Analyse

Aviculture: «Nous sommes face à une bombe sanitaire»

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5385 Le 02/11/2018 | Partager
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Selon le président de l’Association nationale des abattoirs industriels avicoles, Omar Benayachi Lalami: «Tout contrôle de l’Onssa reviendrait de facto à ordonner des fermetures des tueries. Pour la profession, il n’a jamais été question d’aller vers ce genre de mesure mais de convertir ces unités en points de vente ou d’abattoirs agréés» (Ph. OBL)

Pour le chef de file des professionnels de l’abattage agréé, l’insalubrité de produits avicoles ne cesse de s’aggraver. Les tueries hors normes prolifèrent au fil des années au mépris de la loi dont l’adoption remonte à une décennie.

- L’Economiste: A peine 8% de la production du poulet de chair est soumise aux règles de salubrité. C’est une véritable bombe sanitaire…
- Omar Benayachi Lalami:
Oui, et le plus étonnant c’est l’inaction des autorités sanitaires qui connaissent pourtant le danger et les risques que cela représente. Chaque jour qui passe ne fait qu’amplifier ce problème. Peut-être faudra-t-il attendre une crise sanitaire majeure pour déclencher une action d’envergure.

- Qui s’oppose à l’application de la loi dont la promulgation remonte à une décennie?
- Il n’y a pas d’opposition de principe mais plutôt une totale inaction, voire un laisser-faire. En effet, le ministère de l’Intérieur aurait pu, depuis la promulgation de la loi en 2007, au moins contraindre les communes à interdire toute nouvelle autorisation de «riachats». Cela aurait simplifié le traitement de ce dossier. Nous sommes également surpris de constater que plusieurs départements ministériels restent inactifs face au phénomène. C’est le cas de la Santé dont le rôle est de protéger le consommateur, le Tourisme au vu du nombre d’hôtels et de restaurants qui s’approvisionnent auprès des tueries, de l’Industrie et du Commerce censé oeuvrer pour la modernisation des points de vente et de l’Environnement, en raison du volume des déchets qui gagnent à être valorisés.

- Le système de contrôle est totalement défaillant?
- Il est défaillant pour deux raisons. La première est que l’Onssa se lave les mains en soutenant qu’il n’a pas agréé ces «riachas» et donc il ne peut pas les contrôler. En fait, pour l’Office, un contrôle reviendrait de facto à ordonner une fermeture. La deuxième est que le régime de sanction relevant des pouvoirs de l’Onssa, notamment pour les établissements de restauration, n’est pas dissuasif. Il se limite à la saisie des produits non conformes. En effet, les agents de l’Office ne peuvent pas ordonner une fermeture momentanée. Il est anormal que l’Onssa, en plus de la faiblesse de ses moyens humains mis à sa disposition pour couvrir tout le territoire, ait si peu de pouvoir sur le plan réglementaire.
- La profession a proposé un projet de reconversion des tueries. Qu’est-ce qu’il est devenu?
- Ce projet n’a été suivi d’aucune action, ni d’aucune réflexion. Une seule petite mesure, qui n’a toujours pas été appliquée et reste loin de nos attentes, concerne une subvention de 30.000 DH. Elle faisait partie du contrat-programme signé en 2016 et devait être destinée à la transformation de près de 2.500 tueries en points de vente de frais sur une période de 3 ans.
Nous considérons que le projet a été décalé car nous gardons l’espoir de voir une réaction. Nous estimons que ce sujet doit faire l’objet d’un plan intégrant les six ministères cités pour aboutir à une action sur la durée mais avec l’efficience attendue pour nos concitoyens, notre pays et notre secteur.

- Quels sont les principaux axes de ce projet, le coût et les sources de financement?
- Il faut noter que notre orientation dans le cadre de l’étude commanditée par la profession (ndlr: L’étude réalisée par le cabinet Mazars a servi à l’élaboration d’un plan d’action) a permis de brosser l’état des lieux et de proposer une alternative à ces tueries. Il n’a jamais été question de demander leur fermeture pure et simple. A l’image de ce qui a été fait en Tunisie en 2006, il s’agit de les aider, moyennant des subventions, à se transformer en points de vente.
L’approche était de commencer par les centres-villes et s’étendre progressivement vers les périphéries. Au vu de la taille de plus de 80% de ces tueries, une subvention de 40.000 DH maximum, sans apport propre, serait suffisante. Si l’impact de la subvention est facilement calculable, il nous est difficile de quantifier la part compensatrice d’une pareille mesure pour l’Etat. Nous pensons néanmoins que les retombées seront d’importance non négligeable. D’abord, sur la préservation de la santé publique. Ensuite, sur les finances locales, via l’intégration des tueries dans le secteur formel. Sans oublier la réduction des coûts d’assainissement et de ramassage des déchets à la charge des communes, leur valorisation et la mise à niveau de l’activité d’abattage des volailles.

Propos recueillis par Aziz GHOUIBI

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