Entreprise Internationale

Une cotation record pour le suisse Glencore

Par L'Economiste | Edition N°:3534 Le 20/05/2011 | Partager
La firme de négoce en matières premières valorisée à 60 milliards de dollars
Glencore, un acteur majeur de la spéculation

GLENCORE, une compagnie de négoce de matières premières basée en Suisse, a été valorisée à 60 milliards de dollars à la suite de son introduction en bourse annoncée jeudi.
Le géant helvétique a fixé son entrée officielle le 24 mai prochain à la Bourse de Londres à une valeur de 530 pence (8,57 dollars) par action et à 66,53 dollars Hongkongais (8,56 US) à la Bourse de Hong Kong. Le placement simultané à Londres comme marché principal et Hong Kong en tant que place de négoce secondaire a constitué une première mondiale. Une opération qui va donc lui permettre de lever 11 milliards de dollars (87 milliards de dirhams) par l’ouverture de 20 % de son capital. Il s’agit ainsi de la plus importante introduction en Bourse cette année. Cette cotation détrône l’entrée en bourse record de la compagnie pétrolière Rosneft en 2006. Elle avait ainsi procédé à une ouverture de 15 % de son capital et permis la récolte de 10,7 milliards de dollars.
La firme a été fondée à Baar en Suisse par le richissime homme d’affaires américain d’origine belge, Marc Rich. Il a débuté sa carrière controversée en versant des commissions occultes à Saddam Hussein, lors du programme «Pétrole contre nourriture». Un programme qui visait à satisfaire les besoins humanitaires du peuple irakien après la première Guerre du Golfe.
La multinationale emploie environ 57.000 personnes. Elle a généré en 2010 un chiffre d’affaire de 145 milliards de dollars et détient des actifs d’une valeur supérieure à 79 milliards. Cette introduction en bourse est donc l’aboutissement final d’une hégémonie planétaire de Glencore sur les différentes matières premières. La société a la main mise sur plusieurs secteurs importants, un peu partout dans le monde. Elle contrôle une partie des mines d’étain en Bolivie, du zinc au Kazakhstan, des mines de cuivre zambienne, du pétrole angolais et, d’une manière plus importante, de production de blé en Russie. Une intégration verticale de ses activités à travers le négoce dans une multitude de domaines. La firme posséderait ainsi près de 300.000 hectares de terres et serait l’un des plus grands exploiteurs agricoles dans le monde. Le pouvoir spéculatif que détient Glencore sur les marchés céréaliers est d’une importance majeure. L’exemple des graves feux de forêts qu’a subi la Russie l’année dernière étaye cette thèse: Moscou avait en effet interdit l’exportation de céréales suite à cette catastrophe et la décision avait été poussée par le représentant de la branche russe de Glencore, qui a mis pression sur le gouvernement afin de confirmer cette interdiction. Cet incident a donc fortement bénéficié à la compagnie suisse, sachant que le prix des céréales a augmenté de 15% en deux jours à cette époque. D’autant plus que cette spéculation demeure très controversée, surtout en période critique, suite à la flambée des prix des matières premières dans le monde.
Le 12 mai dernier, la Cour européenne de Bruxelles a mis à l’ordre du jour une affaire d’association de malfaiteurs et de corruption visant Glencore. Outre la manipulation des prix des denrées alimentaires, la compagnie est accusée de délit d’initié, de violation de la loi dans plusieurs pays et de l’obtention illégale de renseignements confidentiels, à propos des subventions à l’exportation européenne. Reste à savoir si ces affaires vont compromettre le projet de cette introduction en Bourse.

Amine EL HASSOUNI

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