International

COP24: Les climatologues tapent du poing sur la table

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5404 Le 04/12/2018 | Partager
Ils se réunissent en Pologne pendant deux semaines
Objectif: définir les règles d’application de l’accord de Paris
Des enjeux pour le Maroc
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Trois ans après la signature de l’accord de Paris, les représentants de plus de 200 pays (dont le Maroc) se retrouveront du 3 au 14 décembre 2018 à Katowice, en Pologne, pour la 24e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP24). Ce cycle de négociations a pour priorité d’entériner les règles et procédures de mise en œuvre de l’accord de Paris, lequel vise à limiter le réchauffement à +2 °C, idéalement +1,5 °C, par rapport à l’ère pré-industrielle.

«Nous n’allons pas du tout dans la bonne direction pour freiner le changement climatique», a mis en garde le secrétaire général de l’ONU à l’ouverture du sommet climat. Le Premier ministre de Fidji, Frank Bainimarama, président de la COP23, a tenu aussi à souligner l’urgence de l’action. Selon le récent rapport des scientifiques du Giec, pour rester sous les +1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de près de 50% d’ici à 2030 par rapport à 2010 (voir aussi notre édition N° 5401 du 29/11/2018, «Les scénarios climatiques sont plus sombres»).

Comme le reste des pays du Sud, les dirigeants de pays particulièrement vulnérables espèrent que la communauté internationale rehausse rapidement ses ambitions de réduction de gaz à effet de serre. Mais ils devraient également rappeler au Nord sa promesse de porter d’ici 2020 les financements consacrés aux politiques climatiques des pays en développement à 100 milliards de dollars par an.

Alors que cette question des financements Nord-Sud pèse régulièrement sur les négociations, la Banque mondiale a annoncé une mobilisation d’environ 200 milliards de dollars de 2021 à 2025 pour l’aide à la réduction des émissions et à l’adaptation au changement climatique, soit un doublement par rapport à la période précédente.

La Banque africaine de développement (BAD) est présente aussi à la rencontre sur le climat. Le continent africain est l’une des régions au monde les plus vulnérables. En témoigne la sécheresse qui se poursuit cette année en Afrique du Sud ou encore celle qui a sévi en Afrique de l’Est en 2017.

En 10 ans, entre 1995 et 2015, le continent a subi 136 épisodes de sécheresse, dont 77 dans la seule région de l’Afrique de l’Est. Et la situation semble empirer: 2018 sera sans doute la quatrième année la plus chaude du siècle, vient d’alerter l’Organisation météo mondiale (OMM).

Sécheresses, inondations, élévation du niveau de la mer, épisodes climatiques extrêmes qui menacent la sécurité alimentaire des populations, «migrants climatiques»…, la facture du changement climatique se révèle bien élevée pour le continent africain, qui contribue pourtant pour moins de 4 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Le changement climatique amputerait même le PIB de l’Afrique de 1,4 point chaque année.

En marge du sommet du G20 à Buenos Aires (tenus les 30 novembre et 1er décembre 2018), l’OCDE, ONU Environnement et la Banque mondiale ont appelé les dirigeants des pays du G20 à redoubler d’efforts pour permettre une réorientation des investissements vers des infrastructures bas carbone et résilientes au changement climatique et limiter ainsi l’impact de la modification du climat.

Les analyses ont montré que la réorientation des investissements infrastructurels vers des options bas carbone, conjuguée à des réformes structurelles, pouvait accroître le PIB mondial de 5% d’ici à 2050 en plus de faire baisser les émissions. Cela tient entre autres à la réduction des risques de dommages imputables aux événements météorologiques extrêmes.

Selon les chiffres de l’OCDE, les gouvernements dépensent chaque année quelque 500 milliards de dollars pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz, et ils n’exploitent pas suffisamment le levier des dépenses publiques pour favoriser la décarbonation de l’économie en investissant dans les infrastructures bas carbone et l’innovation.

Le Maroc y est

Le Maroc participe à la COP24 à travers une délégation officielle composée notamment de la secrétaire d’État chargée du développement durable, Nezha El Ouafi. Le Royaume a été l’hôte de la COP22, ce qui lui a permis de souligner ses efforts en matière de réduction de CO2. Son engagement pour la lutte contre le changement climatique se traduit notamment par une politique lui permettant de disposer d’une importante infrastructure hydraulique, le Plan national de l’eau, la charte de l’environnement, la diversification du mix énergétique et une politique qui fait la part belle aux énergies renouvelables…

F. Z. T.

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