Economie

L’Afrique se lève contre les accidents de la route

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5392 Le 14/11/2018 | Partager
26,6 tués pour 100.000 habitants
Et des pertes entre 7 et 22% du PIB par habitant, le bilan du fléau dans le continent
Le forum sur la sécurité routière veut mobiliser les pays pour une lutte commune
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Les acteurs marocains de la sécurité routière exposent leur savoir-faire en marge du 1er forum sur la sécurité routière. Ci-dessus, la protection nationale présentant ses dispositifs au chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani à l’inauguration du forum (Ph. Mokhtari)

«Levez la main si vous croyez que le continent africain pourra relever le défi de la sécurité routière». C’est avec cet appel que le 1er forum africain de la sécurité routière sous le haut patronage royal a démarré ses travaux qui se poursuivent à Marrakech jusqu’au 15 novembre.

Organisé par le ministère de l’Équipement, du transport, de la logistique et de l’eau et le Comité national de prévention des accidents de la circulation en partenariat avec le programme des politiques de transport en Afrique, l’événement a rassemblé près de 800 participants de 50 pays africains.

L’enjeu est de taille pour le continent qui est au plus bas de l’échelle en matière de sécurité routière comme le rappelle le chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani, invité à l’inauguration de ce forum continental. «Il est grand temps d’aller vers plus d’actions pour immuniser nos sociétés de ce fléau».

Les accidents de la route ne sont pas seulement des morts mais aussi des blessés et des familles détruites, rappelle le ministre de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, Abdelkader Amara. Et c’est contre ce statu quo que tous les pays africains doivent se mobiliser, appelle-t-il.

Le témoignage poignant de Zoleka Mandela, petite-fille de Nelson Mandela, ambassadrice de la sécurité routière auprès de la fondation de la FIA, mais aussi maman d’une victime des accidents de la route a d’ailleurs ému les 800 participants de ce premier forum pour la sécurité routière.

«J’ai perdu ma fille alors qu’elle avait 13 ans à cause d’un chauffard ivre. Vous ne pouvez imaginer la douleur de tous ceux qui vivent le même drame chaque heure dans le continent». Si les routes continuent de tuer 1,25 million de personnes par an, les pays à faible revenu, notamment en Afrique en font plus les frais. Selon l’Organisation mondiale de la santé, un fossé profond sépare toujours les pays à revenu élevé des pays à revenu faible ou intermédiaire. Dans ces derniers, on compte 90% des décès dus aux accidents de la circulation alors qu’ils ne comptent que 54% des véhicules en circulation dans le monde.

En Europe, surtout dans les pays les plus riches, on enregistre le plus faible nombre de tués sur les routes par habitant, soit 6 tués pour 100.000 habitants. L’Afrique, quant à elle, enregistre les taux les plus élevés, soit 26,6 tués pour 100.000 habitants. Normal: la moitié des décès sur la route touchent les usagers qui sont le moins protégés : les motocyclistes (23%), les piétons (22%) et les cyclistes (4% selon l’Organisation mondiale de la santé.

Et c’est en Afrique que le pourcentage de morts piétons et cyclistes est le plus élevé (43% des victimes de la route) contre 26% en Asie du sud-est et 30% en Europe. Le taux de décès va en s’aggravant. Selon les prévisions de l’OMS, le nombre de décès sur les routes devrait augmenter de 112% passant de 243.000 en 2015 à 514.000 en 2030. Les routes et les accidents tuent beaucoup plus que le paludisme et le VIH, traités comme les plus grands problèmes du continent.

Sur le plan économique, l’impact des accidents routiers est tout aussi important. Pour les pays qui n’investissent pas dans la prévention des accidents de la route, le manque à gagner s’élèverait entre 7 et 22 % du PIB par habitant sur une période de 24 ans.

Une estimation qui appelle les responsables publics à prioriser la sécurité routière et à y consacrer des investissements à l’efficacité éprouvée, indique Franz Drees-Gross, directeur du département de transport à la Banque mondiale. Ce sont les actifs (15-64 ans) et, parmi eux, en particulier, les plus jeunes, qui payent le plus lourd tribut aux accidents de la circulation en termes de mortalité et d’invalidité permanente.

C’est parti pour l’observatoire africain

Le lancement d’un observatoire africain régional de la sécurité routière (Arso) sera une des principales annonces à l’issue du 1er forum africain de la sécurité routière. Cet observatoire sera soutenu par la Banque mondiale, l’ITF, la Fédération internationale de l’automobile. Le Maroc, pays initiateur de l’idée se propose d’abriter cet observatoire. L’Arso aura notamment pour mission de soutenir les efforts déployés par les pays africains pour réduire les accidents mortels liés au transport routier. Pour ce faire, il collectera, analysera et partagera systématiquement des données fiables sur ces accidents. Il sera également un baromètre pour suivre de manière critique les progrès réalisés en matière se sécurité de chaque pays membre. Cet observatoire bénéficiera aussi de financement notamment de la Banque mondiale qui finance des observatoires régionaux dans le cadre des efforts fournis pour la réalisation des objectifs mondiaux de la sécurité routière.

Badra BERRISSOULE

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