Justice

Spoliation des biens immobiliers
«Une guerre des nerfs pour freiner les enquêtes»

Par L'Economiste | Edition N°:4208 Le 07/02/2014 | Partager
La lutte de présumées victimes marocaines et étrangères
Plus d’une centaine de dossiers répertoriés
Le rôle décisif de l’Elysée

«Sur une centaine de dossiers que nous avons traités, plus de 80% sont au point mort», déclare Stéphane Vabre, secrétaire général de l’Association pour le droit et la justice au Maroc 

Secrétaire général de l’Association pour le droit et la justice au Maroc, Stéphane Vabre s’est spécialement déplacé de France pour assister aux plaidoiries de l’affaire Dr Brissot (voir p. 32). Un dossier qui a donné lieu à «un procès phare» et que l’ambassade de France suit de très près. Dans cet entretien, le porte-parole de cette association de droit français revient sur le profil des victimes recensées, leurs moyens d’action et les rouages d’une machine impitoyable. Etrangers et Marocains résidents à l’étranger font face aujourd’hui à une sourde résistance. L’Etat prendra-t-il vraiment ces dossiers en main?

- L’Economiste: Pourquoi avoir créé l’Association?
- Stéphane Vabre: Même si ma famille est victime de spoliation, l’idée de l’Association n’est pas survenue à cause de mon dossier. Elle a émergé en 2011 vu que des cas similaires n’aboutissaient pas auprès de la justice marocaine. Parallèlement, le cabinet de Me Vivianne Sonnier traitait beaucoup de dossiers de spoliation. Nous avons pris contact avec ce cabinet ardéchois. Les dossiers ne sont pas traités à la minute par nos juristes. Après examen, ils sont transmis aux avocats (cabinet Sonnier) et Me Massoud Leghlimi du barreau de Casablanca pour instruction ou une éventuelle action en justice.
L’association que préside Alexandro Segara a été créée en 2012. Les adhérents doivent s’acquitter cependant d’une cotisation annuelle de 100 euros. Je tiens à souligner que nous sommes une association apolitique et à but non lucratif.

- Qui sont ces personnes qui se présentent comme des victimes?
- Les victimes sont généralement des Français, des Espagnols, des Suisses et des Marocains résidents à l’étranger (MRE). Environ une centaine de dossiers ont été répertoriés chez nous. Mais il y en a en réalité beaucoup plus. Nous avons le cas du MRE qui a travaillé toute sa vie pour se payer une retraite tranquille dans son pays d’origine. Mais qui se retrouve spolié par un tour de passe-passe. Ce sont des personnes qui subissent finalement une double peine: l’expatrié qui est illégalement exproprié. Nous avons aussi le cas d’une entreprise spoliée. Certains noms présumés impliqués sont récurrents dans des affaires ayant pour lieu Marrakech et Tanger. Ce qui est sûre, c’est que certaines personnes sont à la tête de réseaux et que des groupuscules existent en parallèle. C’est finalement une mécanique dont chacune correspond à un rouage particulier. Le but étant de jouer avec les nerfs des victimes et de freiner l’enquête sur le dossier. C’est une tactique de l’usure où l’Etat ne répond pas ou répond à côté.

- Votre cause allait-elle être entendue sans l’intervention de l’Elysée?
- Le rôle joué par les autorités françaises a pesé. L’Association s’est adressée au ministère français de la Justice. La garde des sceaux nous a officieusement recommandé de nous orienter vers le ministère des Affaires étrangères. Nous attendons toujours une réponse de sa part. En attendant,  nous sommes en contact avec le magistrat de liaison à Rabat. Il est question de placer un tuteur derrière chaque personne nécessitant un soutient.

- Qu’est-ce qui justifie votre présence à l’audience et qu’attendez-vous de la justice marocaine?
- Je suis venu en tant qu’observateur. Même si c’est la première fois de ma vie que j’assiste à une audience. L’affaire du Dr Brissot est symbolique pour nous. C’est une pierre de plus à l’édifice. Un compte rendu sera établi par notre association.  Nous nous attendons à ce que la justice fasse son travail. Il y a beaucoup de personnes qui aspirent à ce que leur dignité leur soit rendue au même titre que leurs biens.

 

Propos recueillis par Sarrae BOUAYAD

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc