l'Economiste
Edition N° 3867 du 14/09/2012

Criminalité
Comment se font les arnaques en ligne?
Points: 
Gros gains, loterie, SOS… comme appât
L’argent subtilisé estimé à 3 milliards de dollars
Comment éviter d’être victime d’un abus
3867
14-09-2012

Ils vous l’annoncent tel quel et avec des fautes d’orthographe très suspectes: «A l’occasion de la fête de nouvelle an 2012, la compagnie Heineken Beer a effectué un tirage au sort sur les adresses mails... Vous avez été retenue par sélection informatique et vous faites partie des heureux gagnants de 80.000 euros…». Eux, ce sont les arnaqueurs du Web et qui, comble de l’imposture, font valoir le parrainage de Bill Gates! Pour appâter leurs victimes, ils leur livrent une référence et un code pour retirer leur gain auprès… d’un avocat! Le tout via internet. «Pour les besoins de procédure», les escrocs invitent leurs cibles à remplir un formulaire (nom, adresse, emploi, âge, numéro de téléphone…). En moins d’un mois, L’Economiste a reçu plusieurs e-mails de ce genre. Dans d’autres cas, des parlementaires ont vu cette fois-ci leurs boîtes électroniques piratées. Des e-mails «appelant au secours» sont envoyés aux proches pour demander leur aide financière. Ce type de procédé est connu par «l’arnaque à la nigérienne ou le Scams 419 en allusion à un article du code pénal nigérian qui incrimine de tels actes. Bien avant  l’arrivée d’internet, les Nigérians utilisaient le fax et le courrier postal pour cette même imposture. Cette pratique s’est développée après au Ghana puis plus récemment en Côte d’Ivoire. En 2009, un rapport du FBI a estimé le montant de ses arnaques à 3 milliards de dollars», précise Ali El Azzouzi, expert en sécurité informatique et auteur d’un ouvrage sur «la Criminalité informatique au Maroc». 
En 2007, une dame qui se présentait comme la nièce d’un ambassadeur au Canada proposait ses services pour «obtenir les papiers d’immigration». «Beaucoup d’internautes marocains ont mordu à l’hameçon. A tel point que la DGSN (police nationale) a diffusé un communiqué pour alerter les citoyens…», se rappelle El Azzouzi.
Comment réagir face à un e-mail douteux?
Premier réflexe, ne surtout pas répondre à l’annonce, au risque de voir vos données personnelles abusivement utilisées. Secundo, dénoncez les imposteurs via des alertes postées sur les réseaux sociaux et s’adresser au moteur de recherche pour être assisté en cas de piratage.  Des sites s’activent par ailleurs à dénoncer ces pratiques illégales. Escrocs.net par exemple met à la disposition du public toute une liste d’emails douteux ou de fraudeurs avérés, informe sur les techniques d’arnaques.... Ses concepteurs indiquent que «l’immense majorité des correspondances proviennent d’Afrique francophone et particulièrement de la Côte d’Ivoire». Il y a un préjugé à mettre à plat. Les fraudeurs sévissent de partout y compris à partir du Maroc. «En Zambie, on reçoit également des emails du Maroc notamment. Souvent les fraudeurs demandent que l’argent leur soit envoyé par un canal des plus légaux, à savoir les sociétés de transfert de fonds», déclare le représentant de l’Autorité de la concurrence zambienne, Brian Lingela, lors de la 4ème rencontre annuelle sur la protection du consommateur tenue du 11 au 13 septembre à Rabat. En Afrique, les escroqueries financières s’appuyant sur les nouvelles technologies empruntent visiblement plusieurs voies. Les Sénégalais reçoivent, eux, des SMS. «Les arnaqueurs les envoient souvent de pays étrangers via de faux numéros. Ceci rend encore plus difficile leur localisation. D’où l’importance de la sensibilisation qui reste le meilleur moyen de lutte contre ces pratiques», selon l’expert sénégalais Momar Ndao. La police française, elle, n’hésite pas à parler de «groupes organisés» originaires d’Europe de l’Est notamment. Ils disposent de «connaissance technique avérée» et de relais sur le terrain permettant «d’ouvrir des comptes sous de fausses identités ou de percevoir les montants en cash» auprès des agences de transfert de fonds. Le gouvernement français a même créé un site pour signaler les courriers et sites internet d’escroquerie (www.internet-signalement.gouv.fr).

Gare aux ambitions!

Au Maroc, les statistiques ne sont pas si détaillées pour donner une idée sur le volume des escroqueries financières via internet. Infraction qui pourrait être intégrée a priori dans la rubrique «criminalité financière». A fin août 2011, le ministère de la Justice a recensé 172 grosses affaires et 8.000 autres de petite délinquance financière.
El Azzouzi, expert en sécurité informatique, précise que les fraudeurs ont recours «à une ingénierie sociale» ciblant des personnes généralement pas très averties sur les dangers du web ou exploitent les ambitions personnelles de leurs victimes: immigrations, mariage, investissement…

Faiçal FAQUIHI

Légende Image: 

Les escroqueries financières via internet pèsent-elles sur le e-commerce? L’enquête annuelle de collecte des indicateurs TIC révèle l’existence d’un manque de confiance numérique. Publiée en mai 2012 par le régulateur télécom (Anrt), elle constate que seuls 4% des internautes ont réalisé des achats en ligne en 2011 et qu’une grande partie des usagers «n’ont pas confiance dans les moyens de paiement»

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