Culture

La Banque centrale courtise la calligraphie arabe

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
Une exposition au Musée de Bank Al-Maghrib jusqu’au 31 mars 2019
Une collection monétaire datant des Idrissides jusqu’à la dynastie alaouite
L’effigie a fait son apparition avec le Roi Mohammed V
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Pour ces peintres, «la lettre est plus un signe à voir qu’à lire. Le signe est retenu pour son côté scénique et donc gestuel» (Ph. Bziouat)

Le Musée de Bank Al-Maghrib multiplie les initiatives. Après le grand voyageur Ibn Batouta, ce haut lieu de la culture récidive, cette fois-ci, avec une exposition consacrée à la «calligraphie arabe, entre gestuel artistique et textualité monétaire».

Cette manifestation, ouverte au public jusqu’au 31 mars de l’année prochaine, se présente sous deux volets complémentaires: «Les lettres de pouvoir» et «Pouvoir de la lettre». La particularité de cette exposition réside dans le fait de réunir la collection monétaire de Bank Al-Maghrib, qui date de l’époque des Idrissides jusqu’à la dynastie alaouite.

Les lettres figuraient dans des pièces de monnaie depuis cette période reculée de l’histoire du Maroc. L’émergence de l’effigie n’a commencé qu’avec le Roi Mohammed V, avec l’écriture dans le sens calligraphique. Pour Abderrahman Benhamza, commissaire de l’exposition et conseiller artistique de Bank Al-Maghrib, «la figuration de la lettre sur les pièces de monnaie avait comme contenu l’identité politique, sociale et confessionnelle.

Liée dès le départ à la religion, la calligraphie monétaire a toujours été considérée comme l’art le plus élevé de l’Islam. Les textes retenus réfèrent généralement au Coran, Shahada mais aussi aux sultans et rois musulmans sous forme de glorifications lapidaires», indique-t-il. Pour lui, «les styles d’écriture employés revêtent une dimension symbolique».

Au fil des siècles, l’histoire de l’épigraphie monétaire a connu maintes fluctuations comme elle a évolué au plan de la matière, selon les moyens et les lieux de l’émission. La monnaie étant le signe par excellence de l’identité et l’unité politique, c’est normal qu’elle suive le cours des évènements en termes de qualité. C’est normal aussi que le pouvoir régnant lui réserve les soins les plus représentatifs, est-il indiqué. Chaque fois qu’il y a la frappe de monnaie, on cherche des épigraphistes qualifiés pour démarcher l’opération de l’écriture.

En tout cas, par cette opération, Bank Al-Maghrib a voulu présenter le volet monétaire vis-à-vis des calligraphistes. Pour ce conseiller artistique de Bank Al-Maghrib, l’idée est de «réunir les 5 meilleurs tenants de la tendance au Maroc». En tête, Abdallah El Hariri, le premier artiste qui introduit la lettre en tant que signe graphique,. Larbi Cherkaoui, Noureddine Chater, Noureddine Daifallah et Mohamed Boustane. Ils représentent «la fine fleur de la tendance qui expose à l’étranger, particulièrement aux Emirats arabes unis où s’organise, chaque année, la Biennale d’art calligraphique arabe.

Selon lui, l’apport de ces artistes réside dans le fait qu’ils ont brisé les règles canoniques de l’écriture sauf Boustane qui reste dans les normes. Ce sont aussi des «peintres qui ont su introduire la couleur, qui jouent sur les tons et surtout au niveau de l’espace et la manière de gérer la composition de l’ensemble.

Pour eux, «la lettre est plus un signe à voir qu’à lire. Le signe est retenu pour son côté scénique et donc gestuel», est-il indiqué. Noureddine Chater le dira clairement: «Je travaille là où les lettres que je choisis avec d’autres procédés, les pochoirs, le papier marouflé, la gravure… Les lettres ne sont pas à lire, c’est simplement graphique».

Monnayage

Après l’indépendance du Royaume, la monnaie marocaine a connu un nouveau tournant caractérisé par la diversité des dénominations, des formes et des contenus. Les émissions monétaires variaient entre monnaies courantes et pièces commémoratives. Les portraits royaux ont été introduits dans la thématique des monnaies dont la conception fut modernisée, s’éloignant des traditions antérieures. Les écritures orientales sont apparues pour la première fois, notamment le Thuluth, qui devint en premier lieu le plus utilisé sur les monnaies métalliques et les billets de banque, en plus du Naskhi en second lieu. L’utilisation de la calligraphie marocaine devint très rare sur le monnayage de Feu Mohammed V et Hassan II. Ce changement est lié vraisemblablement à la volonté de vulgariser le monnayage marocain avec une écriture  conventionnelle contrairement à celle marocaine dont le déchiffrement est moins facile pour les non-Marocains. Cette pratique d’écriture orientale sur les monnaies est adoptée notamment sous le règne de Mohammed VI jusqu’en 2016 où l’on assiste à la réapparition de la calligraphie marocaine de type Mabsut sur quelques pièces. Le nom de Bank-Al Maghrib est inscrit  également de la même calligraphie sur les billets de banque.

M.C.

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