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Tunisie: Un remaniement contesté... par le président!

Par Jihad RIZK | Edition N°:5387 Le 07/11/2018 | Partager
13 nouveaux ministres, mais pas dans les grands départements
Une décision du Premier ministre pour «sortir de la crise»
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 Le remaniement décidé par le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, suscite des remous sur la scène politique (Ph. L’Economiste)

A l’approche des échéances électorales, le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, a annoncé lundi soir un remaniement gouvernemental. Cette décision attendue depuis de longue date vise, selon l’exécutif, à «sortir de la crise politique». Coup de théâtre!

La présidence de la République a fait pour sa part une sortie surprenante en désapprouvant  ce remaniement. Signe que la classe politique tunisienne reste profondément polarisée par une forte lutte pour le pouvoir. Et ce, à l’approche des élections législatives et présidentielles programmées pour 2019.

Au total, 13 nouveaux ministres entrent au gouvernement, mais les principaux ministères ne changent pas de main. C’est le cas pour les Affaires étrangères, la Défense, l’Intérieur ou encore les Finances. En revanche, le ministère de la Justice a été attribué à Karim Jamoussi, un magistrat qui a déjà brièvement été ministre. Celui du Tourisme, secteur clé de l’économie, a été confié à un professionnel du tourisme, René Trabelsi.

Kamel Morjane, qui fut avant la révolution de 2011 un pilier du régime de Zine El Abidine Ben Ali, fait son retour au gouvernement en tant que ministre chargé de la Fonction publique. Le Premier ministre a indiqué avoir effectué ce remaniement pour former  «une équipe gouvernementale solidaire et responsable qui peut assurer la stabilité dans le pays, résoudre les dossiers brûlants et sortir de la crise politique».

Il est instructif de replacer ce remaniement dans le contexte tunisien. Youssef Chahed, 43 ans, a été nommé chef d’un gouvernement d’Union nationale en août 2016. Il a dépassé en longévité tous ses prédécesseurs depuis la chute de Ben Ali en 2011.

Une faction de son parti, Nidaa Tounès, menée par le fils de Béji Caïd Essebsi, chef de l’Etat et fondateur du parti, ainsi que la puissante centrale syndicale UGTT réclament son départ depuis des mois.

Le Premier ministre contesté par une partie de ses frères d’armes a contourné ces attaques. Il a fini par créer un bloc parlementaire concurrent. Sa création a relégué Nidaa Tounès au 3e rang au Parlement, derrière Ennahdha et le groupe pro-Chahed.

Avec ce remaniement, «j’ai assumé mes responsabilités en tant que chef du gouvernement et selon mes prérogatives constitutionnelles», a-t-il déclaré. Laissant entendre qu’il s’était affranchi de la tutelle présidentielle. La présidence réagit par la voix de sa porte-parole, Saïda Garrach: «Le président de la République n’est pas d’accord avec cette démarche (...) caractérisée par la précipitation et la politique du fait accompli».

La Tunisie reste fragilisée, en dépit d’une reprise de la croissance, par un chômage persistant au-dessus des 15% et une inflation dépassant les 7,5%. Cette situation économique exacerbe les tensions sociales, près de huit ans après la révolution.
 

 

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