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Fintech: Comment réinventer la relation banque/start-up

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5399 Le 27/11/2018 | Partager
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Kamal Mokdad, directeur général du groupe BCP, en charge de l’International: «La collaboration avec ces nouveaux partenaires vise à repérer, co-construire et déployer des solutions innovantes répondant aux cinq problématiques métiers-clés, ainsi qu’aux besoins évolutifs de la clientèle, aussi bien au Maroc que dans nos filiales subsahariennes» (Ph. BCP)

- L'Economiste: En tant qu'acteur financier, comment faites-vous face au changement des attentes et usages des clients ou encore  à l'évolution d'un contexte compétitif?
 - Kamal Mokdad:
Nous assistons à l’émergence de nouveaux acteurs tels que les start-up ou les opérateurs télécoms, qui concurrencent les acteurs financiers traditionnels sur leur cœur de métier, voire qui s’approprient le lien avec les clients. Dans ce contexte, le digital et notamment le mobile banking constituent un réel vecteur de rapprochement entre nos deux mondes. Nous estimons à la BCP qu’il serait contre-productif, pour un métier de services comme le nôtre, de nous inscrire dans une pure logique de compétition. Nous privilégions plutôt une relation agile et différenciée de coopération-compétition, nous inscrivant de fait dans la tendance dominante au niveau mondial consistant à faire des Fintech des partenaires des banques. Nous voyons ainsi cette transformation du paysage financier comme une opportunité parce que nous pensons travailler d’une manière intelligente avec ces acteurs en développant une relation structurée et vertueuse.

- Quelles sont les marges de manœuvre dont vous disposez par rapport à ces nouveaux acteurs?
 - En tant qu’acteur bancaire, nous avons une importante carte à jouer car nous maîtrisons le métier bancaire et mettons en place plusieurs processus, souvent complexes et sans cesse améliorés, pour nous conformer aux exigences réglementaires et prudentielles et, partant, protéger nos déposants. Nous disposons également d’agréments et de savoir-faire éprouvé pour exercer plusieurs activités qui ne peuvent être opérées du jour au lendemain par ces nouveaux acteurs.

- Prévoyez-vous une évolution de votre modèle bancaire?
 - Nous engageons régulièrement des réflexions sur l’évolution de notre modèle bancaire. Nous sommes par exemple en train de déployer un réseau basé sur un nouveau schéma directeur de distribution, plus proche de nos clients. Nous avons également lancé avec les opérateurs télécoms, depuis plusieurs années maintenant, un ensemble de services innovants adaptés aux contextes locaux et destinés au renforcement de l’inclusion financière ainsi qu’à l’optimisation de l’expérience client en général. Plus récemment au Maroc, et après le parcours digitalisé «jedeviensclient.ma» pour l’ouverture d’un compte en ligne, nous venons de mettre en place un nouveau parcours de crédit immobilier entièrement digitalisé, «jedeviensproprietaire.ma» qui permet au client d’obtenir un accord de financement sur simple demande digitale.

- Comment percevez-vous la collaboration avec les start-up?
- La logique de collaboration est similaire avec les start-up, sauf qu’elle est plus récente et nécessite davantage d’apprentissage de part et d’autre, car il s’agit d’acteurs de taille plus réduite, ayant une autre démarche de travail, une culture et des enjeux différents. Le groupe BCP connaît actuellement une réelle transformation où le digital joue un rôle majeur. Afin d’accompagner cette dynamique, la nourrir et l’accélérer, nous avons décidé de nous ouvrir aux sources d’innovation externes, avec une démarche de fonctionnement spécifique. Quand je parle de fonctionnement, ceci s’étend depuis la phase de réflexion/brainstorming, pour définir le besoin, jusqu’à la phase de conception de la solution et de son implémentation. C’est pour cela que nous avons décidé d’intégrer, dans notre écosystème de partenaires, les start-up les plus innovantes pour une relation gagnant-gagnant.

- Quelles sont les options de partenariat qui se profilent?
- Cette relation peut prendre plusieurs formes et se situer à différents niveaux de partenariat. Un premier niveau où la relation est basée sur une logique client-fournisseur, avec des start-up qui fournissent des solutions prêtes à l’emploi et personnalisées à la marge. Un deuxième niveau où la relation est basée sur la co-construction, et où toute la collaboration banque/ start-up prend du sens car les deux parties s’enrichissent mutuellement et apprennent l’une de l’autre. Enfin, un troisième niveau où nous réalisons que les synergies entre les deux acteurs sont fortes et touchent un maillon central de la chaîne de valeur bancaire. Dans ce cas, l'on pourrait sceller notre partenariat à travers une prise de participation capitalistique en prenant plusieurs précautions afin de ne pas impacter le fonctionnement de la start-up et son identité, qui constituent des facteurs de son succès. Le Fintech Challenge que nous avons lancé au niveau du groupe BCP s’inscrit plus dans le deuxième niveau de partenariat et pourrait, pour certaines start-up retenues, basculer vers le 3e niveau si la situation s’y prête. Un cas concret de collaboration de deuxième niveau que nous avons récemment mené est celui qui a abouti au lancement du ChatbotAry dans le réseau Banque Atlantique avec la start-up Smartly, avec laquelle la relation se poursuit.

- Quels sont les challenges dans ce type de collaboration avec les start-up?
 - Pour les challenges de la collaboration banque/start-up, plusieurs ont déjà été identifiés et je pourrais citer quelques-uns: adapter nos procédures d’achat à des acteurs comme les start-up, adopter une culture davantage entrepreneuriale et un changement de l’état d’esprit général afin d’être alignés avec nos partenaires et accélérer la création de valeur. Nous parlons ici de réinventer un mode de réflexion et de fonctionnement et apprendre de notre écosystème. Ceci ne peut fonctionner que si nous admettons que malgré toute l’expérience et l’expertise que nous avons, nous pouvons continuer d’apprendre au contact de ces partenaires. Ceci dit, tout comme les banques doivent adopter des processus plus souples pour les Fintech, les Fintech doivent à leur tour s’investir dans la maîtrise du contexte réglementaire et dans l’amélioration de leur mode de gouvernance.

Propos recueillis par Modeste KOUAME

 

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