.
- L’utilisation de l’Internet, des chatrooms (forums de discussion), et des réseaux sociaux est liée aux compétences en résolution collaborative de problèmes et, en particulier, aux compétences qui sont propres à ce domaine (et ne sont pas partagées avec les trois principaux domaines PISA (sciences, compréhension de l’écrit et mathématiques).

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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