Economie

L’INDH met à niveau son logiciel

Par Mohamed BENABID | Edition N°:5393 Le 15/11/2018 | Partager
Réorientation vers son cœur stratégique: le développement humain
Des batailles gagnées et des biais de jeunesse
Etre à l’écoute des «signaux faibles»
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Entre 2001 et 2014, les inégalités mesurées par le coefficient de Gini ont légèrement diminué, mais pas dans toutes les régions. Au contraire,  elle se sont accrues dans certaines régions comme dans les provinces du Sud, Drâa Tafilalet, l'Oriental notamment

Lancée en 2005, l’INDH aura été sans aucun doute l’un des plus grands laboratoires d’ingénierie sociale du Maroc. L’Initiative est entrée dans les mœurs et le sentiment de son utilité dans la lutte contre les disparités est largement admis. Elle impressionne par les montants engagés, près de 10 milliards de DH pour la première phase (2006-2010) et près du double pour la seconde (2011-2015).

Par les retombées avérées:   le taux de pauvreté dans les communes ciblées par l’INDH a diminué de 36 à 21% selon une enquête du HCP menée en 2011. L’ONDH fera un constat similaire en 2013 faisant valoir pour la période 2008-2013 «Une augmentation de 21% des revenus moyens des ménages dans les communes rurales ciblées, contre 5% seulement dans celles non ciblées».

Il y a un mais cependant… sur un sujet multidimensionnel par excellence, difficile d’esquiver les trappes où s’engouffrent les populations vulnérables. Les efforts de l’INDH, pour ainsi dire si remarquables soient-ils, n’ont pas permis de faire frémir le développement humain. Le Maroc stagne au rang peu valorisant de 129e  (sur 179) pour l’Indicateur de développement humain (IDH).

Pour corriger les biais de jeunesse, le système engage une réorientation stratégique conforme aux discours royaux. Celle-ci sera au cœur de la phase 3 du programme qui insiste sur le centrage vers les composantes clefs du développement dans sa dimension humaine: éducation, santé, employabilité...

La logique sera celle du service et d’une perspective de software plus que de hardware pour reprendre les propos d’une source proche du dossier. Les pouvoirs publics ont fait leur auto-critique sur le front de l’efficacité. Le développement d’infrastructure a pris le dessus sur le développement humain (qui reste pourtant l’objectif central de l’Initiative). Tout particulièrement dans le milieu rural où les questions de raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité, de route ont englouti une grande part des ressources. Ce cahier des charges est dévolu aux projets de développement territoriaux que l’INDH peut appuyer, accompagner, mais pas financer, car ce n’est pas son rôle.

Face à un tel challenge, pas de place à l’angélisme. Il faudra en finir avec la politique sociale du chéquier et concentrer les efforts sur les leviers transformateurs. 

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De 2001 à 2014, la réduction de la pauvreté a été sensible. La pauvreté extrême a été éradiquée. La pauvreté monétaire(1) a baissé à 4,8% et la vulnérabilité(2) à 12,5%
(1) Part de la population dont la consommation par habitant est inférieure au seuil de pauvreté national. En 2001, le seuil de pauvreté était fixé à 3.679 DH dans les zones urbaines et à 3.425 DH dans les zones rurales.
(2) Part de la population dont la consommation par habitant se situe entre le seuil de pauvreté et une fois et demie ce seuil.

L’INDH ne change pas radicalement son ADN. Le caractère participatif qui a été un marqueur de l’INDH, depuis sa création, n’est pas abandonné. C’est l’une des forces des programmes dits de développement par la communauté où celle-ci est impliquée dans les différentes phases tant de planification, de décision, de gestion que de mise en œuvre. En s’appuyant sur le triptyque des acteurs publics, privés et ONG.

L’INDH se déleste dans la foulée d’un de ses autres concepts fondateurs, le ciblage géographique. Cadrer cette focale du moins ne faisait plus sens, les interventions de l’INDH n’ayant pas convaincu dans leurs perspectives spatiales, les aides n’ayant pas ciblé systématiquement les régions où les besoins étaient les plus criants. Une jurisprudence qui fait résonner en écho un autre programme social, le Ramed, ayant buggé en partie sur la question du ciblage.

Désormais les efforts de l’INDH se concentreront sur le ciblage social: les populations vulnérables. Ce recadrage permettra dans la foulée de préparer le registre social unique. La coordination avec d’autres programmes de développement du territoire ne sera pas négligée pour autant, mais plus dans un rôle d’accompagnateurs ou d’ingénierie sociale que de bailleurs de fonds.

Autre chantier majeur qui va être engagé, celui de la révision du système d’information de l’INDH. Il portera à la fois sur la production de données, avec un plus grand recours aux géodonnées tout particulièrement, pour améliorer le pilotage, le suivi et l’évaluation. Un réajustement bienvenu si les différents échelons de gouvernance INDH (comité local de développement,  instance de gouvernance provinciale ou préfectorale, comité interministériel stratégique de développement humain) arrivent à capitaliser dessus et travailler en symbiose. Il en va de la qualité d’intervention, mais aussi d’anticipation des besoins. 

Même si le débat ne sera jamais tranché sur la nature réelle de leurs déclencheurs, des crises comme à Al Hoceïma ou Jerada plaident pour une meilleure prise en compte des «signaux faibles». Ce que l’INDH promet d’intégrer en peaufinant sa capacité d’apprentissage organisationnel.

M.B.

 

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