Competences & rh

Ecole rurale: Les élèves programmés pour échouer!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5391 Le 13/11/2018 | Partager
Retards scolaires et faibles acquis
Inégalités dans l’accès aux matériels didactiques et équipements
Préscolaires, éloignement des écoles, vulnérabilité… Plusieurs facteurs déterminants
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Les élèves de 4e année du primaire des écoles publiques enregistrent des résultats globalement inférieurs à ceux de leurs camarades du privé. Toutefois, les moyennes des enfants ruraux sont encore plus faibles, et ce dans toutes les matières du test

Les enfants des campagnes sont «programmés pour l’échec», pour reprendre l’expression d’Alain Bentolila, linguiste et spécialiste des questions éducatives. Dès qu’ils mettent les pieds à l’école, leur destin est presque scellé, car leurs conditions de départ sont encore plus dramatiques que leurs camarades citadins. D’autant plus que la majorité est issue de milieux démunis.

La quasi-totalité intègre le primaire, mais d’année en année, ils sont nombreux à abandonner leur scolarité. Au lycée, le taux net de scolarisation chute à 10,4% (voir article précédent)! Durant leur parcours, ils sont plus victimes de retards scolaires (à cause de redoublements ou d’une entrée tardive dans le système) que leurs homologues citadins. Au primaire, 55,3% ont au moins une année de retard, contre 44,1% des citadins. Cette part monte à 77,5% au lycée, contre 67,8% des lycéens des villes, soit dix points de différence.

Les performances scolaires des enfants ruraux laissent à désirer. L’enquête sur les indicateurs de prestation de services en éducation au Maroc, publiée en 2017 par l’ONDH (Observatoire national du développement humain) et la Banque mondiale, met en évidence les écarts importants entre leurs moyennes et celles des élèves urbains, surtout celles des écoliers du privé.

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Les inégalités subies du primaire au secondaire réduisent leurs chances d’accéder à des diplômes et qualifications. Plus de la moitié des jeunes ruraux de 15 à 29 ans, qui sont environ 3,5 millions au total, selon le HCP, ne possède aucun diplôme, contre un cinquième des citadins. Seulement 2,9% arrivent à décrocher un diplôme supérieur, contre 21,3% des citadins

Les ruraux enregistrent globalement les plus faibles notes. En français et mathématiques, par exemple, leur moyenne générale en 4e année du primaire est de 45,4 sur 100, contre 55,2 pour les citadins et 84,3 pour ceux inscrits dans le privé. En arabe et maths, leur moyenne est de 57,3 sur 100, contre 64,5 pour les citadins et 77,5 pour les élèves du privé. Leur pire note est celle du français, soit 38,9 sur 100. Ils présentent des lacunes plus importantes en matière de lecture et compréhension, que ce soit en arabe ou en français (voir illustration).  

Les inégalités en matière d’accès aux infrastructures scolaires et au matériel didactique contribuent pour beaucoup à ce retard. L’étude relève, aussi, le rôle essentiel du préscolaire. Le taux net de préscolarisation des enfants ruraux est d’à peine 35,7%, contre 60,2% des citadins. Ne bénéficiant pas d’une préparation préalable à l’entrée au primaire, ils s’insèrent moins aisément dans le système, et cumulent ainsi les retards. L’étude a démontré que les enfants ayant accédé au préscolaire décrochent des moyennes beaucoup plus importantes, allant de +8 à +25 points de pourcentage, selon les matières.

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Avec ou sans Tayssir, les performances des élèves ruraux restent faibles à moyennes. Leurs résultats sont même inférieurs à ceux des enfants qui n’en bénéficient pas du tout. Le programme de transferts monétaires en faveur des familles démunies, conditionnés par la scolarisation des enfants, ne favorise donc aucun rattrapage au niveau des acquis. C’est ce qui est ressorti de l’enquête sur les indicateurs de prestation de services en éducation au Maroc, publiée en 2017 par l’ONDH et la Banque mondiale (299 écoles et 2.908 élèves). A noter que le programme souffre de dysfonctionnements. Notamment de retards de paiement des familles (plus de deux ans), et un ciblage peu efficient, basé sur un critère géographique

Autre élément discriminant, les classes à niveaux multiples. Au primaire, elles représentent près du quart du total des salles de cours. En parallèle, les ruraux ont moins accès à des cours de soutien, et profitent peu de l’accompagnement de leurs parents, nombreux à être analphabètes ou peu instruits.

Les élèves ruraux sont, par ailleurs, plus nombreux à souffrir de l’éloignement de leurs établissements, alors que seuls 10% d’entre eux bénéficient d’un transport scolaire. L’enquête relève que ceux se déplaçant à l’école à pied sont les moins performants dans toutes les matières du test. Dans les zones les plus éloignées, ils multiplient les absences, ce qui impacte à terme leurs résultats et les précipite vers l’échec et le décrochage. Malgré les efforts fournis sur les internats et les cantines scolaires, l’offre demeure insuffisante.

Ils s’absentent également plus souvent car ils sont obligés de travailler (participer aux moissons, s’occuper du bétail, chercher de l’eau ou du fourrage…), vu leurs conditions difficiles.

L’école rurale, relayée au second plan durant les dernières décennies,  est dans un état encore plus désastreux. Sa mise à niveau nécessitera des investissements massifs. Mais en a-t-on les moyens?

Ahlam NAZIH

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