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Finance verte Le Luxembourg se positionne

Par Catherine KURZAWA | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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La Bourse de Luxembourg est dotée du «Luxembourg Green Exchange» où sont cotées la moitié des obligations vertes de la planète (Edit Press)

En matière d’engagement environnemental, le Luxembourg fait pâle figure. Entre son électricité importée, dont 13% seulement de la consommation est produite sur place - et cela avec à peine 9,25% de sources renouvelables -, et ses volumes élevés de ventes de carburants, dopés par des tarifs plus bas que dans les pays voisins, ce petit pays n’a a priori pas la faveur des défenseurs de l’environnement.
Mais c’est mal connaître le Grand-Duché: il est aussi renommé pour sa place financière et sa propension à innover. Alors, pourquoi ne pas combiner la finance et la protection de l’environnement?
L’Accord de la COP21 de Paris signé fin 2015 prévoit de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. Mais pour y parvenir, il est nécessaire de mobiliser des moyens financiers. Le texte prévoit en effet de mobiliser globalement 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 et un total de 1.000 milliards de dollars à l’horizon 2030.
Et comme l’argent ne tombe pas des arbres et que les investissements publics ne suffisent pas, le Luxembourg a proposé son expertise à travers une «Climate Finance Task Force» mise en place avant la conférence de Paris. «Il était impératif que le secteur privé soit impliqué dès le début», se souvient Marc Bichler, ambassadeur itinérant en charge du changement climatique dans ce petit pays de 600.000 habitants. Partenaires publics et privés se sont donc réunis autour de la table pour créer une boîte à outils verte, qui contient des produits financiers adaptés aux projets de lutte contre le réchauffement climatique. Des obligations vertes aux fonds d’investissement dédiés au développement durable, une véritable gamme de produits thématiques a vu le jour au Luxembourg, qui est devenu rapidement un acteur incontournable de ce nouveau segment de la finance. Sa part de marché s’élève à 39% en Europe en matière de fonds d’investissement responsable, et 61% des actifs sous gestion de ces fonds sont domiciliés au Grand-Duché, selon l’agence de promotion de la place financière luxembourgeoise, «Luxembourg for Finance». 
Une série d’initiatives a vu le jour au Luxembourg dans la foulée de la COP21, avec la création d’un accélérateur de finance climatique, d’une plateforme de financement climatique entre l’Etat luxembourgeois et la Banque européenne d’investissement (BEI), de labels de qualité pour les produits de finance verte et surtout une plateforme boursière dédiée à ces instruments.
Désormais, la Bourse de Luxembourg est dotée du «Luxembourg Green Exchange» (LGX) où sont cotées la moitié des obligations vertes de la planète, pour un total de 100 milliards d’euros (116 milliards de dollars) environ. En deux ans d’activité seulement, le volume en montant des obligations vertes émises a été multiplié par trois et le nombre d’obligations affichées a plus que doublé, avec 220 titres au total. «On anticipe l’avenir», assure Julie Becker, directrice du LGX, qui ne cache pas son souhait que l’ensemble des produits de finance traditionnelle deviennent responsables. «L’avenir de la finance est nécessairement durable et responsable», insiste-t-elle.

A l’ombre des institutions

Actuellement, la finance verte est surtout un produit de niche. Les émetteurs institutionnels comme les banques de développement dominent le marché, à commencer par ceux en provenance d’Europe, juste devant les asiatiques et en particulier les chinois. 
Et puis, la finance verte ce n’est pas qu’un nom, c’est aussi des principes. L’agence de labellisation LuxFLAG a lancé en 2016 un label de qualité pour garantir que les fonds d’investissement consacrent réellement les ressources levées pour la protection du climat. Un an plus tard, LuxFLAG a créé un label identique pour les obligations vertes. 
A la Bourse de Luxembourg aussi, la cotation de produits financiers verts passe par une double phase. «On demande à l’émetteur de nous donner de l’information en amont et en aval de l’émission», résume Julie Becker. En pratique, un tiers indépendant doit remettre un rapport certifiant que les fonds levés serviront à financer un projet climatique. Un autre rapport est demandé à l’issue de l’émission. De quoi faire fuir les émetteurs? Non, à en croire Julie Becker qui se félicite d’avoir «placé la barre le plus haut possible». «Depuis la crise financière, les investisseurs veulent savoir où va l’argent, dans quoi il est investi et quel impact concret sur l’environnement ou d’un point de vue social il va avoir», souligne la responsable. 
Reste qu’aujourd’hui, la cotation d’obligations vertes ne constitue pas une source de revenus complémentaires pour la Bourse de Luxembourg, qui se félicite toutefois d’avoir conforté sa position de pionnier et d’avoir attiré autant d’émetteurs. En tout cas, le Luxembourg revendique sa longueur d’avance en la matière. Car, outre la finance verte, le pays démontre aussi sa proactivité dans la finance socialement responsable et la microfinance.


Histoire, marché mondial...

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  • Histoire: La Banque européenne d’investissement et la Banque mondiale ont été les premières à créer les premières obligations vertes, la BEI ayant émis l’obligation de sensibilisation au climat en 2007 et la Banque mondiale ayant émis son premier emprunt obligataire vert en 2008. 
  • Marché mondial: Le marché des obligations vertes continue de croître à un rythme rapide, passant de l'émission annuelle de 3,4 milliards de dollars en 2012 à 161 milliards de dollars en 2017. Selon les estimations de Standard & Poors, il devra atteindre à fin 2018 les 200 milliards de dollars. Ce qui représente une croissance de 30% par rapport à 2017.
  •  Accord de Paris: Selon la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il faut mobiliser un billion et demi de dollars par an d'ici 2030 afin de respecter les engagements pris lors de la signature de l'Accord de Paris.
  • Le GGBP: Le Global Green Bond Partnership a été lancé en septembre dernier à San Francisco lors du Sommet mondial sur l'action pour le climat. Ce nouveau partenariat soutiendra les efforts d’entités infranationales telles que les villes, les États et les régions, les entreprises et les sociétés privées et les institutions financières pour accélérer l’émission d’obligations vertes. Les membres fondateurs comprennent la Banque mondiale, IFC-membre du Groupe de la Banque mondiale, Amundi, la Banque européenne d’investissement, Climate Bonds Initiative, Ceres, ICLEI - Gouvernements locaux pour le développement durable & Energy (GCoM) et le partenariat mondial pour les stratégies de développement à faibles émissions (LEDS GP).

Par Catherine KURZAWA

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